Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Chapitre V (suite)




Revenu au pouvoir, Landais se vengea de ses ennemis en ordonnant, au nom de François II, la confiscation des terres que possédaient en Bretagne les seigneurs révoltés, notamment la baronne de Châteaubriant et son fils ; mais cette mesure de rigueur ne fut pas exécutée, et ceux qui se posaient comme les victimes de Landais ne tardèrent pas à reparaître sur la scène.

Ils y reparurent bien malheureusement ; trois d'entre eux promirent, au nom de tous les autres, au roi de France, « que si le duc de Bretagne mourait sans enfant mâle, ils emploieraient corps, biens, alliés, amis et sujets pour lui faire avoir la possession de la Bretagne (1). » C'est ainsi que la jalousie et la haine firent oublier à ces fiers barons leurs plus strictes devoirs envers leur pays. Cet ignoble traité, signé à Montargis, fut au reste « l'expression très-spontanée des sentiments entretenus depuis longtemps par quelques seigneurs bretons ; et lorsque après le supplice de Landais, ces barons eurent reconquis la plénitude du pouvoir à la cour ducale, le traité de Montargis demeura le programme de leur conduite politique, l'expression parfois dissimulée, mais toujours persistante de leurs vœux. Pendant que la nation bretonne adhérait du plus profond de son cœur à la cause de la princesse, dont l'enfance avait été bercée dans les orages, pendant que sa fidèle et modeste noblesse aspirait à verser pour elle la dernière goutte de son sang, Anne ne rencontrait à côté d'elle, dans sa cour, que des calculateurs égoïstes ou des ennemis implacables (2). »

Le duc de Bretagne, irrité contre ses barons révoltés réfugiés à Ancenis, ordonna la levée d'une armée et le siège de cette ville. Les troupes ducales partirent de Nantes et rencontrèrent celles du maréchal de Rieux qui sortaient d'Ancenis, mais « le Dieu des armées, dit D. Lobineau, ne permit pas qu'elles en vinssent aux mains. Il se trouva de part et d'autre des gens de bien qui surent ménager les esprits de telle sorte, que des deux armées, il ne s'en fit qu'une, et que la perte de Landais fut unanimement jurée de part et d'autre. La joie fut universelle à Nantes et aux environs, lorsqu'au lieu des nouvelles du combat que l'on attendait, on apprit celle de la paix (3). »

Un mois plus tard, le malheureux favori de François II était condamné à être pendu et exécuté à Nantes ; avec Landais périssait le dernier défenseur de la cause bretonne (19 juillet 1485).

La conduite des seigneurs rentrés en grâce près du duc de Bretagne ne tarda pas à redevenir incertaine. Ainsi d'un côté, Françoise de Dinan, dame de Châteaubriant, et le maréchal de Rieux publièrent, en 1486, un manifeste dans lequel ils déclaraient se liguer avec le prince d'Orange contre le roi de France qui voulait, disaient-ils, s'emparer de la Bretagne sans raison, et, l'année suivante, cette même dame de Châteaubriant, François de Laval, son fils, et le maréchal de Rieux, beau-père de ce dernier, jaloux de voir le duc d'Orléans et le comte de Dunois à la cour de Bretagne, se déclaraient contre François II, et offraient de soutenir les armes du roi de France en Bretagne (4).

Françoise de Dinan était alors veuve du comte de Laval ; Guy XIV était mort, en effet, au château de Châteaubriant, le 2 septembre 1486. Son corps fut transporté à Laval et inhumé dans l'église collégiale de Saint-Tugdual, par Philippe de Luxembourg, évêque du Mans, accompagné d'autres prélats (5).

Son fils aîné, François, seigneur du Gâvre, devint par suite comte de Laval, et prit le nom de Guy XV ; son autre fils, François, seigneur de Montafilant, prit le titre de baron de Châteaubriant, mais sa mère, Françoise de Dinan, n'en conserva pas moins la jouissance de cette baronnie jusqu'à sa mort.

Ce fut donc cette dame qui réunit dans son château de Châteaubriant un grand nombre de seigneurs ligués contre le duc de Bretagne. Parmi les principaux, apparaissaient le nouveau comte de Laval, Guy XV, le vicomte de Rohan, le maréchal de Rieux, le baron de Châteaubriant, etc. Le prétexte de leur soulèvement était la présence des seigneurs français à la cour de Bretagne, présence qui allait, disaient-ils, attirer sur le duché toutes les forces du roi de France, irrité contre François II ; ils voulaient à tout prix chasser le duc d'Orléans et Dunois, qui exposaient selon eux la Bretagne à une ruine entière. Mais, ajoute judicieusement D. Lobineau,  « ce que faisaient ces seigneurs bretons ne valait guères mieux ; et si les étrangers, dont ils se plaignaient, mettaient la Bretagne sur le penchant du précipice, ils achevaient eux-mêmes de l'y pousser par leur révolte. »

« Le duc fit tout ce qu'il put pour les gagner ; il envoya vers l'évêque de Nantes le grand-maître d'hôtel Coëtquen et Jean du Perrier, seigneur de Sourdéac ; mais ils furent sourds à toutes les remontrances, et gagnèrent même ce dernier, qui embrassa hautement leur parti (6). »

Le roi réussit mieux auprès d'eux ; il envoya André d'Epinay, cardinal de Bordeaux, qui vint trouver les rebelles à Châteaubriant, pour leur offrir des troupes françaises. Il y en eut qui éprouvèrent de la répugnance à se servir d'un secours qui pourrait ensuite se retourner contre eux et les accabler ; mais les autres crurent que par le traité que l'on ferait avec le roi, on pourrait prendre des assurances contre ce danger, et leur sentiment l'emporta. Les seigneurs acceptèrent donc les offres de Charles VIII, «  à condition qu'il ne leur enverrait que 400 hommes d'armes et 4,000 hommes de pied ; que le roi ne demanderait rien au duché de Bretagne pendant la vie du duc ; que le roi n'attaquerait point les lieux où le duc se tiendrait ; que les troupes du roi ne mettraient le siège devant aucune ville ou place de Bretagne que par le commandement du maréchal de Rieux et des autres barons de son parti ; que les troupes du roi ne pilleraient point le pays, ne maltraiteraient point le peuple et ne prendraient rien sans payer ; enfin, que quand le duc d'Orléans, le prince d'Orange, les comtes de Dunois et de Comminge et tous ceux de leur parti seraient hors de Bretagne, le roi retirerait aussitôt son armée du pays. »

A ces conditions, le maréchal de Rieux et les autres seigneurs promirent de prendre les armes et de se joindre aux troupes du roi, pour faire sortir de Bretagne tous ceux dont ils n'étaient pas contents (7).

On demeure vraiment stupéfait devant un semblable traité, et l'on ne comprend pas maintenant l'imprudence, pour ne pas dire l'ineptie, des barons de Bretagne, appelant de gaîté de cœur l'invasion étrangère. Il est dans l'histoire des peuples des évènements dont on ne peut se rendre compte, si ce n'est en y reconnaissant l'action immédiate de la Providence ; la nationalité bretonne devait, semble-t-il, finir avec le XVe siècle, car ce furent ses défenseurs naturels qui se tournèrent contre elle. Les barons ne tardèrent pas, toutefois, à être sévèrement punis de leur trahison. Comme on devait s'y attendre, les troupes françaises entrèrent en si grand nombre dans notre malheureuse Bretagne « que le pays fut incontinent couvert de gens de guerre de par le roi. » Méprisant les articles signés entre Charles VIII et les barons, les généraux français s'établir chez nous comme en pays conquis, saccageant les campagnes, démolissant les forteresses, mettant garnison dans tous les châteaux, sans s'inquiéter du nom et des sentiments personnels de leurs nobles propriétaires. Ancenis, qui appartenait au maréchal de Rieux, chef des conjurés, Châteaubriant, où avaient été réglées les conditions de l'invasion française, Quintin, Ploërmel, Moncontour, Vannes, furent successivement assiégées et mises à sac. Le dernier duc de Bretagne se vit bientôt bloqué dans sa ville de Nantes. Son armée fut écrasée à Saint-Aubin-du-Cormier, et lui-même mourut de douleur quelques mois plus tard, laissant ses États livrés à l'anarchie, en proie à l'étranger et gouvernés par une pauvre enfant âgée de onze ans.







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