Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Chapitre V

Françoise de Dinan (suite et fin)

1451-1503.




Françoise de Dinan, en épousant Guy XIV, comte de Laval, conserva, avons-nous dit, l'administration de sa baronnie de Châteaubriant ; aussi lorsqu'eurent lieu les États de Vannes, en 1455, cette dame s'y fit-elle représenter par le sire du Gavre, son premier fiancé. « Le sire du Gavre, dit D. Lobineau, procureur de la dame de Châteaubriant, demanda d'avoir rang parmi les barons, comme représentant cette dame ; mais on le lui refusa, et d'ailleurs on la tint pour excusée, à cause que le comte de Laval, son mari, était présent (1). » Quelques années plus tard, ce jeune seigneur qu'avait aimé Françoise s'unit à son tour et épousa, en 1461, Catherine d'Alençon, fille du duc Jean II.

Sur les entrefaites, le prince de Navarre vint en Bretagne au mois d'août 1456, accompagné de dom Jean, son cousin. Le duc, qui était alors à Rennes, envoya aussitôt au devant d'eux le sire de Derval et un grand nombre d'autres gentilshommes ; ces seigneurs vinrent jusqu'à Châteaubriant, où ils reçurent le prince avec grande solennité et le conduisirent à Rennes, près de Pierre II (2).

L'année suivante, ce duc de Bretagne mourut à Nantes. Le connétable de Richemont lui succéda sous le nom d'Arthur III, mais il ne fit que passer sur le trône de Bretagne et fut remplacé par François II (1459).

Françoise de Dinan n'avait point voulu paraître, semble-t-il, à la cour de Pierre I ; on en comprend facilement le motif ; mais sous le règne de François II, on vit la dame de Châteaubriant, non seulement figurer dans les fêtes qu'aimait tant ce prince, mais encore se mêler à toutes les affaires politiques du temps.

Peu après son couronnement, le nouveau duc de Bretagne vint lui-mêmeà Châteaubriant, aux mois d'octobre et de novembre (1459), pour y prendre le plaisir de la chasse. François II, dit D. Lobineau, « fit un défi au seigneur du Chaffaut à qui prendrait plus de perdrix dans un mois ; et comme les environs de Châteaubriant lui parurent plus abondants en gibier, il y envoya ses chasseurs et ses oiseaux et les y suivit lui-même. »

Ce fut probablement pendant un séjour de la cour de Bretagne à Châteaubriant que le duc François fonda, près de cette ville, la belle chapelle de Saint-Sébastien, connue sous le nom de Chapelle-au-Duc (3).

Quatre ans plus tard, Mme de Laval mit au monde un garçon dans son château de Châteaubriant. Le duc François II, qui était alors à Vannes, averti de cette naissance, quitta aussitôt son palais et accourut à Châteaubriant pour y tenir l'enfant sur les fonts baptismaux. Le nouveau né reçut le nom de son auguste parrain, et devint plus tard François, baron de Châteaubriant (4).

En 1465, la guerre du bien public menaçait d'éclater ; le duc de Berry, frère de Louis XI, mécontent de son apanage, venait de quitter la cour de France et de se réfugier en Bretagne. Le duc François II favorisait, en effet, le mécontentement des seigneurs français ; il reçut le duc de Berry avec les plus grands honneurs à Rennes et à Châteaubriant ; des fêtes splendides furent données dans ces deux villes, et on y ouvrit les portes des prisons en signe de réjouissance ; ce fut le 28 juin que le jeune frère du roi entra ainsi solennellement dans la ville de Châteaubriant.

En recevant avec tant d'honneur un prince révolté, le duc de Bretagne montrait à découvert ses sentiments à l'égard de Louis XI ; aussi fit-il alliance avec le duc de Bourgogne contre ce roi, et promit-il de lui conduire des troupes pour soutenir le parti du duc de Berry. François II, dit d'Argentré, vint en cette circonstance à Châteaubriant, et fit dans cette ville une revue de ses troupes ; « et se trouva qu'en son armée y avait environ 10,600 hommes, tant de cheval que de pied bien en point, et menait quelques pièces d'artillerie de campagne. » Après avoir laissé une forte garnison dans la place, le duc de Bretagne quitta Châteaubriant et rejoignit en France l'armée des ligueurs ; mais quand il arriva, la bataille de Montlhéry avait été livrée entre les Français et les Bourguignons ; aussi après quelques mois d'absence, le duc de Bretagne regagna-t-il ses Etats, dont il avait nommé le comte de Laval lieutenant-général (5).

François II ne tarda pas à revenir à Châteaubriant dont il affectionnait évidemment le séjour. Pendant l'été de 1466, le duc de Calabre, ambassadeur de Louis XI, étant venu en Bretagne, visita cette ville et y demeura quelques jours en compagnie du duc de Bretagne et du comte de Laval (6).

Les hostilités reprirent peu de temps après, et le roi de France s'avança avec son armée jusque sur les frontières de Bretagne. Le duc effrayé, nomma une seconde fois le comte de Laval lieutenant-général dans tout son duché, puis il garnit de troupes certaines places fortes, telles que Châteaubriant et Ancenis, et fit réparer les chemins qui y conduisaient. Il donna dans le même temps ordre aux officiers de Rennes de faire porter toutes sortes de provisions à Châteaubriant pour subvenir aux besoins de la garnison ; il craignait le siège de cette ville, et, en effet, Louis XI s'empara de La Guerche et d'Ancenis, mais il n'attaqua pas Châteaubriant, qui n'en resta pas moins défendue par une forte garnison (7).

En 1475 fut signé le traité de Senlis, entre le roi de France et le duc de Bretagne ; à partir de cette époque « un changement notable s'opéra dans la politique jusque-là incohérente de François II. De mobile et timide qu'elle avait été, l'attitude de son gouvernement devint résolue et presque téméraire ; à l'embauchage des seigneurs bretons, il répondit en embauchant les princes de sang royal (8). » Le duc d'Orléans et le comte de Dunois vinrent alors en Bretagne, attirés par les promesses du ministre Landais, alors tout puissant à la cour de François II et principal auteur du changement de la politique de ce prince.

Mais ce ministre était détesté de la noblesse bretonne, qui avait juré sa perte ; le 7 avril 1484, un certain nombre de gentilshommes bretons résolurent de s'emparer de Landais ; ils ne réussirent pas dans leur projet, une émeute du peuple nantais ayant fait échouer le complot. « Le duc, délivré tout-à-coup, après de longues heures d'angoisse, s'empressa de rappeler auprès de lui son ministre, pendant que les complices du complot avorté galopaient en toute hâte vers Ancenis, place forte appartenant au maréchal de Rieux, bien munie par celui-ci de soldats, d'armes et de vivres, parce qu'elle avait été désignée d'avance pour point de retraite en cas d'échec (9). » Ils y furent bientôt rejoints par Mme de Laval et par son fils François, seigneur de Montafilant.







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