Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Section troisième (suite)



IV. – Ecole charitable et pensionnat des Ursulines de Chavagnes, aujourd'hui Nazareth.

Cette œuvre, inspirée par l'esprit de Dieu, éminemment chère au peuple, et vraiment digne des encouragements et de l'admiration des gens de bien, n'eut pas toujours le bonheur de plaire à l'administration municipale. Celle-ci ne l'accueillit d'abord qu'avec défiance, la décria quelquefois même dans ses procès-verbaux, et finit par la persécuter si violemment, qu'un instant on la crut anéantie. Nous n'avons pu démêler les motifs d'une animosité que rien ne justifia jamais, à moins qu'on y veuille voir une nouvelle preuve de l'opposition qui existait déjà entre l'aristocratie et la bourgeoisie, opposition fortifiée par les intérêts lésés de quelques individus. Malheur aux assemblées où dominent de tels hommes : elles ne sauraient faire le bien et sont fâchées de celui qui peut se faire sans elles. Nous en avons vu, hélas ! plus d'une preuve dans le cours de cette histoire.

Nous sommes heureux d'exhumer des catacombes de nos archives l'histoire édifiante et inconnue de cette maison de charité, et de tirer d'un trop long oubli les noms bénis de ceux qui furent les vrais bienfaiteurs du peuple, et surtout de ces admirables femmes qui consacrèrent, pendant plus d'un siècle, leurs biens et leurs vies au soulagement de toutes les infortunes. Puisse ce tardif hommage, rendu à leurs vertus et à leur mémoire, réparer l'ingratitude des hommes de leur temps !

Le fondateur de cette modeste institution fut un vénérable prêtre de cette ville, Louis-Alexis Legrand, qui, pendant dix ans, exerça les fonctions de régent au collège. Il cessa d'enseigner vers 1703, afin de se livrer à des œuvres de zèle, auxquelles il se sentait plus particulièrement appelé. Malheureusement rien ne nous fait connaître le reste de sa vie ; mais sa mort fut précieuse aux yeux du Seigneur. Etant allé prêcher le carême de 1720 à Saint-Sébastien, près de Nantes, la maladie le prit avec tant de violence, qu'il fut obligé d'interrompre la station et de revenir à Nantes se faire soigner. Il mourut en odeur de sainteté, disent les mémoires du temps, dans la paroisse de Saint-Sambin (Saint-Similien), où il s'était fait transporter.

Son œuvre capitale, qui lui a survécu et qui subsiste encore, est la fondation d'une école de charité, établie par contrat du 20 octobre 1716. Rien ne peut mieux faire connaître la nature et la fin de cette œuvre que les paroles adressées par M. Leray des Guillardais, syndic des habitants, à ses échevins assemblés. – 28 juillet 1720 :

« Toute la ville, dit-il, regardait comme téméraire son entreprise d'établir ici une école charitable pour les filles. Cependant, en fournissant seulement une petite subsistance à deux pauvres dévotes (1), il a fait instruire et continue d'instruire, avec grande édification, tantôt trente, tantôt quarante pauvres enfants, de leurs prières, de leur catéchisme, à filet et à brocher.

» Ces pénibles exercices n'empêchaient pas ces filles, consacrées au service des pauvres, d'aller, à l'ordre du sieur Legrand, secourir les malades de la ville, des faubourgs et des campagnes, auxquels elles procuraient souvent l'administration des sacrements dont ils auraient été privés sans leur secours.

» La mort de ce bon ecclésiastique étant arrivée, ces filles seraient demeurées réduites à reprendre leur premier état pour vivre, si Dieu n'en avait suscitées de plus moyennées, animées du même esprit pour les maintenir dans celui que M. Legrand leur appris.

» L'on a regardé comme un prodige que, dans ces derniers temps de misères et de calamités, où le blé allait à 12 écus la charge, la seule idée d'une école charitable (car son attache et ses revenus ne consistant que dans une très petite maison, dans un recoin près de la porte Neuve de cette ville, était-ce autre chose qu'une idée ?) ait pu empêcher deux à trois cents personnes de mourir de faim, par la soupe et le pain que cette école fournissait par le moyen des quêtes qu'elle faisaient chez les personnes aisées, sans que l'instruction des enfants en ait été discontinuée.

» M. Legrand, pénétré des grands fruits que pouvaient produire un tel établissement, et plein de confiance que Dieu, malgré l'indigence où il le réduisait sa charité, bénirait ses desseins, avait déjà jeté les fondements d'une pareille école charitable pour les garçons, et avait acheté, sans avoir seulement de quoi payer le rapport du contrat, une maison pour loger un maître et tenir école. Sa mort imprévue ne laisse plus, quant à présent, aucune espérance de cette seconde école, les charités étant refroidies par les grandes et continuelles aumônes qu'on a faites ; en sorte que l'école des filles, dont tous les pauvres des deux sexes reçoivent des secours, tombera infailliblement, si l'on y attache pas la maison que ledit sieur Legrand acheta de M. Thuillier et de son épouse, près la porte de Couëré, en y joignant le corps-de-garde qui est à côté, vers le pont, pour servir de cellier.

» Non seulement le prix de la maison est dû, mais peut-être jusqu'au contrôle du contrat. Dieu suscite encore des personnes étrangères, avec lesquelles M. Legrand avait des saintes habitudes, qui offrent de payer comptant le prix de la maison nouvellement acquise et d'une grande quantité de jardin qui en dépend. Ce serait, ce semble, manquer de prudence, de ne pas profiter d'une occasion si favorable et si imprévue, qu'on le peut regarder comme venant du ciel. »

La communauté, après délibération, arrêta que l'on accepterait le don de 1,000 fr. pour payer la maison achetée par M. Legrand pour y établir une école de garçons ; que les filles qui se dévouaient au soulagement des pauvres et à l'instruction des enfants en percevraient les revenus, sous l'administration du doyen, du procureur-fiscal et du syndic, jusqu'à ce qu'il plût à Dieu d'envoyer des moyens de fonder cette seconde école, à condition, néanmoins : 1° qu'il ne sera reçu aucunes fondations au profit de l'école des filles qu'elles n'aient proposées à la communauté et acceptées par elle ; 2° qu'elle contribuera aux charges et impositions dont la répartition se fera entre les habitants, afin qu'elle ne soit point à charge au public ! S'il arrivait que ladite école charitable vînt à manquer, les fonds lui appartenant retournerait à l'hôpital ; si le roi demande des droits d'amortissement, et Monseigneur le duc des lods, ventes et indemnités, ces droits seront pris sur lesdites fondations, sans que la communauté entende s'en charger.

La communauté prie Mlles d'Outremer de continuer leurs soins pour le bon ordre de l'école charitable, et à l'égard des filles qui leur seront soumises, la communauté se réserve le droit de les changer, quand il y en aura raison, sur le rapport desdites demoiselles et administrateurs. Le tout sous le bon plaisir de Son Altesse Sérénissime.

La conduite de la communauté et de sa dureté envers un établissement si utile fait naître des réflexions que le lecteur fera aussi bien que nous.







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