Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Section deuxième

De l'administration spirituelle (suite).




21e. – VIS-DE-LOUP (Mathurin), 1738 à 1739.


Ce doyen fainéant ne prit possession de la cure que par procuration ; il n'y parut jamais. Il remit sa démission à Mgr l'évêque de Nantes, qui nomma à sa place M. Guérin, au commencement du mois de novembre 1739. En sorte qu'il y eut un intérim de près de 15 mois.


22e. – GUERIN, de 1739 à 1783.


Pendant les 44 ans que M. Guérin tint le bénéfice, nous ne trouvons rien qui mérite d'être signalé, si ce n'est les épidémies fréquentes qui désolent Châteaubriant. La moyenne des décès, qui était de 100 à 125, s'éleva à 202 dans l'année 172 ; elle emporta surtout les enfants. En 1759, le nombre des victimes fut 225, de tout âge.

Vu son grand âge, M. Guérin résilia sa cure en faveur de son vicaire (1).


23e. – BEDARD (Aimé-Marie-Pierre), 1783 à 1815.


Il est né à Guérande. Après avoir travaillé pendant six ans, sous le doyen précédent, en qualité de vicaire, il prit possession de la cure le premier jour de l'année 1783.

Rempli de charité pour les pauvres, il prit une part active à l'administration de l'hôpital; c'est à lui qu'on doit la construction du local qui sert aujourd'hui de salle d'asile (1784). Cette sollicitude si digne d'un pasteur des âmes lui fit donner le beau nom de Père des pauvres.

Le 26 novembre 1786, il eut la joie de célébrer la fête du siècle révolu de la possession des reliques de saint Victorien et autres saints vénérés dans son église.

A partir de ce moment, tous les événements auxquels le doyen prit part appartiennent autant à l'histoire politique qu'à l'histoire religieuse de Béré. Nous renvoyons les lecteurs au récit que nous avons fait. Disons seulement, en manière d'analyse, que M. Bedard se laissa aller aussi lui à l'enthousiasme général avec lequel furent accueillies les idées libérales de 1789. On voit son nom figurer dans toutes les assemblées politiques. Ce fut lui qui bénit les drapeaux le jour de la fête du roi et qui prononça un discours remarquable par sa prudence et son esprit de conciliation. Mais quand on voulut exiger de lui le serment schismatique, on le trouva inébranlablement attaché à l'Eglise. Son exemple dût exercer une grande et salutaire influence sur le tout clergé du pays, qui demeura si unanimement fidèle. Il fut jeté en prison le jour de la Fête-Dieu 1791. Le 1er octobre de l'année suivante, il s'embarquait à Redon, sur le vaisseau la Constitution, qui le conduisit à Santander, en Espagne, où il passa tout le temps de son exil. Après dix ans d'absence, le courageux confesseur de la foi revint au milieu de son troupeau (1800), qu'il gouverna jusqu'à sa mort, arrivée le 2 novembre 1815.


24e. – DELSART (Michel-François-Armand), 1815 à 1821.


Ce doyen, peu sympathique à la population de Châteaubriant à cause de ses affections bien connues pour l'empire, donna sa démission pour passer à la cure de Pornic.


25e. – RIBOT (Jacques-Charles), 1821 à 1858.


Il naquit à Nantes, en 1790. Après avoir été vicaire à la cathédrale, il fut mis en possession de la cure de Châteaubriant le 22 juillet 1821.

En 1839, alors que Béré devenait succursale, il chercha à faire donner à son église la Très-Sainte-Vierge pour patronne, et à lui rendre son nom de Notre-Dame qu'elle avait primitivement, et qui lui conviendrait à plus juste titre. L'autorité épiscopale, incomplètement éclairée, croyons-nous, maintint saint Nicolas pour patron de Châteaubriant.

Depuis longtemps, on songeait à agrandir cette église, trop étroite pour la population qui afflue tous les dimanches des campagnes circonvoisinnes. En 1842, ce projet fut exécuté. Le porche en arcades et l'humble clocher de la construction de Jean de Laval furent abattus et remplacés par ce que nous voyons aujourd'hui.

Cependant les habitants de Béré ne cessaient de demander la restauration de leur église; tous les hommes religieux qui l'aient vue dans sa splendeur s'associaient à leurs vœux ; mais une opposition constante de la part des autorités avait jusque-là fait avorter leurs efforts. En 1837, ils obtinrent de faire à leurs frais toutes les réparations nécessaires au vieil édifice, et annoncèrent au conseil municipal qu'ils s'engageaient à fournir au desservant qui leur serait envoyé un logement convenable. Le conseil refusa de s'associer en rien u logement et aux réparations. Néanmoins les démarches pour l'érection de la nouvelle succursale se poursuivaient; le 27 décembre 1838, M. l'abbé Vrignaud, vicaire-général, accompagné du clergé de la ville et d'une foule considérable, rouvrait l'église de Béré et bénissait ses murs profanés; puis, il adressait de chaleureuses paroles à la foule qui l'écoutait, l'engageant à compléter l'œuvre et à réunir tout ce qui était nécessaire pour que le ministère pastoral y pût être exercé aussitôt que l'ordonnance royale, portant érection d'une nouvelle paroisse de Saint-Jean-de-Béré, serait rendue.

L'ordonnance arriva le 1er mars 1839, et M. David, antérieurement vicaire à Saint-Similien de Nantes, était installé le 3 du même mois dans l'antique église Saint-Jean, devenue désormais modeste succursale. La joie de toute la population fut immense, car Béré était aimé comme une mère ; Béré était le berceau de toutes les âmes; les tombeaux des pieux ancêtres étaient à Béré; pendant huit cents ans, Béré avait été le centre du mouvement religieux et la vie spirituelle de toutes les générations; chacun voulait revoir ces murs vénérables, et faire retentir un chant d'action de grâces sous ces voûtes restées muettes depuis cinquante ans. Voici quelques élans d'espérance et d'amour sortis de la plume d'une des nombreuses personnes qui aspiraient après ce beau jour. Ces lignes ont circulé dans Châteaubriant plus d'un an avant la réouverture de l'église :

« Les méchants avaient dit: Béré sera à jamais solitaire, on n'y célébrera plus désormais le jour du Seigneur; pour lui plus de sabbats, plus de fêtes, plus de chants d'allégresse et de triomphe.

» Mais voilà qu'une voix unanime s'est fait entendre parmi le peuple, que le Seigneur nous conviait à rentrer dans son temple, qu'il avait brisé le sceau apposé par la main des méchants.

» Rassemblez les pierres du sanctuaire éparses le long des chemins et sur les places publiques, voici le temps de réparer les profanations.

» Remplacez les colonnes brises, réparez les autels souillés, les statues mutilées, le temple dévasté ; relevez la chaire de vérité; voici le temps de réparer les profanations.

» Cloches du Seigneur broyées par la main des méchants, renaissez de la monnaie que vous avez formée : nous allons fondre notre or et notre argent pour vous remplacer au sommet de la tour.

» Et voilà que la foule afflue de nouveau en habits de fête ; elle se presse de nouveau dans son enceinte, en redisant l'antique splendeur de Béré.

» Béré a recouvré ses sabbats, ses jours de fête, ses chants d'allégresse et de triomphe ; les cloches au Seigneur sonnent de nouveau au sommet de la tour.

» Église de Béré, quitte enfin ton deuil, revêts les beaux ornements dont tu te parais autrefois à la place de tout ton peuple.

» Cloches du Seigneur, broyées par la main des méchants, renaissez de vos ruines ; nous allons fondre notre or et notre argent pour vous remplacer au sommet de la tour.

» Habitants de Béré, réveillez-vous, priez trois fois! Voici votre cloche qui tinte l'Angelus.

» Béré a recouvré ses sabbats, ses jours de fête, ses chants d'allégresse et de triomphe; les cloches du Seigneur sonnent de nouveau au sommet de la tour. »

Nous avons rempli notre tâche, puisqu'ici finit l'histoire du Doyenné de Châteaubriant et Rectorie de Saint-Jean, dont M. Ribot fut le premier et le dernier titulaire. Il mourut en 1858.







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