Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Mémoires du doyen P. Blays.

III. - Du doyenné rural dont la paroisse de Saint-Jean-de-Béré est annexe (suite).




Et, enfin, il était deub au d. doyen-recteur, par les ministres et religieux de la Trinité, dès le temps de leur fondation, 7 livres 1/2 de rente annuelle, du consentement et volonté expresse du ministre général de l’ordre, par acte public, pour obtenir la permission de sonner les cloches et enterrer ceux qui auraient, par acte de dernière volonté, choisi sépulture dans leur église, après toutefois qu’ils auraient été portés à l’église paroissialle, payé les droits du d. doyen-recteur, lequel, outre ce, aurait le droit de dire la première messe de l’enterrement à la paroisse et son chappelain la troisième, dans la d. église de la Trinité, et de recevoir toutes les oblations qui s’y feraient, tant en deniers qu’autres choses ; ce qui se montait quelques fois à grandes sommes. En effet, à l’enterrement de Jeanne de Beaumanoir, dame de Châteaubriant, et de sa fille, les offrandes allèrent jusqu’à la somme de 160 livres de bonne monnaye courante. Et comme elles furent refuzées par les ministres et religieux au sieur doyen, ce fut l’occasion d’un grand procès entre le d. Geffroy, doyen, et Thomas Chastel, ministre et religieux. Ce procès fut enfin accordé par sentence de l’official d’Angers, au palais épiscopal, par laquelle il fut dit, d’un commune consentement des parties, que le d. doyen se départirait des 7 livres 1/2 de rente à lui deue annuellement par les dits ministres et religieux, et ensemble de dire les messes et recevoir les oblations aux enterrements dans leur église, parce que les d. ministres et religieux lui donneraient, une fois payée, la somme de 50 fr. de bon or et de poids, au coing du roy de France notre sire, pour estre employés à l’achapt d’un fonds ou mis à rente au profit de l’église et recteur sus dit, et comme le jugerait le d. doyen-recteur plus à propos et plus utile. Il fut arresté encore entre parties, que les d. ministres et religieux et leurs successeurs seraient obligés de payer au d. doyen-recteur et successeurs, 50 sols de monnaye courante de rente annuelle jusqu’à l’entier et parfait payement de la d. somme de 50 fr. d’or, et que les d. 50 fr. d’or payés, la d. rente annuelle cesserait. Enfin, il fut arresté que le d. concordat serait ratiffié par l’évesque de Nantes : ce qui s’apprend par une accord latin en parchemin devant l’official d’Angers et ratiffication de Bernard, évesque de Nantes, le 3me juillet 1400, induction 8me, le 6me du pontificat de Benoist 13 ; acte qui monstre clairement la dépendance des d. ministres et religieux du doyen de Châteaubriant, et l’injustice de leurs prétentions sur la préséance aux processions du Saint-Sacrement et autres au dessus du d. doyen et prestres, ainsi que sur le port du Saint-Sacrement une partie du chemin, choses qui ont causé tant de procès et accords sur procès entre eux, lesquels ayant été cassés par arrest de la cour, furent enfin maintenus par un dernier, sur requeste civile, à la sollicitation du sieur président Fouquet, contre le sentiment du premier président de Pont-Chartrain et autres conseillers plus intègres, le 4me juin 1678. Signé : Le Clerc, controllé.

4° préséance. - De toutes ces choses, reste seulement la distribution des saintes huilles au doyenné, et le pas et préséance au synode sur tous les recteurs du diocèse. Encore avait-elle esté usurpée depuis plusieurs années par les recteurs de la ville de Nantes, ce qui faisait que les quatre doyens n’assistaient plus à la procession du synode jusqu’à l’an 1669. Mire Pierre Blays, doyen de Châteaubriant, seul des doyens assistant au synode, s’opposa fortement à une usurpation si injuste, et il y mit tant de fermetté que les litanies, qui dûrent ordinairement toute la procession, étaient finies avant qu’on sortit de l’église cathédrale. Ce qui obligea Monseigneur de la Baume-le-Blanc, lors évêque, de parler au d. sieur doyen. Il le pria de marcher encore cette fois avec les protestations de se pourvoir, lui promettant qu’au prochain synode il viderait cette affaire. Ce qu’il fit : car ayant rassemblé le chappitre, il fait apporter les papiers anciens et nouveaux du sécrétariat, où les quatre doyens ont toujours esté évosqués immédiatement ensuite de abbés et avant tous les recteurs, ceux même de la ville de Nantes. Il ordonna que l'on marcherait selon l'ordre de l'évocation, et ainsi que les doyens auraient le pas et la préséance au-dessus d’eux. Ce qui fut dès lors exécuté et continué soubs Monseigneur Gilles-de-Beauveau, son neveu : on vit les doyens marcher tous quatre de front, après les chappitres de la cathédrale et de la collégialle de Nantes et devant tous les recteurs, pour se distinguer d’avec ceux qui ne marchent que deux à deux. Cette affaire, dans la suite, ne fut pas désagréable aux recteurs de la ville, qui s’en étaient chagrinés d’abord ; parce que, ne faisant depuis qu’un corps avec les autres recteurs dont ils s’étaient séparés par cette ambition de préséance, ils furent élus pour députés, ce qui n’avait encore esté ; en sorte que M. Terrier, grand-vicaire, official et recteur de Saint-Denis, fut le premier en cette qualité, et ensuite M. Gendron, recteur de Saint-Similien, au déceds de deux députés du diocèse : celui-là pour le climat de Châteaubriant, et celuy-ci pour le climat de la Roche-Bernard.


En quelle présentation est le d. doyenné-cure.

Quelques prétentions que disent avoir les abbés et religieux de Marmoutiers, dont le prieuré de Saint-Sauveur-de-Béré est membre dépendant, contre droit et raison, il est certain qu’il est en présentation de l’ordinaire, du Pape et de l’évesque de Nantes. Ce qui leur donne cet entestement, est l’union d’une petite paroisse de Saint-Pierre, de Béré, à celle de Saint-Jean, de Châteaubriant, qu’ils avaient sollicitée auprès de l’évesque de Nantes et qui fut faite en 1222, quarante et deux ans seulement après son érection et la fondation du prieuré en 1180 (1), paroisse qui leur appartenait, dont ils étaient présentateurs et de la quelle nous parlerons amplement à l’article du prieuré de Béré. Ce qu’ils voulaient, afin de mettre le pied dans l’église de Saint-Jean-de-Châteaubriant et y faire les usurpations que leur ambition monastique leur suggérait, c’est-à-dire empiéter les mêmes droits sur la d. paroisse de Saint-Jean qu’ils avaient sur celle de Saint-Pierre, et sur tout la présentation, fondement de toutes leurs prétentions imaginaires, à quoy ils n’ont jamais pourtant pu reussir, l’ordinaire estant toujours demeuré en droit de la présenter, comme il se peut voir sur les régistres du sécrétariat, et comme je le monstre par trois provisions per obitum, obtenues en cour de Rome : la première, de Pierre des Charbonnières, en 1265, soubs le pontificat d’Urbain 5 ; la deuxième, François Galpin, en 1593, per obitum Gaufredi Jumel, et la troisième, par François Bourguillault, per obitum Franciscii Galpin, en 1597, pridie Idus Januarii. Ce qui fait voir plus clair que le jour que l’abbé et religieux de Marmoustiers reconnaissait n’avoir aucun droit de présenter, et que s’ils l’eussent prétendu, frère Romain Amice, prieur claustral de Saint-Sauveur-de-Béré et profès du d. Marmoustiers, oncle du d. Galpin, dont la mère était Jeanne Amice, sœur du d. frère Romain et espouze d’Aymé Galpin, comme il se voit par nos anciens régistres de baptêmes de la d. paroisse, n’eust pas souffert que le d. Galpin, ou plutôt lui-même pour le d. Galpin, son neveu, se fût pourvu en cour de Rome, mais auprès de l’abbé et religieux du d. Marmoustiers ; outre que dans l’ancien Pouillier de Marmoustiers, il n’est fait aucune mention du doyenné de Châteaubriant et rectorie de Saint-Jean-de-Béré. Tout ceci se prouve par les provisions ou visa de ces trois, avec un vieil pouillier tiré autrefois du d. prieuré de Saint-Sauveur . Ces pièces sont en un sac de toille.


Du presbitaire du doyenné de Châteaubriant et paroisse de Saint-Jean-de-Béré.

Le presbitaire est situé dans un lieu advantageux, en un air excellent ; les vues sont belles et agréables ; il a un pourpris consistant en jardin au midi, verger à costé, grande pièce de terre au dessous, autre jardin au bas près une bonne fontaine et un petit pré joignant la rivière. Pour le bastiment, on ne peut pas dire comme il a esté par le passé, ayant souvent changé de forme dans une si longue suitte de siècles. Cela se voit assez par nos anciens livres des comptes de paroisse, lorsque la fabrique en faisait faire les réparations. Tout ce que nous pouvons dire de certain, est qu’ils estaient peu de chose et en très-mauvais ordre en 1635, lorsque Mire Jean-le-Noir, prêtre, natif de la d. paroisse, entra au bénéfice et même longtemps devant, soubs Mire Bourguillaut, aussi de la paroisse. Il a esté augmenté, embelli et fait logeable par le d. Le Noir et Mire Pierre Blays, son successeur et neveu, aussi du d. Châteaubriant.

En 1635, ce n’était pour ainsi dire que ruines et logements à rebâtir ; la cour n’était murée que du côté du chemin et du cimetière, où on voyait une grande porte et un guichet au dedans, toute délabrée, les murailles à rebâtir de neuf ou à réparer en plusieurs endroits ; cloze au midi seulement, d’un méchant pallis au dessous desquels on remarque encore quelques vieux fondements ; point de grange, point de puits, point de four, et pour logement il n’y avait qu’ un seul corps de logis de quelques 40 pieds de longueur sur 20 de large. En bas, était une salle et une cuisine sans séparation ny cloison ; au bout, un escalier ou casse-cou de pierres de taille si uzées, si estroites et si épaisses, qu’on n’y pouvait monter qu’avec peine et descendre avec danger, encore avec un méchant tien-mains . Au bout de cet escalier, il y avait deux portes : l’une à main droite, pour entrer dans une vieille gaste de quelques dix pieds en appentis, qui servait de fannerie ; l’autre, de front, par où on entrait de dessus la dernière marche sans plat-fonds dans une vieille chambre avec un embas dont on se servait de celier, le tout de nulle valleur. A main gauche, estait une allée où l’on voyait trois portes : l’une, du grenier ; l’autre, d’une petite chambre point en état de demeure, et la troisième, dans une grande chambre carrée, assez propre, avec les tuiles uzées de vieillesse, à deux fenestres, l’une sur la cour et l’autre sur le verger. C’est là que les doyens ont logé depuis un siècle et où il y avait déjà des couleuvres dans la muraille du pignon. Ce corps de logis avait été basti par les paroissiens et habitants en 1536, au moyen d’une taillée de la somme de 83 livres 12 sols, égaillée sur 439 chefs de famille, entre lesquels estaient exempts près de 40 missires et officiers de Jan de Laval, et où les plus hauts en cette taillée n’étaient que de 5 sols et les veuves 2 sols. Maintenant, pour ce qui regarde le pourpris, le jardin était une terre en friche ; le verger, sans arbres, aussi bien que la pièce de terre de dessous led. presbitaire, fors quelques vieux pommiers en quelques endroits sur les hayes.

Voilà quel estait l’état du presbitaire. Mais il a bien changé de face soubs M. Le Noir et M. Blays, doyens, oncle et neveu (2).







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