Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Section troisième (suite)



Voilà donc un collége bien établi, avec ses bâtiments pour recevoir les élèves et loger les maîtres, avec sa cour ou jardin, avec des revenus suffisants, sans parler de la rétribution mensuelle que chaque écolier était tenu de payer suivant la classe qu'il suivait. On pouvait croire son avenir assuré : il n'en fut rien. Il est difficile de dire combien fut tourmentée l'existence de cet établissement toujours modeste, alors même qu'il fut le plus florissant.

Toutes les fondations demeurèrent entre les mains des fabriqueurs qui, vu leur caractère essentiellement religieux, devaient veiller à l'extinction des clauses qu'elle renfermaient et à la distribution des rentes: c'est pourquoi nous voyons, chaque année, figurer sur les comptes de la fabrique les sommes versées pour l'entretien et les réparations des bâtiments. Le vice capital de l'établissement était le défaut de direction et la difficulté de recruter des professeurs. Ces derniers étaient ordinairement les bénéficiers résidant en ville et les vicaires, qui se livraient à cet emploi, sans doute parce qu'ils trouvaient un supplément presque nécessaire aux minces honoraires de leurs titres ; c'est ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, que M. Lenoir, étant vicaire, fut régent du collége pendant près de dix ans, avant de devenir doyen de Châteaubriant. Tantôt il y avait trois et quatre professeurs, le plus souvent ils n'étaient que deux, quelquefois un seul régent instruisait la nombreuse jeunesse qui se pressait dans les classes. Il arriva même plus d'une fois que les écoliers durent se retirer, faute de maîtres. Alors la communauté de ville allait en chercher dans les paroisses environnantes, et en faisait venir de Rennes, de Nantes, même de Châteaugontier.

Avec le temps et surtout les désastreux remboursements en billets, les rentes diminuèrent et les fondations furent anéanties; il fallut un véritable dévouement pour se livrer à l'instruction de la jeunesse. Peut-on n'être pas touché de ce que le doyen Blays nous apprend de M. Jan Hubert ?

« Ce jeune homme, né à Châteaubriant, ayant achevé ses études et reçu la tonsure, alla faire sa théologie à la Flèche et entra chez les capucins de Rennes. Là il devint aveugle malgré tous les soins de la médecine. Forcé de revenir en son pays natal, il s'y livra entièrement à l'instruction de la jeunesse, et il le fit avec d'autant plus de succès, qu'il avait fait d'excellentes études littéraires, philosophiques et théologiques. Poëte élégant, tant en latin qu'en français, il était encore très-versé dans la langue grecque, en sorte que ses écoliers n'avaient rien à envier aux classes tenues pas les Jésuites eux-mêmes. Nul ne saurait dire combien il forma de jeunes gens remarquables et par leur science et par leur piété, soit dans le monde, soit dans l'état ecclésiastique ou religieux. Malgré un corps débile et infirme, malgré la perte de la vue, il exerça en cette ville, pendant plus de quarante ans, ce charitable et pénible ministère. »

Ainsi parle le doyen Blays de ce digne instituteur qui fut son contemporain, et dont il mentionne la présence à la bénédiction de la chapelle de l'hôpital, en 1687. Nous ne savons pas l'époque de sa mort.

Nous avons quelque raison de croire que les études latines qui se faisaient dans la rue des Quatre-Œufs ne dépassaient guères la quatrième ; cependant, lorsque en 1686, la communauté traita avec MM. Cocault et Monnier, régents titulaires, pour faire jouir du bail de l'Epinette, elle leur imposa l'obligation de mettre les écoliers en état d'entrer pour le moins en réthorique dans les colléges des villes voisines.

Ce M. Monnier dont il vient d'être parlé était ecclésiastique de mérite ; après avoir enseigné pendant quelques années, il donna sa démission pour aller exercer le ministère à Soudan dont il devint recteur. Il y a laissé des mémoires qui ne sont point dépourvus d'intérêt.

Parmi les autres régents qui enseignèrent au collége, nous devons encore citer M. Delourmel de la Picardière, de Rennes, jeune clerc tonsuré dont la mauvaise santé ne put répondre à la bonne volonté : MM. Fouchier, prêtres de la paroisse de Béré, qui tinrent les classes pendant quatre-vingts ans : l'un de 1685 à 1724 ; l'autre, neveu du précédent, de 1745 à 1786. La persévérance de ces hommes peut, jusqu'à un certain point, faire leur éloge, mais l'enseignement pour des vieillards est un ministère hors de saison. Ceci nous fait penser que les maîtres alors étaient rares. Cependant, rassurons-nous sur la facilité qu'avait la jeunesse pour s'instruire à Châteaubriant. Outre le collége proprement dit et un florissant pensionnat d'Ursulines, il existait plusieurs petites écoles tenues par des laïcs et de pieuses maîtresses. Le brevet de la paroisse, présenté à l'évêque de Nantes par le doyen Guérin en 1760, fait mention de trois petites écoles de garçons, de l'école dite charitable où l'on instruisait gratuitement les filles, et d'une autre école tenue conjointement par deux autres demoiselles.

Cependant, les conditions matérielles qui avaient suffi à la fondation de 1567 pendant une cinquantaine d'années, devinrent, au bout de ce temps, tout-à-fait insuffisantes. Tel était l'état de délabrement où se trouvaient les bâtiments du collége, qu'en l'année 1619 tout manquait à la fois, portes et fenêtres, plancher, charpente, couverture et cloisons. Une telle charge devenant trop lourde pour la fabrique et pour la ville, qui n'avait aucun revenu, on prit le parti de vendre le terrain et les matériaux pour rebâtir un autre collége ou utiliser, au profit de l'enseignement public, les fonds qu'on pourrait tirer. Croirait-on que ces masures furent pendant quarante ans en vente ! Ce ne fut qu'en 1685 qu'un particulier en offrit la somme de 400 livres et les obtint. Alors la communauté afferma la maison du légat de l'Epinette, avec son jardin, située rue de la Poterne, près le mur de ville, pour reporter les classes. Mais, comme elle était trop petite pour recevoir les maîtres, elle passa un autre bail avec M. Guilbourg de Plessix, pour l'affermage de quelques chambres dans le voisinage. Il fut réglé qu'outre les fruits de la fondation, les régents ne pourraient exiger plus de 10 sous par mois de chaque écolier, jusqu'à ce qu'il fût en état d'entrer en quatrième ; et plus de 15 sous depuis la quatrième jusqu'à la rhétorique et la philosophie. La durée des classes était de deux heures et demie le matin et autant le soir.

Les choses allèrent ainsi jusqu'au jour où la communauté signifia aux régents que, vu l'état d'indigence où elle se trouvait, elle était hors d'état de leur fournir la faible rétribution qu'elle leur allouait chaque année, et même de faire les réparations de la maison affermée pour les classes. M. Fouchier ne se découragea pas : on le vit pendant dix ans se charger seul des classes, sans autre salaire que ce qu'il recevait de ses écoliers, car les fondations avaient suivi la ruine publique. A sa mort, tout tomba, personne ne se présentant pour recueillir une pareille succession.







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