Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Section troisième (suite)



- 1724 -

Sur ces entrefaits, M. Brossais, miseur de la communauté, vint représenter au Conseil que la ville était sans régent et les enfants sans instruction : et, pour la tirer d'embarras, il lui suggéra de s'adresser à S.A.S. Monseigneur le Prince qui na jamais refusé son concours pour le bien de cette ville ; qu'elle consentirait peut-être à réunir quelques-uns des bénéfices qui sont en sa présentation pour en faire tourner les revenus à la fondation et entretien d'un collége, l'assurant que sa ville n'en deviendrait que plus célèbre et plus fameuse par le grand concours d'étrangers que le collége y attirerait. La proposition fut goûtée ; mais personne ne voulut s'en charger.

Une nouvelle espérance succéda bientôt à cette dernière, mais avec plus de chances de succès.

M. Brossais fit savoir que noble homme Jan-Baptiste Brossais, son frère, avocat au Parlement de Bretagne, ancien général provincial des Monnaies de Bretagne, désirant faire un bon usage des biens qu'il s'était acquis par son travail, avait réservé, par testament, un fonds de dix mille livres pour l'établissement d'un collége en cette ville. La communauté accepta le legs avec empressement, et fit de suite les plus beaux réglements tant pour la nouvelle fondation que pour témoigner sa reconnaissance au sieur du Perrays-Brossais, comme messes, prières à l'église, prières par les écoliers pour le repos de l'âme du fondateur. Mais voilà que le traitant se mit à demander 1,600 livres, plus 4 sols par livre pour amortissement; d'un autre côté, la veuve et les héritiers employèrent toutes sortes de manœuvres pour forcer la communauté à renoncer au legs. Il fallut procéder. La ville eut d'abord gain de cause ; mais appel fut interjeté au Parlement. Les héritiers demandaient une transaction, mais la ville s'opiniâtra à plaider. Elle eut lieu de s'en repentir, car elle perdit en dernier ressort, et se vit encore condamnée à payer les frais énormes d'un procès qui n'avait pas duré moins de 25 ans (1753).

Pendant la durée de ce procès, on conçut une nouvelle espérance : M. Béchenec, titulaire du prieuré de Saint-Michel, venait de mourir (1736). Aussitôt le conseil municipal s'adressa au prince pour le supplier d'accorder sa protection à la jeunesse de cette ville, en retenant le bénéfice, afin d'y établir le collége, dont les régents seraient à sa présentation. Un établissement de ce genre, lui disait-on, était digne d'un aussi grand prince, et lui assurerait l'éternelle reconnaissance de ses sujets. On parla d'envoyer une députation ; mais, les frais calculés, la ville ne se trouva pas assez riche pour les payer. Elle se borna à écrire et n'obtint rien.

Pendant ce temps, on voyait les régents se succéder sans s'arrêter ; les classes étaient interrompues ; les écoliers abandonnaient leurs maîtres ; tout allait au plus mal. M. Fouchier fini par demeurer seul avec un traitement de 200 livres qu'il toucha plus ou moins exactement jusqu'à sa mort, 1786. – M. Fouchier doit être considéré comme le dernier anneau de cette longue chaîne de régents qui se succédèrent pendant plus de 200 ans, en supposant que l'érection du collége ne date que de 1567, ce qui est loin d'être prouvé.

Les religieux Trinitaires, qui déjà faisaient des cours de théologie aux jeunes clercs qui se préparaient aux saints ordres, s'offrirent à tenir les classes moyennant la réunion à leur ordre des bénéfices de l'Epinette et de la Vertaudrie. Leur offre était trop avantageuse pour n'être pas acceptée ; nous ne savons pourquoi elle ne fut pas mise à exécution. La nomination du sieur Leleslé, accolythe, contestée par les agents du prince, vint achever de diviser les bourgeois et les officiers seigneuriaux. La ville révoqua sa nomination, mais en même temps elle retira les secours et priviléges qu'elle accordait jusque là aux régents, et abandonna avec colère au prince un droit dont l'exercice lui causait assez de dépenses et de soucis.

L'histoire de l'instruction publique, à Châteaubriant, pendant les 50 années qui suivirent, est plus triste encore et plus tourmentée. En 1792, le ministre demanda un rapport sur l'état de l'instruction à Châteaubriant ; la municipalité répondit qu'il n'y avait plus de collége, que les parents étaient forcés de confier leurs enfants à des gens dont on ne connaissait ni la capacité, ni les mœurs, et qui péchaient souvent par ces deux côtés à la fois ; qu'il n'y avait pas de ville où il y eût si peu d'artisans à savoir lire et écrire (le Directoire faisait la même remarque, au sujet des officiers municipaux); enfin, qu'il n'y avait pour l'instruction des jeunes filles qu'une école, dite charitable, avec 84 livres de revenus. La malveillance de la municipalité, à l'égard de cette institution, remontait jusqu'à sa fondation ; à l'époque où nous en sommes rendus, elle allait jusqu'à la haine ; dans ce réquisitoire injuste et passionné, elle conclut à sa suppression et demande l'établissement d'un collége où l'on enseignera gratuitement depuis les principes de la langue latine jusqu'à la physique inclusivement, même les mathématiques et l'hydrographie surtout ! C'est un moyen sûr, disait le mémoire, de faire goûter de plus en plus, aux pauvres comme aux riches, les bienfaits dont nous sommes redevables à notre divine constitution, et de lui procurer de zélés et instruits défenseurs en tous genres, principalement dans la marine !!!

La divine constitution laissa la ville et le pays dans l'ignorance et ils y demeurèrent longtemps encore.

En 1809, M. Dauffy du Jarrier étant maire, la ville vota 2,400 fr., pour une année seulement, en faveur d'une école secondaire tenue par trois professeurs. Les longs pourparlers, établis entre l'Université et l'administration, aboutirent à la nomination de M. Martin Deslandes, comme principal du nouveau collége. Il fut solennellement installé le 10 avril 1811, en présence des fonctionnaires publics, par le sous-préfet. Les classes se tenaient dans les appartements du château que M. Connesson, propriétaire, afferma à la ville pour une somme de 500 fr. – La ville ne tarda pas à trouver la charge ; elle réduisit d'abord l'allocation à 1,000 fr., y compris les frais de logement, puis elle trouva que M. Martin était un homme trop supérieur pour espérer de le garder comme professeur ; c'est pourquoi elle invita le grand-maître de l'Université à lui procurer une chaire d'éloquence dans un lycée, où il pourrait rendre des services plus signalés. Ainsi fut congédié M. Martin Deslandes, qui d'ailleurs n'avait pu trouver de professeurs. La nouvelle création avait à peine duré trois ans !

Les tentatives qui se firent pour relever les études secondaires qui se firent pour relever les études secondaires à Châteaubriant n'eurent rien de stable. On vit successivement apparaître MM. Grelot, Hamon, Dalimer, et enfin M. L'abbé Anger, prêtre natif de Châteaubriant qui avait déclaré n'ouvrir qu'un pensionnat primaire. Mais, ayant eu l'imprudence de donner quelques leçons de latin, sans l'autorisation de l'université, on lui fit son procès dans les formes, et il se retira.

Ce fut sur ces entrefaites, et au moment où tout espoir semblait perdu, que la Providence préparait les moyens qui devaient assurer à la ville un collége comme elle ne pouvait plus espérer d'en posséder. Ce fut encore à l'initiative privée et à la religion que le nouvel établissement dût son existence.


II. – Collége Saint-Marie.

Il y avait alors à Châteaubriant un prêtre zélé qui ne négligeait aucune occasion de faire le bien en cette ville, où il était né : c'était M. de la Rolandière. Après avoir été pendant quinze ans vicaire en sa paroisse natale, il se retira et se mit à desservir l'hôpital jusqu'à sa mort, avec le même désintéressement qu'il mettait en toutes choses. Connaissant les excellentes intentions dont il était animé, une riche et pieuse demoiselle, Mlle Bernard, lui remit entre les mains une somme de 60 à 80,000 fr., pour qu'il l'employât en, bonnes œuvres. Les œuvres à fonder ne manquaient pas, et le secours venait fort à propos. La restauration de la vieille église de Béré eut sa part des bienfaits de Mlle Bernard ; l'école des Frères en eut encore une plus large ; et enfin la dernière et la meilleure peut-être, le bon abbé la réserva pour son œuvre de prédilection ; c'était une maison de retraite servie par des religieuses.

Au nord de la ville, sur le penchant d'une colline au pied de laquelle coule l'humble rivière de la Chère, et en face des ruines pittoresques du vieux château des Brient, sélevaient de modernes constructions ayant servi d'hôtellerie aux nombreux voyageurs qui arrivaient de la capitale et de toutes les villes frontières de notre province. Le maître de cet hôtel venait de mourir : la maison était à vendre. L'abbé Rolandière en fit l'acquisition, au nom de Mme de Kertanguy, supérieur des religieuses de la Retraite de Nantes, et, sans plus tarder, se mit en devoir d'approprier la maison à sa nouvelle destination. Les écuries avec les greniers, qui étaient parallèles au corps d'habitation, furent percées, les combles plafonnés pour servir de réfectoire et de dortoirs ; au midi, il fit construire une vaste chapelle, et, au nord, un autre bâtiment qui acheva le carré. Enfin, derrière ces constructions, un petit jardin devait servir de lieu de lieu de récréation.

Tout étant ainsi disposé, on profita de la présence de Monseigneur de Hercé à Béré, où il administrait le sacrement de confirmation, pour bénir la chapelle : la cérémonie eut lieu le 24 juin 1842, et M. L'abbé Vrignaud, grand-vicaire, y célébra la sainte messe, qui fut suivie du salut. M. de la Rolandière croyait toucher à la réalisation de ses vœux, lorsque se dressèrent devant lui de tels obstacles qu'il ne put ou ne sut les vaincre. Il avait oublié un point essentiel : c'était de faire légaliser l'existence de cette maison. Mais le procureur du roi très-chrétien avait les yeux ouverts, et se chargea de rappeler l'imprudent abbé au respect de la loi. – Gardons le silence sur des faits qui pourraient, il est vrai, dérider un instant nos lecteurs et leur montrer de quel esprit était animée l'administration d'alors, mais qui ne seraient plus compris aujourd'hui.

Quoi qu'il en soit, l'autorisation d'ouvrir la chapelle au public lui fut obstinément refusée, de sorte qu'au bout de trois ans, fatigué des procès et autres tracasseries qui ne cessaient de troubler son repos, l'abbé perdit patience et offrit la maison de Sainte-Marie à Monseigneur de Hercé, afin qu'il y établît un collége. Le don fut accepté, et l'abbé put se consoler de son insuccès et de ses traverses, en se voyant décoré du titre de chanoine honoraire de la cathédrale de Nantes.

M. Laheux (Charles), natif de Sainte-Pazanne, âgé de 40 ans, nouvellement ordonné prêtre, fut envoyé à Châteaubriant pour y fonder le nouvel établissement ; il y arriva en octobre 1845. C'était un homme énergique, très-expérimenté et excellent administrateur. Il trouva une maison en dégâts, presque inhabitable et dépourvue de tout mobilier (1), et enfin toutes les administrations de la cité opposées à l'érection du collége.

Le mauvais vouloir de l'Université était évident; mais, cette fois, le crédit de l'évêque et de son grand-vicaire, qui étaient bien en cour, triompha de toutes oppositions, et le diplôme de maître de pension fut enfin accordé à M. Laheux, le lundi de Pâques, avril 1846. La maison fut aussitôt ouverte, et malgré ce tardif appel, 15 élèves, sur 30 inscrits, vinrent y passer les quatre derniers mois de l'année scolaire. – M. Laheux ne resta pas longtemps à Châteaubriant ; il fut appelé en octobre 1848 à la direction du petit Séminaire de Guérande, où il mourut en 1853.

Celui qui écrit cette histoire fut son successeur à Saint-Marie : il a déjà passé vingt-deux années dans ce ministère quelquefois consolant, mais souvent, hélas ! si pénible et si ingrat. Peu importe les volontés contraires et passionnées: si l'œuvre est de Dieu, elle vivra. Ipse perficiet, confirmabit, solidabitque. (1. Petr. V.) C'est son vœu le plus cher.







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