Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Mémoires du doyen P. Blays.

VI. Des confréries establies dans la d. paroisse de Saint-Jean-de-Béré, ville de Chasteaubriant.




Il y a eu de tout des confréries establies dans la d. paroisse, ce qui marque la piété et la dévotion de son peuple. Car il se voit, par un concordat passé en 1367, entre le doyen de Châteaubriant et recteur de Saint-Jean-de-Béré, qu’il y avait dès lors plusieurs confréries, et, par un papier des comptes de la confrérie de Sainte-Catherine, il s’apprend qu’elle estoit une des plus célèbres de Bretagne, laquelle ayant commencé en 1465, estoit encore en vigueur en 1555, de laquelle je parle assez amplement cy-devant, au chap. qui traitte de la chappelle de Saint-Nicolas, ville de Châteaubriant.

Pour le présent, il y en a encore six, qui ont succédé aux anciennes, lesquelles ont esté érigées en divers temps, scavoir : 1° la confrérie du Psautier ou Rozaire ; 2° celle de Notre-Dame ; 3° celle de la Charité pour les pauvres ; 4° de La Mercy ou Rédemption des captifs ; 5° du Très-Saint-Sacrement de l’autel ; 6° de Saint-Blaise. Outre quelques autres associations de piété qui s’y trouvent sans bulles, et des quelles nous parlerons selon l’ordre de leur institution.


I. - De la confrérie du Saint-Rozaire.

La confrérie du Saint-Rozaire ou Psautier de la Sainte-Vierge, ainsi appelée à raison des 150 Ave Maria qui font le nombre des 150 pseaumes de David, instituée du temps de Saint Dominique, confirmée et approuvée à la requeste de François, duc de Bretagne, et de Marguerite, son épouze, après les exhortations du B. Alain de La Roche, jacobin, par bulle de Sixte 4me, en datte du 9me may 1479, et l’an 8me de son pontificat, fut establie à Chasteaubriant, en 1580. Quantité de personnes de l’un et l’autre sexe s’y enrolèrent. Mais la dévotion à cette sainte confrérie s’estant peu à peu refroidie, y fut enfin restablie avec statuts et attachée à l’autel de Nostre-Dame-de-Pitié, en la chappelle de Saint-Nicolas, ville de Chasteaubriant, le 28me jour du mois d’avril 1628, alors étant doyen du d. Châteaubriant et recteur de la d. paroisse de Saint-Jean-de-Béré, Missire François Bourguillaut, natif du d. lieu. Elle fut érigée par le Rd P. Du Mesnil, docteur-régent en théologie des jacobins de Nantes, pour lors prédicateur au d. Châteaubriant, toutes formes observées. Signé : F.- J.- Bapt. Du Mesnil, M. François Bourguillaut, M. Jan Hubert, M. Jan Le Roy, M. Jan Hubert le jeune, M. Louys Galpin, M. Corentin de la Bouessière, M. Jacques Bloüyn, M. Jan Le Noir, M. Mathurin Vincent.

Cette sainte archiconfrérie establie de la sorte, on commença de faire les services, scavoir : célébrer les messes les premiers dimanches du mois, les festes de la Vierge et les anniversaires des décédés de la confrérie, avec les processions du Rozaire, chantant les litanies de la Sainte-Vierge, et portant une image de Notre-Dame, de bois doré, les d. premiers dimanches et festes, auxquels jours on bénist les chappelets, après la réception de ceux qui s’y veullent faire enroller, et, pour fournir à la retribution des d. services, on plaça un tronc proche l’autel du Rozaire, pour recevoir les charités des confrères. Mais comme le tronc seul n’estoit pas suffisant pour les nécessités de la d. frérie, d’autant qu’il estoit besoin d’achepter une chasuble pour les d. messes, des tuniques, une chappe, une bannière et faire faire un tableau, le procureur commença des quêtes à la messe du Rozaire et aux vespres, les premiers dimanches du mois et festes de la Sainte-Vierge. Ces questes furent continuées jusqu’au parfait remboursement des deniers employés à l’achat du d. tableau, des d. ornements, bannière et armoires, après quoy elles cessèrent, d’autant que les deniers du tronc n’estoient que trop suffisant pour fournir le luminaire et la retribution de Mrs les prêtres qui disoient ou assistaient aux d. messes, lesquels n’estoient qu’au nombre de huit ou neuf pour le plus. Cependant, on fut obligé de reprendre ces questes, lorsqu’il fut question de faire bastir l’autel qui s’y voit. Il fut entrepris par le sieur Blays, doyen, et achevé au mois d’aoust de l’an 1660, et les questes furent continuées en suitte jusqu’à présent, parce que la bannière, la chappe, les tuniques estant uzées et hors d’estat de servir, il estoit besoin d’en avoir d’autres. Et puis le nombre des prestres estant augmenté de plus de moitié, c’est tout ce que le tronc, avec la queste, peut faire que de fournir à leur rétribution et à l’achapt des luminaires.

Et, en effet, le tableau estant pourri, on jugea, en 1680, que c’estoit espargne d’avoir un Rozaire perpétuel, c’est-à-dire des images de la Sainte-Vierge tenant le petit Jésus, distribuant des chappelets, l’un à saint Dominique et l’autre à sainte Catherine de Sienne. Ce qui fut exécuté par les soins d’un procureur zélé, Me Jan Bellanger, lequel estant décédé, il luy en succéda un autre, Me Pierre Carré, non moins affectionné à la Sainte-Vierge et au saint Rozaire, lequel agissant de concert avec le sieur doyen, résolurent, en 1682, d’achepter deux tuniques de satin blanc, à galons d’or et argent faux, et quatre plaques de bois doré pour des cierges à parer l’autel ; ce qui fut payé des deniers du tronc et des questes.

Mais comme l’autel du Rozaire estoit magnifique, autant que la place le pouvait porter, il semblait fort raisonnable que le reste le fut aussi, je veux dire l’image de la Sainte-Vierge qui se porte d’ordinaire aux processions et qu’il estoit honteux de n’y en porter une que de bois. On forma donc le dessein d’en avoir une d’argent et de prix, aussi bien qu’une chappe qui respondit à la magnificence de l’image, au lieu d’une méchante de damas my uzé, dont on se servoit, de même encore qu’une bannière à la place d’une vieille toute délabrée. C'estoient de grands desseins et pour l’exécution desquels il estoit besoin de 7 à 800 livres ; mais où les prendre ? Hoc opus, hic labor est. Le sieur doyen jugea à propos de ne proposer que l’image d’abord, dans les compagnies de gens qui estoient en estat de donner, et dans les conversations des personnes de piété où il se trouvoit journellement ; après quoy, voyant les esprits disposés, il les exhorta en chaire à une si saincte et honorable contribution, mais avec tant de succès et d’efficacité, qu’en 1685 on trouva de quoy payer une grande image d’argent d’un pied et demi, à la couronne d’or, sur un piedestal d’ébenne garni d’argent. Gardant la même conduitte, en 1686, on achepta une bannière très-belle de damas blanc, à broderie d’or et argent fin, et, en 1689, une chappe blanche de moire d’argent, à grands galons d’or fin, avec une Nostre-Dame sur le chapperon, tenant le petit Jésus entre les bras, tous deux présentant de petits chappelets, portée sur une nüe, un croissant sous les pieds, une couronne d’or sur la teste, le tout entouré d’un grand chappelet d’or fin et desquelles choses le prix fut payé des présents qui furent mis aux mains du d. sieur doyen et du d. Carré, procureur de la confrérie. Il seroit aussi besoin d’un beau chasuble conforme à ces autres ornements, quoique celui dont on se sert encore, qui est de satin blanc, à dentelle d’or, un rozaire sur le dos, et qui dure depuis l’establissement de la d. confrérie, soit encore assez propre. Mais le temps est si misérable que l’on n’ozerait en faire la proposition.







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