Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Mémoires du doyen P. Blays.

VII. - De l'hôpital général et des malades de l'Enfant- Jésus. De son commencement et de son progrès à Chasteaubriant.





Chapitre 1

Du bastiment de l'hôpital.

Le feu de la charité s'allumant de plus en plus dans le cœur des habitans de Chasteaubriant, à l'endroit des pauvres malades, on résolut et arrêta dans la communauté, en 1677, de leur bastir un hôspital pour les y recevoir, comme l'on en avait déjà conceu le dessein dès l'établissement de la confrérie de la charité, en 1654. Mais comme il n'y avait point de deniers dans le public pour cet effet, on fut obligé de remettre cet ouvrage entre les mains de la providence et avoir recours aux questes que l'on fist faire par des personnes qualifiées savoir : Mr Chostard, intendant de Son Altesse, et Mr d'Outremer, sieur de Bellêtre, qui voulait recevoir la commission de ce bastiment et se donner le soin de toute l'entreprise, ayant avec eux Mr Hubert, neveu du sieur doyen et son vicaire. Ces questes étaient faites dans la ville, faubourgs et paroisse. Des deniers qui furent reçus, et des présents faits mesme par quelques étrangers originaires du d. Châteaubriant, on achepte un fonds, et Monseigneur le Prince y contribuant même d'une fourniture de chesne à choisir dans ses forêts, on commence ce grand bastiment, à la construction duquelle sieur doyen avoit puissemment exhorté ses paroissiens le jour de la Toussaint, par une prédication qu'il leur fist sur ce sujet, prenant pour thême ces paroles de l'évangile du jour : Beati misericordes.

On fait venir un architecte ; on met la main à l'ouvrage, et on travaille avec tant de promptitude et d'assiduité, qu'en deux ans de temps, on vit ce bastiment achevé, fors l'escalier, conformément au dessein qu'en avoit donné l'architecte, dessein assez mal conceu, comme il est aisé de voir, pour le peu de commodités qu'il contenait, mais qui agréa à plusieurs, à cause de l'apparence seulement, contre les sentiments les plus éclairés.

Ce bastiment étant achevé, Sa Majesté ordonna des hôpitaux généraux dans tous les lieux considérables de son royaume, par déclaration envoyée aux gouverneurs de province et intendants, avec une lettre même de sa part à tous les évesques. Ce bastiment, que la charité de nos habitants destinait pour loger nos pauvres malades, fut employer pour loger les pauvres, renfermés par ordre de Monseigneur le Duc de Chaulnes, gouverneur pour le roy, en Bretagne, lequel étant informé de l'estat des choses et sachant que cet hôpital naissant n'étoit pas encore logeable, envoya le révérend père Choran, jésuite, qui avait déjà couru dans la plupart des villes de la province, pour le même sujet, afin que par ses exhortations et ses soins (car il estoit fort entendu en ces sortes de choses), le bastiment peust estre bientôt logeable et garni de meubles, pour servir d'hôpital. Il fist faire des escaliers de bois pour monter aux chambres ; dérober par des cloisons de petits celliers pour apprêter les farines, où loger les domestiques qui devoient gouverner l'hôpital et pour enfermer les linges, dans la largeur du premier étage. Il fist un réfectoire sous la chappelle qui estoit au dessus de la cuisine, auprès de la chambre des gouvernantes, et une petite chambre pour le prêtre, des deniers qu'avait le sieur de Bellêtre, commis par la communauté.

Il fit une queste de meubles, et le d. hôpital fut meublé, pauvrement à la vérité, mais suffisemment pour y loger les pauvres. Il moyenna même un calice, un ciboire et un soleil pour la chappelle, qui furent faits des bagues, croix d'argent et argent cassé qu'on présentait à Dieu, touchés par la force de ses exhortations. Cet homme de Dieu ayant, dans moins de trois mois qu'il resta la plus part du temps à Châteaubriant, rendu l'hôpital logeable et pourveu de meubles, aussi bien que la chappelle d'ornements suffisants, le sieur Blays, doyen, fist, le troisième octobre 1680, la bénédiction de la chambre destinée pour la chappelle du d. hôpital. Les pauvres y furent conduits processionnellement, vêtus de just-au-corps et de bonnets bleus qui leur avaient esté donnés par quelques particuliers plus zélés, de la chappelle de Saint-Nicolas, le 10 octobre, feste de saint Clair, premier évesque de Nantes, avec la joie du peuple, mais avec le chagrin de ceux qui avaient tant contribué à cet ouvrage, d'y voir loger des sains vagabonds à la place des malades, avec cette seule consolation que, comme la Providence avait donné logement aux pauvres renfermés, à quoy on ne s'attendait pas, elle logerait aussi les malades à l'heure qu'on y penserait le moins, ce qui arriva.

En effet, le d. Blays, doyen, ayant achevé la chappelle qu'il faisait bastir à l'Ecce-Homo, l'homme de douleur, dans son église paroissialle, en 1682, et son autel en 84, Dieu se servit de Monseigneur de Nantes, lequel voyant cette chappelle et louant la figure de l'Ecce-Homo, peut estre bien la meilleure de la province, approuva fort la despence qu'il y avoit faite, et en même temps lui marqua qu'il estait à souhaiter qu'il en eût fait autant à l'hôpital. Ces paroles furent comme autant d'huile qu'il jetta dans le feu dont il brusloit pour l'hôpital, et lui firent former la résolution d'y bastir une chappelle, comme il l'exécuta bientôt. Dès l'année suivante, il se mit à préparer les matériaux, car son peu de moyens le faisoit marcher lentement en ses entreprises charitables, et selon l'état où étoit son revenu. L'année d'après, qui était celle de 1686, le premier jour d'avril, il commença la chappelle de l'hôpital, y mit la première pierre, et dédia cette chappelle à l'Enfant-Jésus, avec grande solennité et concours de peuples, assisté en cette cérémonie de Mrs les prêtres du d. Châteaubriant et paroisse de Saint-Jean-de-Béré, Missires Estienne Delourmel, Julien Montagne, Michel Gobbé, Charles Monnier, Julien Buché, Jean Peslerbe, Julien Galpin, François Cocault, Sulpice Dupin, Julien Maussion, Pierre de La Lande, Jean Boulcaut, Jean Leliepvre, Julien Quenouard et Jean-François Fouchier. En suite de quoy, les artizans travaillèrent incessemment, jusqu'à ce que la chappelle estant achevée avec son autel, et les dehors d'une partie de la salle des malades étant seulement bastis, le 25me de novembre, jour de la Sainte Catherine, l'an 1687, la bénédiction de la d. chappelle, autel et cloche, fust faite par le d. sieur Doyen, qui avoit donné le tout. Il fut assisté en ces différentes cérémonies de Mis les prêtres susnommés, et de plus de Mre Julien De Lourmel, prêtre ; Mre Bertrand-Odion, diacre ; Mre Pierre Gatineau, soudiacre ; Mre Jean Hubert, aveugle, clerc tonsuré, le quel a tant fait de bien au public pendant plus de 40 ans, qu'il s'est donné uniquement à l'instruction de la jeunesse, tant du d. Châteaubriant que des lieux circonvoisins, et Mre Mathurin Navinel, aussi tonsuré.

Il est à remarquer que le d. Doyen, ayant achevé la chappelle avec son autel, et mis en état d'y célébrer, ne fist faire les dehors que d'une partie de la salle des malades, car il ne pouvait pas fournir à tant de dépenses tout à la fois. Encore n'eust-il pas pu pour lors faire plus que la chappelle, s'il n'eut reçu d'une personne pieuse la somme de 300 livres, qu'il employa à cet ouvrage de charité qu'il ne prétendait pas tant avancer cette année, si Dieu, par un secret ressort de sa providence, qui ne manque jamais au besoin, ne lui avoit encore fait tomber entre les mains une autre somme de 6 à 700 livres, laquelle jointe à la première, il continua sans interruption le d. bastiment, en sorte que, en moins de 6 mois, les dehors de la d. salle furent achevés au d. an. Il ne restait donc plus que les dedans, comme portes, fenestres, plancher, cloisons, escaliers, commodités, carrelis, pouffrissures, blanchissures, qu'il mit tout en estat de ses propres desniers, à la fin de l'année 1688. Il donna même deux lits pour placer, l'un dans l'appartement des hommes, et l'autre dans l'appartement des femmes.







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