Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Mémoires du doyen P. Blays.

II. - De l'église Saint-Nicolas (suite)




Au reste, il ne faut que jetter les yeux sur le bastiment de cette chappelle aussi bien que sur son ancien maîstre autel qui subsistoit encore il n'y a pas longtemps avant que celuy qui s'y voit fust basti, et sur le ciboire de l'ancienne qui est encore dans le tabernacle, pour estre entièrement convaincu que cette chappelle n'a jamais esté ediffiée que pour servir au public.

Cette chappelle est bastie dans la même symétrie que l'église de Saint-Pierre-de-Rome, ainsi qu'attestent ceux qui y ont esté. Elle a un beau dôme au millieu, en forme ronde, au-dessus une lanterne pour une petite cloche, entre les deux ailes et la nef, sept autels, sept grands vitraux de vitres peintes, quatre autres dans la nef en verre blanc, et deux moindres au haut, aux deux costés de la tour des cloches, trois portes, une petite au septentrion, une plus grande au midi où est un grand benistier aussi ancien que le bastiment, et une très-grande à l'occident qui ne s'ouvre que pour les processions, grandes messes et vespres ou enterrements. En dehors de cette porte se voit une tour carrée avec deux cloches, dans laquelle on monte par un escalier au dedans, et au haust duquel est un jubé soutenu de deux pilliers de bois avec la baze de pierres de taille vertes de même que la d. chappelle qui est ceinte d'un cimetière entouré de murailles. Il est à remarquer qu'entre les ailes et la nef il y a deux cabinets : l'un du costé de l'evangille et l'autre de l'epistre et adroitement desrobés, avec chaque son ouverture au devant, pour voir à l'autel et à la chaire qui estoit pour lors placée près le balustre du maistre autel à costé de celuy de la Sainte-Vierge, et chaque sa petite cheminée pour servir, l'un au seigneur, et l'autre à la dame de Châteaubriant, lorsqu'ils auroient agréable d'assister aux divins offices et aux prédications des advents, caresmes, octaves et dimanches ordinaires qui s'y sont toujours faits comme encore à présent.

Et pour ce qui est de son maistre autel, il estoit dans la simplicité ancienne, n'ayant au derrière qu'un mur de tuffeau avec quelques ornements assez simples, deux portes à costé, armoiées, l'une des armes de Châteaubriant, et l'autre de Montmorency, pour entrer dans la sacristie au derrière, dont deux pilastre faisoient les cadres, en sorte que les deux pilastres proches de l'autel faisoient une carrée au millieu de laquelle et sur la pierre de l'autel estoit un tableau de bois, fermant comme une caisse, au milieu duquel estoit un Jesus ressucité ; aux deux costés, l'apparition aux disciples allant en Emaüs et à la Magdeleine, et un architrave sans frize au-dessus. Et au-dessus de ce mur estoit au milieu un vieil tabernacle de bois peint, assez élevé et vitré par le hault en forme de lanterne, où reposoit le Saint-Sacrement dans un petit ciboire de vermeil doré à l'antique, aux armes de Châteaubriant sur la pate, c'est-à-dire en fleur de lys d'or sans nombre, en champ de gueule, donné à l'ancienne chappelle par un seigneur de Châteaubriant ; je dis à l'ancienne, parce que Jean de Laval ne vit pas la nouvelle dans son entière perfection. Au costé droit de l'Evangille estoit une vieille figure de Saint-Nicolas comme patron. Au costé de l'Epistre une sainte Anne et une Magdeleine avec quelque distance entre elles. Quand on a basti l'autel, on a placé l'image de sainte Anne, la Sainte-Vierge et le petit Jésus dans la niche d'en hault. Lorsqu'il estoit besoin de communier quelqu'un, ce qui estoit bien rare pour lors, les peuples ne communiant d'ordinaire qu'à Pasques, à moins de maladie, l'on ;ontoit au tabernacle par un petit escallier de bois placé dans un coing de la sacristie. Voilà l'estat tant de la chappelle que du maîstre autel ; ce qui nous fait veoir assez clairement que cette chappelle avoit esté edifiée pour les paroissiens.

Car si elle n'eust esté bastie pour le public, pourquoy tant d'estendüe ? Pourquoy trois cloches, une pour les messes basses dans le dôme et deux pour les solennelles dans la tour carrée ? Pourquoy trois portes ? Pourquoy sept autels ? Pourquoy une chaire aussi ancienne que la chappelle ? Pourquoy un tabernacle et un ciboire ? Pourquoy deux cabinets, un au seigneur et l'autre à la dame ? Tout cela marque clairement que cette chappelle n'avoit esté rebastie par Jean de Laval que pour la commodité de ses habitants, et afin que ses bons sujets y faisants journellement leurs prières et y offrant leurs sacrifices, se souvinssent de luy.

Ce bon seigneur y voulut aussi choisir le lieu de sa sépulture, au milieu du chœur soubs le dôme, dans un caveau sur lequel nous avons veu une fausse châsse de bois à présent encore dans le jubé, après avoir fait son testament le 21me feuvrier 154… (1) et estre mort peu après. Il y fut transporté en grande solennité de la chappelle du chasteau où il avoit esté mis en depost dans une châsse de plomb, en attendant la perfection de la d. chappelle de Saint-Nicolas. Il avoit commencé à en creuzer les fondements au mois de may de l'an 1518, et l'avait continué sans relâche, de manière que le massonnail s'élevait même au-dessus du vitrail, en 1519, comme il se peut voir en détail par le livre de mise du d. edifice costé cy devant, lorsque soudainement le travail fut interrompu, et les murailles, couvertes de genêts, ne furent reprises que bien des années après. L'édifice fut achevé, selon le dessin de Jean de Laval, par Anne de Montmorency, connestable de France, son parent, auquel le d. seigneur, baron de Châteaubriant, avoit donné et delaissé en pur don et irrevocable fait entre vifs, dès le 5 janvier 1539, les terres et baronnies du d. Châteaubriant, Candé, Vioreau, etc. Ce qui se prouve assez de ce que le d. Montmorency fist placer ses armes autour du dôme avec celles de Jean de Laval, de même qu'aux deux principales vitres, avec leurs portraits aux portes de la sacristie et au-dessous de la lanterne du d. dôme par dehors avec les espées du connestable, donnant toujours la prééminence à celles de Châteaubriant.

La tradition ancienne de nos pères porte même que le d. Jean de Laval avoit dessein de fonder une collégialle dans la d. chappelle, si il n'eust esté prévenu de mort, et qu'il en avoit chargé le dit de Montmorency, ce qui n'a point toutefois esté exécuté. Bien est que monseigneur le prince defft forma ce dessein à la persuasion et par l'entremise du feu sieur abbé Barrin, pour lors gouverneur de Chasteaubriant. Le projet en avoit esté arresté entre la d. altesse et monseigneur de la Baume-le-Blanc, evesque, de Nantes, qui avoient résolu l'un et l'autre, d'y transporter le service et les revenus de tous les bénéfices de la présentation espars en ses terres de Bretagne, revenus qui, ensemble, eussent fait un fonds capable d'entretenir un nombre suffisant de chanoines avec un doyen qui eust esté annexé au doyenné rural et rectorie de Saint-Jean, et auquel on eust attaché le prieuré de Saint-Michel, ce qui eust esté facile, le prieur estant pour lors âgé de 80 ans. Mais tous ces beaux projets s'en allèrent en fumée par la mort du d. abbé Barrin, décédé en 1666, et par la démission du d. prieur ; et ainsi la d. chappelle est demeurée comme auparavant au doyen et prestres qui y ont toujours fait la plus part des offices paroissiaux de même qu'en l'ancienne, dans la place de laquelle elle avoit esté bastie, conformément aux intentions de d. Jean de Laval.

Ce qui se voit assez, par la manière dont en ont uzé les barons du d. Châteaubriant, au sujet de cette chappelle ; car Anne de Montmorency, que le d. de Laval avoit pleinement informé de ses volontés, la laissa en la disposition des habitants, de même que firent depuis ses descendants, Henry premier et Henry secont, leurs altesses sérénissimes Henry de Bourbon et Louys, princes de Condé, et qu'a fait encore jusqu'à présent son altesse sérénissime Monseigneur le prince.

Ce qui a fait que les paroissiens et habitants se voyant dans une possession paisible et si ancienne de la d. chappelle n'ont point de difficulté d'y ériger la confrérie du Saint-Rozaire, d'y faire quantité de fondations et y bastir des autels. En effet, en 1659, fut basti le maîstre autel des charités de quelques particuliers ; un grand ciboire d'argent fut donné par Damlle Louyse Houssais, de même qu'elle, avec ses deux sœurs Gabrielle et Julienne, avoient donné peu auparavant le tabernacle de bois doré. En 1660 fut basti l'autel du Rozaire des deniers de la d. confrérie, de même que depuis en 70, on acheta les figures de Notre-Dame-du-Rozaire, de Saint-Dominique et de Sainte-Catherine-de-Sienne.

En 1680, la sieur Blays, doyen du d. Châteaubriant, donna le banc du doyen et prestres en la d. chappelle, et en 1696 on a embelli l'autel de Saint-Jacques et fait faire la figure de Saint-Julien ; et je m'assure que les d. habitants auroient volontiers fait lambrisser cette église, qui est ce qui lui reste pour la perfection, si les intendants de leurs Altesses avoient appuyé ce dessein, en donnant ou procurant le bois nécessaire pour cet effect, ainsi qu'ils ont fait ailleurs ; de même qu'ils en ont fait à leurs frays les grosses réparations, jusques là que depuis quelques années, il leur en a cousté pour une seule fois la somme de 1,200 livres et plus, à refaire de neuf les plombeures et gouttières du dôme et la charpente de la tour des cloches qui s'en allaient en ruines, l'ont entretenue de vitrage, de carrelis et de couverture la plus part du temps, comme il se peut voir par les papiers des comptes de la d. paroisse, les registres du greffe de la juridiction et ceux de la communauté du dit Châteaubriant.

D'où il se voit que c'est très-mal à propos que, soubs de faux donnés-à-entendre, on a extorqué au conseil de son altesse sérénissime d'enterrer les corps dans cette chappelle sans la permission de déterrer ceux qui y ont esté inhumés, et de rayer ce qui est escrit sur les tombes, n'y d'y rien mettre à l'advenir, ce qui porte un notable préjudice à la fabrice, qui entretient de tuille le pavé de la d. chappelle, comme elle a toujours fait cy devant, et ne sert de dire que l'on a coutume de demander cette permission. Car il est certain que cette coutume n'a commencé que depuis 50 à 60 ans, que les officiers se mangeant les uns les autres par chicanes continuelles, le procureur d'office, pour lors homme turbulent, s'advisa, pour chagriner les autres et ceux qui n'estoient de son parti, et faire le bon vallet, de mendier cet ordre de son altesse.







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