Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Section troisième

Instruction publique




Nous comprendrons sous quatre articles tout ce qui regarde l'histoire de l'instruction de la jeunesse à Châteaubriant :

1° Ecole et ancien collége ; - 2° Collége actuel ; - 3° Pensionnat d'Ursulines à Saint-Sauveur ; - 4° Ecole charitable et pensionnat des Ursulines de Chavagnes, aujourd'hui Nazareth.


I. – Ecoles et ancien collége.

Nous avouons humblement que ce n'est pas le côté le plus brillant de notre histoire. Châteaubriant ne fut jamais un phare au milieu des ténèbres intellectuelles qui couvrirent si longtemps ses campagnes. Il est vrai que les guerres continuelles qui désolèrent le pays, la pauvreté où elles réduirent les habitants, l'incurie et l'indifférence des seigneurs sur ce point, le défaut d'initiative ou de capacité dans les magistrats, apportèrent, en divers temps et à divers degrés, des obstacles presque insurmontables aux progrès de l'instruction et à la prospérité des écoles. Sans le clergé et les moines, nous n'aurions pas à inscrire ce chapitre dans l'histoire que nous traitons.

Malgré l'état imparfait et les vicissitudes au milieu desquels les lettres furent cultivées sur une terre si ingrate, Châteaubriant néanmoins eut un collége. Tout le monde l'ignore aujourd'hui, et nous-mêmes, pour nous en convaincre, nous avons dû, à grande peine, tirer de la poussière et de la destruction, dont ils étaient menacés, les titres de fondation qui en établissent l'existence, les ressources et la durée. Nous les remettons volontiers en lumière, heureux de signaler à la reconnaissance publique des noms qui ont bien mérité de la religion et de leur pays.

Nous avons vu (1) que la nomination des maîtres d'école appartenait alternativement au prieur de Saint-Sauveur et au recteur de Saint-Jean, qui nommaient pour deux ans. L'acte de 1222 ne dit pas de quelle nature étaient ces écoles. Nous sommes portés à croire que, dès cette époque, les lettres latines étaient enseignées ; car, outre le clergé employé dans les paroisses de Saint-Jean et de Notre-Dame, les couvents de Saint-Sauveur, de Saint-Michel-des-Monts et, quelques années plus tard, de la trinité, renfermaient des hommes instruits et très-propres à l'enseignement. Enfin, par les libéralités de Geoffroy III, les forêts de la Primaudière et de Teillé ouvraient leurs profondes solitudes à des colonies de religieux qui pouvaient, au besoin, devenir autant de maîtres pour la jeunesse de la ville et des campagnes. Ce qui confirme cette assertion, c'est que tous les maîtres dont il est fait mention dans les anciens titres sont ou des frères ou des prêtres séculiers.

Ce droit de présentation aux écoles, qui avait divisé le prieur et le doyen, fut contesté à ces derniers par le baron. En 1462, Raoul Billé dut renoncer à la présentation des moines et du curé pour obtenir celle du seigneur. L'usurpation était flagrante, mais le droit du plus fort n'est-il pas toujours le meilleur ? Ce fut un précédent sur lequel les seigneurs et leurs intendants établirent plus tard la même prétention contre la communauté de ville. Ainsi, en 1623, le gouverneur du château nomma à la place de régent, au nom du seigneur absent, et le sujet fut reçu par les juges de la baronnie après examen. En 1625, même présentation et même réception. En 1745, Son Alt. Sérén. nomma le sieur Fouchier, prêtre, pour tenir le collége, et les juges le reçurent encore à la manière accoutumée. Mais en 1786, M. Fouchier étant mort, la communauté assemblée nomma le sieur Joseph Leleslé, accolyte, pour lui succéder, M. de la Haye-Jousselin, intendant du prince, adressa aussitôt une réclamation au Conseil, et, toutefois, dans un but de conciliation engagea le prince à ne nommer le régent que sur la présentation de la ville. Celle-ci tint bon, fit connaître au prince sur quels titres elle établissait son droit, et déclara révoquer la nomination faite par elle, et supprimer en même temps toutes les prérogatives, exemptions, honoraires et titres de pension qu'elle avait établis ou déclaré continuer en faveur du régent de son choix.

Ces contestations, toutes puériles qu'elles nous semblent aujourd'hui, nous paraissent démontrer qu'il ne s'agissait pas seulement de nommer à de petites écoles, mais bien à un enseignement supérieur. Toutefois, il faut croire que cet enseignement ne fut donné avec quelque régularité que vers le milieu du XVIe siècle. Le fondateur de cette institution, qui prit dès lors le nom de collége, fut Jean Gérard, qui fit don aux habitants d'une maison appelée le légat des Marchants. Elle était située dans la rue des Quatre-œufs et avait un jardin par derrière. Il la donna pour servir de collége, à la charge aux habitants de faire dire une messe à basse voix, à jour non nommé, par chascune sepmaine, pour l'entretien dudit légat. L'acte est du 15 octobre 1567.

Les habitants comprenant les avantages d'une institution si précieuse en un temps où l'instruction était si rare et si dispendieuse, reçurent ce don avec reconnaissance. Il ne s'agissait plus que de doter les maîtres ; mais le bon exemple est comme le bon grain, il demeure rarement stérile.

« Ce fut d'abord Jehanne Hiret, dame de la Hermaye et du Bignon, qui colloqua cent escus d'or sol à la fabrice de Saint-Jehan-de-Béré, pour l'intérêt être employé à l'entretenement d'un régent. Un acte des 14 et 17 mars 1582 nous apprend qu'elle autorisa frère Robert Yvon, lors aux exercices et servant de maître d'école, à toucher ladite rente pendant qu'il serait audit exercice seulement, et jusqu'à ce qu'il eut été pourvu par les habitants d'autre instructeur et prédateur en leurdit collége.

» Maître Jan Bontemps, sénéchal de la cour de Châteaubriant (2), ne tarda pas à imiter la libéralité de la dame Hiret. Il donna cent escus aux habitants pour l'entretenement et gaiges du régent, avec hypothèque spéciale sur son lieu du Pont, en Souldan, à la condition que la messe du dimanche, dite en l'église de Saint-Nicolas, se célébrerait à haute voix à toujourmais, avec commémoration et libera pour les trépassés de ses parents et amis. Il se plaignait même - 12 mars 1589 - que la condition n'était pas observée, et menaçait de révoquer le don, si la communauté n'y mettait bon ordre.

» Dix ans plus tard, 1599, Pierre de Coussy, autre nom bien connu pour ses libéralités, offrait la somme de cent dix écus pour l'entretien des précepteurs et régents qui vacqueront à l'instruction de la jeunesse, à charge que lesdits régents et leurs escolliers seront tenus, chascun vendredy de la sepmaine, par chascun an, respondre à chant de haulte voix la messe qui se célèbre à l'autel de Saint-Sébastien, en la chapelle de Saint-Nicollas.

» L'élan une fois donné, ce fut une émulation entre les particuliers pour parfaire l'œuvre si heureusement commencée. En 1626, vénérable et discret missire Jean Drouet, prêtre, chapelain de Saint-Jan-du-Chasteau de cette ville, fit don aux habitants catholiques de la ville et de la paroisse d'une somme de 400 livres, dont la rente était destinée aux régents qui instruiront la jeunesse en la religion catholique, apostolique et romaine, et tiendront le collége, à condition qu'ils diront ou feront dire pour lui, ses parents et amis trépassés, une messe à basse voix, chaque dismanche et fête solennelle pendant la Caresme, à Saint-Nycollas, à onze heures. La messe devait être suivie des prières et recommandations à haulte voix devant le peuple. De plus, après son décès, il fallait chanter, chaque jour de l'année, un libera, à l'issue du salut et oraisons qui se feront en ladite chapelle. »

Il faut avouer que ces clauses onéreuses et assujettissantes diminuaient de beaucoup le mérite de ces dons.

Enfin, à toutes ces fondations, vinrent encore s'ajouter les revenus d'une maison située au faubourg de la Barre et du jardin de la fontaine au Jars, au même lieu.







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