Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



Accueil
Mémoires du doyen P. Blays (suite).





Après quoy, il n'était plus besoin que d'une cuisine et d'une chambre pour les sœurs, afin d'être plus près des malades, et dont il avait déjà fait éliger la porte et laisser des pierres d'attente au pignon de la salle, du costé de l'occident. C'est à quoy il donna désormais toutes ses pensées. Après avoir sondé les esprits de la plupart des habitants dans les conversations particulières, il les trouva disposés à contribuer de quelque chose pour cet édifice ; il fist faire de leur consentement une queste par deux de Mrs les prêtres, laquelle étant faite, il travailla incessemment à un édifice si nécessaire. Il est vray que les desniers de la queste n'étoient pas suffisants, mais il toucha de l'épargne de la charité 100 livres, et avec quattre chesnes que donna Monseigneur le prince, il mit ce bastiment (non sans qu'il lui coûtât une bonne somme du sien), en état de loger les sœurs, de servir de cuisine non seulement pour les malades, mais encore pour les soins de l'hôpital général, 1692 ; ce qui fut fort aisé et commode, en faisant dans le mur une porte qui donne entrée directement dans le refectoir, et, de là, passage au reste de l'hôpital.

Les chambres des sœurs et cuisine nouvelle étant donc faites, les anciennes ne demeureront point inutiles, car la chambre des sœurs, qui était estroite et fort longue, fut retranchée de la moitié, et on y ménagea un cellier pour les charniers, le cidre et le vin. Et, de la cuisine, le bureau en fist , en 1693, une buanderie et boulangerie, bastissant un four dont la gueule vint dans la cheminée, qui peut encore servir au besoin pour chauffer les pauvres.

Pour ce qui est de la chambre qui servait de chappelle auparavant, le d. sieur doyen, en 93, la fist séparer en quattre par des clouoisons bien terrassées et remplies ; les deux proches du pignon, d'une grandeur raisonnable, pouvant loger les prestres qui se plaignaient déjà de ne l'estre pas commodément, et quelque autre personne, s'il s'en présentait qui voulust se retirer à l'hôpital ; la troisième, comme un grand cabinet, pour mettre le linge, et la quatrième, auprès de la porte et où elle ouvre, estant comme un antichambre propre à y tenir les membres du bureau du d. hôpital, ainsi qu'il s'est toujours fait depuis.

Une de grandes incommodités de notre pauvre hôspital estait de n'avoir point de jardin qui lui fust proche. Il y en avoit bien un que le sieur Blays, doyen, avoit donné, mais il estait au fauxbourg de la Barre ; un autre, donné par la dame Camus, mais il estait à Béré, et un troisième, par le sieur Nicolas Barré, mais c'estait peu de chose et encore était-il de l'autre costé de la rivière. Et, ce qui estait plus fâcheux, c'est qu'un grand jardin contigu au d. hospital et qui occupait toute la place depuis le bastiment jusqu'aux terres du couvent de la Trinité, estoit possédé par un particulier, paroissien de Rougé, qui n'avoit besoin de vendre et avec lequel il était difficile de s'entendre. Cependant, le d. sieur doyen luy ayant parlé, il ne le trouva pas beaucoup éloigné de raison et disposé d'en traitter avec luy seulement, à l'amiable, pour sa consideration. Sur ces entrefaites, il est emporté dans deux ou trois jours, avant que le d. sieur doyen en eust connoissance ; car estant allé pour faire affaire avec luy, il trouva qu'on l'avait porté en terre le matin, et ainsi ce jardin estant tombé entre les mains de mineurs, sous la tutelle d'une veuve qui ne pouvait rien faire sans l'avis de parents, tous grossiers, craintifs, les difficultés devinrent bien plus grandes. Elles ne purent être levées que par un procès au présidial de Rennes, après avoir tenté inutilement toute les voies de douceur. Une sentence fut rendue quy condamna la veuve à céder à l'hospital le d. jardin, mais à condition qu'il en payerait le prix qu'il avait esté acheté autrefois par les autheurs, qui allait bien plus haut qu'il ne vallait à présent, et que l'argent serait placé au sol pour livre jusqu'à la majorité des d. mineurs, clauze qui estait un peu rude, mais il en fallait passer par là, et le pis encore était qu'il n'y avait point d'argent au d. hôpital. Ce que voyant le sieur doyen, il proposa de donner trois cents tant de livres pour le d. jardin, à la charge que le bureau serait obligé à perpetuité de luy faire célébrer un obit qui servirait de grand messe le jour de Saint Pierre, 29 juin, le libera et oraisons sur sa fosse sépulturale, pour la retribution duquel le doyen aurait 15 sous, le diacre et sous-diacre 3 sous chaque, et les secrétains 3, et, en outre, le pain bénit distribué le d. jour avec la prière, ce qui ensemble ne pouvoit aller qu'à environ 100 sols. Cette proposition fut reçue avec joie par le bureau, de même que celle de vendre ce petit jardin, donné par le sieur Barré, à estimation de priseurs qui le jugèrent de la valleur de 100 livres. Pour le surplus, il fut pris sur une petite fondation de prières qui se doivent faire par les pauvres. Cet argent est bien placé ; le jardin reste à l'hôpital, le quel joint, comme il est, à un autre contigu donné par Missire Pierre de La Lande, prestre de cette paroisse, à la charge d'un certain nombre de messes, dues par mois, après sa mort, à perpetuité, fait un enclos de jardin considérable.

Pour concevoir l'obligation qu'on a à cet ecclésiastique du présent de ce jardin, il faut scavoir que le grand corps de logis ayant esté basti au contigu de ce jardin, il n'estait pas possible de faire aucun autre bastiment, sans prendre de son terrain. Ce que connoissant parfaitement bien, le d. sieur doyen, à qui Dieu avait inspiré le dessein de bastir une chappelle avec la salle des malades et la cuisine, il communiqua sa résolution au d. sieur de La Lande, à qui il fist voir le besoin qu'il avoit pour son entreprise d'une partie de son jardin. Celui-ci, au même temps, y donna volontiers les mains, accordant non-seulement le terrain nécessaire pour ces bastiments et autres, mais donnant de plus le jardin entier après sa mort, comme je viens de dire. Pour comble de son zèle pour le bien et l'utilité du d. hospital, il luy a cédé depuis les six mois, la jouissance de ce jardin, à la charge qu'il seroit fourni de tous les légumes dont il auroit besoin pour son particulier ; ce qui se pratique à présent, à cause de quoy il a bien voulu qu'on fist une closture entre le jardin du sieur de la Ferrière-le-Grand et le sien, par laquelle il n'est fait qu'un seul jardin de ces deux.

Ce fut aussi sur le même fonds de ce jardin que le d. sieur Blays, doyen, fist bastir, en 1695, ce beau corps de logis consistant en une place basse, celier ou escurie à costé, chambre haute, avec descharge et grenier au dessus separé seulement d'une allée de la chappelle, et lequel il donna à jamais à l'hospital, à la charge que le bureau s'obligeât de nourrir et entretenir Roberde Bertin, fille de Mr Estienne Bertin, et honorable femme Roberde Hubert, vivante, sa nièce du costé paternel, carente de sens et entièrement hébétée, le reste de ses jours, par acte et delibération passée sur le registre du d. hospital entre le d. sieur doyen et les directeurs. Ils en prirent possession au commencement de l'an 1696, environ lequel temps aussi la d. Bertin fut conduitte et receüe au d. hospital par les d. directeurs qui marquèrent au d. sieur doyen de grands sentiments de reconnessance pour tant de bien qu'il avoit fait au d. hospital depuis son establissement. Tous ces bienfaits, le sieur doyen avait dessein de les couronner par une closture de pierres à chaux et à sable, portail de pierres de taille, avec une niche au-dessus pour placer une figure de l'Enfant-Jésus, etc., autre porte à costé, près de la chappelle. Déjà il avait fait venir la chaux, achepté la pierre de taille, donné même 10 livres d'avance, et faisait actuellement tirer de la pierre pour le mur, dont les premières charretées ont esté amenées dans la cour, qu'il veult clorre, ce troisième janvier 1697, travail qu'il exécuta en 98.

Dès l'establissement de l'hôpital, nos habitants avoient desiré avec passion de voir le Saint-Sacrement conservé dans la chappelle, lorsqu'elle seroit bastie ; le soleil et le ciboire qu'ils donnèrent dès lors en sont les preuves sensibles. Ils avoient persévéré dans ce dessein comme chose fort avantageuse pour les pauvres et les malades, surtout lorsqu'ils auroient besoin des sacrements. Mais comme l'entretien d'une lampe qui doist estre allumée jour et nuit devant cet adorable sacrement residant sur nos autels, estoit d'une trop grande dépense pour un hospital aussi pauvre et qui n'a point de revenu assuré, ce dessein ne fut exécuté que le 14me janvier 1697, jour dedié particulierement au saint nom de Jésus ou à l'Enfant Jésus, titulaire de la d. chappelle, vénérable et discret Mire Jan Peslerbe, prestre de la d. paroisse, décédé au mois de janvier 1696, ayant donné, par testament, des actes de constitut de 400 livres de principal, au denier seize, dont la rente fut employée à l'entretien de cette lampe. Le sieur Blays, doyen, renferma ce sacré dépost dans un petit tabernacle soubs la figure de l'Enfant Jésus, ce qui se fist avec solemnité et avec la joye des habitants et la consolation des pauvres.

Le d. sieur doyen ayant preparé et fait amener les matériaux à l'hospital, en 1697 et 1698, fist faire la closture de la cour avec les portes, et achever le tout comme il se voit, après la feste de Pasques de la d. année, à l'exception des figures de la niche de dessus la grande porte. Dans le dessein d'augmenter le revenu du d. hospital, faisant bastir le mur du costé du pavé, il y fit éliger des portes et fenestres pour servir à deux petits logements qu'il vouloit faire bastir avec le temps, si Dieu luy donnait la vie et les moyens, lesquels seroient de bon revenu, à cause de l'emplacement commode pour les petits commerces. En 1690, il a executé ce dessein, faisant construire deux petites maisons, chacune de 16 pieds de front et de 13 de profondeur, y faisant un grand grenier au-dessus de chacune.







Compteur