Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Mémoires du doyen P. Blays.

III. - Du doyenné rural dont la paroisse de Saint-Jean-de-Béré est annexe.




L’église de Châteaubriant est considérable pour son doyenné rural qui lui a été annexé, ou dont elle a été l’annexe, on ne sait pas au vray en quel temps, mais cela est constant : 1° par les cartulaires anciens du prieuré de la Primaudière, ordre de Grammont, fondé en 1029 (1), par Geffroy de Châteaubriant et Guillaume de la Guerche, seigneur de Pouencé, dans la forêt de Juigné-desMoustiers, dans lesquels, en 1257, il se trouve plusieurs sentences rendues par Robert de Fercé, doyen de Châteaubriant, entre les religieux et autres particuliers, où il commençait toujours par ces mots : « universis praesentes litteras inspecturis seu audituris, Robert (et quelquefois) de Ferceio decano Castribriendino salutem in Domino, cum lis mota esset coram nobis inter, ets. ; » 2° et par un acte de transaction avec les religieux de la Trinité, lors de leur fondation, en 1262, et le doyen de Châteaubriant, apparemment le d. Robert de Fercé ; 3° par un acte d’union de la paroisse de Saint-Pierre-de-Béré, appartenant au prieur et religieux de Saint-Sauveur-de-Béré, et dont ils étoient présentateurs, union faitte par Bernard, évêque de Nantes, à la paroisse de Saint-Jean-de-Béré, en 1222, où le recteur de Saint-Jean est appelé personna, nom qui porte dignité dans le droit ; 4° par un concordat fait entre Pierre de Charbonnières, doyen de Châteaubriant et recteur de l’église paroissiale et baptismalle de Saint-Jean-de-Béré, annexée au d. doyenné, en 1307, et les paroissiens de la d. paroisse, et enfin par tous les anciens papiers des comptes de la d. paroisse et par un accord fait entre Geffroy, doyen de Châteaubriant et recteur de la paroisse de Saint-Jean-de-Béré, et frère Thomas Chastel, ministre de la Trinité et religieux en 1399.

Quatre choses rendoient autrefois ce doyenné très-considérable : la première, estoit le droit de visite sur 70 paroisses ; la deuxième, une juridiction qu’il avoit dans Châteaubriant ; la troisième, quantité de bons revenus, outre les dimes ; la quatrième, le pas sur tous les recteurs du diocèse au synode. Toutes les quelles choses sont perdues, à la réserve du pas ; des quelles choses nous allons parler.

1° Droit de visite. - Il avoit droit de visite sur 70 paroisses, sans parler de Béré.

Droit de visite sur les 70 paroisses :
Couffé.
Oudon.
Saint-Giron.
Ancenis.
Saint-Herblon.
Anetz.
Varades.
Montrelaye.
Belligné.
Montmusson.
La Cornouaille.
Rochementru.
Vritz.
Frigné.
Saint-Mars-de-la-Jaille.
Le Pin.
La Chappelle-Glain.
Saint-Julien-de-Vouvantes.
Juigné.
Auverné.
Riaillé.
Bonne-Œuvre.
Pouillé.
Mézangé.
Pannecé.
Teillé.
Mouseil.
Ligné.
Saint-Mars-du-Désert.
Les Touches.
Trans.
Petit-Mars.
Joué.
Erbray.
Moisdon.
Soudan.
Ruffigné.
Saint-Aubin.
Saint-Vincent-des-Landes.
Louisfert.
Issé.
Abbaretz.
Treffieux.
Nozay.
Jans.
Derval.
Mouays.
Sion.
Pierric.
Foulgeray.
Massérac.
Avessac.
Guémené.
Conquereul.
Marsac.
Vays.
Puceul.
Saffré.
Nord.
Casson.
Heric.
Grand-Champ.
La Chappelle-sur-Erdre.
Sucé.
Carquefou.

Pour justifier le droit de visite, il ne faut que savoir qu’il appartient aux doyens par la disposition des canons, et pour prouver que le doyen de Châteaubriant en a joui, il ne faut que voir les anciens livres des comptes des paroisses de ce climat ; tels sont ceux de Vritz et de Rochementru ; ceux de Vritz, où en 1480,1484,1486 et 1532, dans lesquels les fabriqueurs rendent compte de la dépense des témoins synodaux et de M. le doyen de Châteaubriant, et pour estre allé quérir les saintes huiles chez le sieur doyen, et en ceux de Rochementru sont référées plusieurs visites des anciens doyens de Châteaubriant et pour aller quérir le Chreisme en 1476, 146…, pour despense des témoins synodaux, etc., et en 1480, par extraits des livres colaônés, signé : Le Noir, doyen, etc.

2° Juridiction. - Il avoit une juridiction dans Châteaubriant ; cela se monstre par des marchés et actes rapportés par des notaires de la juridiction du doyen de Châteaubriant, par procès intentés, appointements et sentences rendus par ledit doyen en 1504, 1505, 1550 et 1602 ; tout cela s’est évanoui et a été usurpé.

3° Revenus et dîmes. - Il avoit encore de bons revenus qu’il n’a plus à présent ; car il avoit la moitié de ce qui étoit donné dans le tronc de Notre-Dame-de-Saint-Nicolas, la moitié des rentes dues à la fabrice, qui alloit à beaucoup, n’y ayant guères de maisons et terres qui ne fussent chargées de quelque chose, et quoique ce ne fut pas grande somme, comme de 4 deniers, 6 deniers, 2 deniers, 5 deniers, le tout ensemble pourtant montait à bien haut, pour le peu d’argent qu’il y avoit pour lors. Avec cela il avoit la moitié de ce qu’on tirait de la vente des bois des cimetières, 10 ou 12 sous pour l’enterrage dans l’église de Béré et Saint-Nicolas, plusieurs confréries où il avait pour rétribution des messes des confrères décédés ; il avait de chacun des frères vivants une obole de bonne monnoye, outre les offrandes aux d. messes. De plus, la paroisse fournissait les doyens de tout meuble : comme lits, tables, vaisselles, etc., et faisait toutes les réparations du presbitaire ; tout cela se voit par les anciens livres des comptes et le concordat de 1307.

Et avec tout cela , les doyens, outre le tiers des dîmes sur le fief de la Gallissonière, levaient encore sur le monceau purgé de poux, tant de blé que d’avoine, 54 boexaux de bled, 28 d’avoine grosse, dont ils étaient en possession immémorialle : cela se voit par une information civille des d. droits, faitte par Mire Guillaume Nicole, doyen de Châteaubriant et recteur de la paroisse de Saint-Jean-de-Béré, contre le seigneur de la Gallissonière, de l’authorité de la cour et siège présidial de Rennes, en 1581. Ils avaient aussi le tiers des dîmes sur Saint-André, avec le chapelain, qui levait seul les deux tiers et où le doyen ne prend rien à présent : ce qui conste, par une enqueste faite en 1474, par Jacques Martin, chastelain et juge ordinaire de la cour de Châteaubriant, et Jean de Kalemborgne, greffier d’icelle, afin de preuves du droit d’espaves et galloys deubs à la dite chappelenie, etc., où il est advoué, par teimoins, qu’il tenait les deux tiers des dîmes sur les hommes de Saint-André, qui devaient, par an, 11 sols au d. chappelain, sans aucune rentes ni redevances qu’à lui seul ; ce qui marque qu’en ce temps, ce qui n’est à présent qu’une métairie, estait pour lors un village de plusieurs ménages.

Le d. doyenné a perdu ces revenus, soit par les usurpations d’autrui, soit par la négligence des doyens, et surtout par leur non résidence. En ce temps, ils se contentaient du droit de visite, demeurant dans des villes comme Rennes, Nantes, et y establissant pour vicaires et fermiers de pauvres prêtres qui ne se mettaient guère en peine de la conservation des droits du bénéfice. Car, depuis environ l’an 1400, il ne se trouve point qu’ils aient résidé jusqu’en 1556, ce qui se voit par les papiers des comptes qui ne furent, tout ce temps, examinés que par les vicaires ou sous-vicaires, en l’absence des doyens, par lettres de procuration de Monseigneur de Nantes, pour les quelles la fabrique a payé jusqu’à 64 sols. Voilà l’origine du droit de procuration pour lequel on a fait payer jusqu’à 14 livres par an, contre tout droit, puisque ces lettres ne se donnent plus. Il fallut même avoir procès avec Mire du Tertre, pour l’obliger à résider, en l’an 1558. Depuis 1400, il n’est parlé d’aucun doyen dans aucun acte jusques à 1539, que Mire François d’Espinose, prenant possession du d. doyenné le jour du baptesme d’un enfant, il fut prié, par honneur, d’en être le parrain et en vertu de la d. prise de possession, il établit pour vicaires Missires Geffroy Jumel et Pierre Fleuret, qui allaient de temps en temps à Nantes, luy rendre compte de ce qu’ils avaient touché, tant des dîmes que du casuel du d. doyenné, et je n’ai vu en aucun papier de leurs comptes que le d. d’Espinose ait jamais fait aucune fondation. Depuis 1556, il y a eu 6 doyens : Missires Estienne du Tertre, Robert Truillot, Guillaume Nicole, Mathurin Ridel (2), Geffroy Jumel et François Galpin, qui mourut en décembre 1597. Depuis on en compte seulement trois, savoir : François Bourguillaut, qui tint le d. bénéfice 38 ans ; Mire Jean-le-Noir, 23, et, depuis, Mire P. Blays, depuis 1658 jusques à 1696 (3). Tout ceci se trouve par les registres de la paroisse, les anciens papiers des comptes, et deux actes d’enquête et information civile, dont il est parlé cy-dessus.







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