Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Chapitre II

Protestantisme.




Il y avait à peine vingt ans que Jean de Laval était descendu dans la tombe, lorsque Châteaubriant vit apparaître en ses murs le fléau de l'hérésie protestante [1], traînant après lui la division au sein des familles, les séditions populaires, le meutre, le pillage, l'incendie et toutes les horreurs qui accompagnent d'ordinaire la guerre entre les citoyens. Par bonheur, le terrain n'était pas propre à recevoir cette marchandise de contrebande dont nos rois très-chrétiens ne surent pas défendre leur royaume. Cette semence anti-catholique et anti-française n'y put prendre racine. En voici quelques raisons.

A cette époque, - 1560, - Châteaubriant avait pour seigneur Anne de Montmorency, fervent catholique et ennemi juré de l'hérésie calvinienne, lequel n'aurait pas souffert que ses terres et ses châteaux servissent de refuges à ceux qu'il combattait partout à outance. Les Montmorency, ses successeurs, étaient dans les mêmes sentiments, et quand la ligue, cet autre produit du protestantisme, nous apporta ses bienfaits en Bretagne, Châteaubriant, au pouvoir de Mercoeur, eut, pendant sept ans, pour gouverneur, un homme qui prouva plus d'une fois aux turbulents sectaires qu'ils ne savait transiger ni avec son honneur, ni avec sa conscience.

Ajoutons de suite qu'ici, comme dans toute la province, le peuple ne se laissa point prendre aux attraits de cette religion facile, et ne vit qu'avec horreur et indignation les seigneurs devenir traîtres à leur roi et traîtres à la religion qu'avaient si glorieusement défendue leurs ancêtres.

Nos archives sont à peu près muettes sur le sujet qui nous occupe. Les morts seuls y parlent, et ce n'est guère que par leurs actes de séputure que nous apprenons le passage très-court de cette religion déformée, au milieu d'un peuple qui ne lui fut pas hospitalier. On trouve en effet, dans les actes mortuaires du XVIIe siècle ces mots : catholiquement inhumé, ajoutés à la Formule ordinaire, dans la crainte d'un doute sur l'orthodoxie du défunt. Nous avons donc été forcés d'aller puiser à d'autres sources ; encore n'avons-nous pas eu à choisir, puisque nous ne connaissons d'autre auteur ayant écrit sur cette matière que Philippe Le Noir, sieur de Crevain, pasteur de l'Eglise réformée de Blain (2). Dans un récit où nous pouvions être considéré comme juge et partie, nous sommes bien aise de suivre un guide qui nous mettra, du moins quant aux faits, à l'abri de tout reproche de partialité. Nous allons extraire de ces mémoires ce qui regarde notre ville et ses environs, et, pour donner un peu d'intérêt au décousu de ces extraits d'un style peu académique, nous conduirons le lecteur dans quelques châteaux et bourgasesdu voisinage, où nous lui ménageons quelques dramatiques révélations.

- 1560. - « Du Gravier (le ministre) étant arrivé à Châteaubriant, y demeura deux jours, et chaque jour y fit deux exhortations. Il n'est point dit si ce fut dedans ou dehors la ville, en lieu privé ou public, de jour ou de nuit. Seulement, il est remarqué ensuite que Du Fossé avait passé par ladite ville peu de temps auparavant et qu'il y avait prêché; même qu'il y avait cosntitué poour diacre et lecteur un certain la Perade, gentilhomme de Basse-Bretagne, avec pouvoir de faire quelques discours sur ce qu'il aurait lu, pour instruire le peuple. Et ce qui est remarqué de ce personnage, qu'il était paralysé des deux jambes, qu'il ne marchait qu'avec des anilles, fait présumer que leurs assemblées se faisaient dans la ville même, puisque leur lecteur-catéchiste n'était pas portatif. C'est ici que se trouve la première mention de l'église de Châteaubriant, qui, pour lors, n'avait encore que les faibles fondements du diaconat. » (Page 55.)

« Le 10 septembre 1561, Châteaubriant fut désigné pour la tenue du premier synode provincial de Bretagne. Il s'y trouva six ministres, y compris Lesnet, nommé ministre de Châteaubriant ; la Perade s'y trouva aussi, avec d'autres diacres et anciens de divers lieux, où ne figurent point encore Sion, qui devait bientôt tenir un rang si distingué dans les lieux évangélisés par la secte. « Il faut bien dire que l'Eglise de Châteaubriant, en peu de temps, avait beaucoup profité, puisqu'en septembre 1560, n'ayant encore qu'un ancien, qui était M. de la Perade, sans aucun pasteur, il se trouve qu'un an après, en septembre 1561, elle est pourvue du ministère et de tant de liberté qu'elle est choisie pour receuillir le synode plutôt qu'aucun autre. Après Dieu, qui souffle où il veut et comme il lui plait, j'en attribue la cause au nom de Condé ; car, puisque aujourd'hui (1683) Châteaubriant est à M. le Prince, je présuppose (3) que le prince de Condé d'alors, son prédécesseur, en était aussi le seigneur ; et parce qu'à la fin de l'année 1560, par le décès de François II, le prince de Condé fut tiré de sa prison d'Orléans, où il était tout près de périr, et rétabli hautement en ses biens et en son pouvoir, c'est ce qui donna courage et liberté à ses vassaux de Châteaubriant de s'ériger en église et de convoquer un synode, sans que ceux de la religion contraire osâssent les troubler en leurs assemblées ordinaires, ni même en la synodale, quoique éclatante et non encore pratiquée, qui, apparemment, se tint dans une des salles du château, qui sont des plus belles et des plus grandes du royaume.

» La sainte Cène fut célébrée en ce synode, en témoignage d'union entre tous ceux qui la composaient. » (P. 69, 70 et 71.)

L'auteur de ces mémoires commet en cet endroit une erreur historique que nous devons relever. Le baron de Châteaubriant, à cette époque, n'était pas le prince de Condé, mais bien le vieux connétable Anne de Montmorency, qui mourut en 1567, à la bataille de Saint-Denis, en combattant les calvinistes. Ce ne fut que plus tard, c'est-à-dire en 1663, que Henri de Bourbon, prince de Condé, devint possesseur de la baronnie, en vertue de son mariage avec Marguerite de Montmorency, à qui Louis XIII rendit les biens confisqués sur son coupable et malheureux frère. - Cet article, on le voit, ne repose que sur des suppositions évidemment erronées.

« L'année suivante, en vertu de l'édit de 1562, ceux de Sion et du voisinage qui se trouvèrent alors être de la religion s'unirent pour faire un corps d'église, appelèrent un pasteur, dressèrent leur consistoire, signèrent leur confession de foi et firent choix du bourg de Sion pour leur assemblée ordinaire, comme étant au centre de toutes leurs familles. Sion est donc la neuvième ou dixième église de la province, quant à la naissance et au ministère établi, et M. Guyneau en a été, sans contredit, le premier ministre (4), ce qui vérifie ce que l'histoire ecclésiastique de France rapporte touchant le nombre de nos églises, qu'il y en avait dix en Bretagne en cette année 1562. (P. 98) »

Il est à croire que les sectaires n'osèrent lever la tête ni s'assembler publiquement pendant près de six mois, car « il est remarqué historiquement qu'en ce temps-là, c'est-à-dire tout au plus tard en juillet 1563, on commença à prêcher dans une petite chapelle joignant le temple de Sion ou église paroissiale du bourg, du consentement des catholiques, dit le factum de M. Guitton, et que dès lors on avait de la religion. René de la Chapelle, seigneur de la Roche-Giffard, M. de la Galeray, conseiller au parlement, M. de Chamballan, M. de Mesneuf, M. de Villevoisin, M. la Porte, etc., étaient les principaux et premiers chefs de famille de l'église naissante de Sion, de celles de Rennes et de Châteaubriant, qui hantaient à Sion. Ce qui est ajouté au même registre (5), comme pour troisième remarque, c'est que le 15 août, sans dater l'année (apparemment c'était encore en 1563), on commença à prêcher au logis de M. de la Roche, à Sion. La circonstance des lieux d'assemblée à la naissance de l'église de Sion mérite une réflexion bien considérable ; car comment commencer à prêcher dans la chapelle de Sion, en juillet 1563, et un mois après commencer à prêcher chez M. de la Roche, à une demi-lieu de Sion ? D'où vient cet établissement si soudain, et de deux lieux à la fois, et l'un joignant l'autre ? (Page 127.) »







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