Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Section troisième (suite)



III. – Ursulines de Saint-Augustin.

Dès l'année 1643, Monseigneur de Beauveau, Évêque de Nantes, avait envoyé à Châteaubriant des Ursulines de Saint-Augustin, sans doute pour y instruire et élever la jeunesse. Elles avaient été conduites et placées en hospice, dit le doyen Blays, dans la maison du Palierne (1), sous la direction du doyen Lenoir, qui leur servit encore de chapelain gratis jusqu’à leur sortie de cette maison.

A cette époque, l’exacte discipline n’était plus observée dans le couvent de Saint-Sauveur, et le relâchement était si grand parmi les moines, que le prieur claustral, frère Gastien Renoul, soupirait après le moment où il pourrait s'en séparer. D'un autre côté, l'abbé Joly, prieur commanditaire, ne demandait pas mieux que de se décharger des moines et des réparations onéreuses qui lui incombaient. Aussi la proposition d'achat que firent les Ursulines fut-elle acceptée avec autant d'empressement de leur part que de celle des religieux de Marmoutiers, qui voyaient par là augmenter leurs revenus.

Le traité fut conclu : les religieuses acquirent l'enceinte et les lieux réguliers du prieuré moyennant la somme de 4,000 livres, plus une messe à faire célébrer tous les samedis dans la chapelle de Notre-Dame dudit couvent, et un cierge de cire blanche de livres pour mettre et servir à la chapelle de Saint-Martion de leur abbaye, à l'époque de sa fête. Ce traité porte la date du 27 février 1655. A ce prix, les religieuses furent mises en possession de Saint-Sauveur. Elles furent conduites, disent les mémoires déjà citée, de leur hospice dans cette pauvre maison toute délabrée, au mois de septembre de la même année, par vénérable et discret missire Olivier Normand, vicaire général, par l'abbé Joly et le doyen, sous la direction duquel elles demeurèrent jusqu'à sa mort pour passer ensuite sous celle de son neveu et successeur pendant plus de vingt ans.

Cet établissement ne pouvait que prospérer, vu la sagesse et l'aptitude des personnes appelées à le diriger, et les difficultés extrêmes de diriger les enfants vers les grandes villes. Les familles les plus nobles et les plus opulentes de la ville et des environs s'empressèrent d'y envoyer leurs enfants, et en peu de temps la maison fut remplie d'élèves. Le pensionnant devint si florissant, qu'en peu de temps les religieuses purent remplacer l'ancienne église priorale par une grande et belle chapelle, et réparer plusieurs des bâtiments qui tombaient en ruines (2).

Malheureusement, la division se mit dans la maison : la jalousie souffla son poison dans le cœur d'une religieuse qui osa porter sur sa supérieure et le religieux Trinitaire, qui leur servait d'aumônier, une accusation si grave et qui devint si publique, que le silence n'était possible. La sœur Saint-Jean, à jamais fameuse dans tout le pays, et dont le nom est encore bien connu aujourd'hui (1870), se vit poursuivie en diffamation par devant le Parlement de Rennes. Convaincue de calomnie, elle fut condamnée à être fouettée par les rues et places de la ville de Châteaubriant, par le main du bourreau. La sentence fut exécutée ; et la tradition, ainsi que quelques témoins oculaires qui virent encore (1840), raconte l'effet scandaleux qu'elle produisit dans tout le pays.

Ces faits regrettables se passaient en 1780. Dès lors, l'évêque de Nantes, de qui dépendaient les religieuses, résolut de dissoudre leur maison. La communauté de la ville en ayant eu avis, se crut en droit de protester contre cet acte désespéré; son procès-verbal du 3 juillet nous révèle les grands services que cet établissement rendait à la ville. Il y est dit que « lors de leur installation, en 1642, cette maison n'ayant pu s'établir que du consentement de la ville et pour son utilité, le même consentement était nécessaire pour les en expulser. Or, ces religieuses étaient fort utiles à la ville et aux campagnes circonvoisines, recevant à un prix fort modique des pensionnaires auxquelles elles donnaient les meilleurs principes d'éducation, enseignant gratuitement à lire, écrire, marquer le linge, et même à broder, à toutes les enfants des familles indigentes ; que l'on n'a qu'à se louer de leurs soins et de leurs leçons; que d'ailleurs, il n'y a aucune autre école qui soit tenue régulièrement dans la ville, ni même aucune école gratuite : que si elles viennent à être supprimées, les familles, pour donner une éducation soignée à leurs enfants, seront obligées d'aller dans les autres villes, éloignées de plus de dix lieues, et avec beaucoup de frais. Par ces considérations et autres, la ville s'oppose à leur suppression et pour cela emploiera les formes juridiques. »

Malgré des réclamations, la ville fut déboutée de son opposition par l'officialité de Nantes et l'établissement supprimé. En 1786, le promoteur de l'officialité proposa au bureau de l'hôpital de transférer l'hospice au couvent de Saint-Sauveur, et d'établir dans la maison de l'hôpital les filles de l'école charitable. La proposition fut rejetée, en haine de cette école que la municipalité avait toujours détesté, et les Ursulines vendirent leurs possessions à la famille Provôté qui y réside encore (3).

Châteaubriant allait donc se trouver destitué d'une institution si nécessaire, si la Providence ne lui avait ménagé le retour à un ordre de choses qui ne laisse rien à désirer dans le passé dont nous venons de crayonner l'histoire. C'est ce que nous allons montrer dans l'article suivant.








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