Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Mémoires du doyen P. Blays.

II. - De l'église Saint-Nicolas (suite)




Ce secretain ou clerc de paroisse, outre qu'il estoit chargé des ornements, des nappes, devants d'autels, comme il se voit en 1550, debvoit célébrer les messes du matin de la paroisse Saint-Nicolas, le dimanche de grand matin, et le lundi dès le point du jour, en tout temps. Notez qu'il ne se disoit point de messe de matin à la paroissialle, mais seulement à Saint-Nicolas.Il debvoit encore sonner les sermons de Caresme et autres, et vespres, sans en rien prétendre que ses droits de clergise qu'il recueilleroit comme bon luy sembleroit : cecy fut ordonné en 1588. Il faisoit encore sonner, ou sonnoit luy-même à Saint-Nicolas pour les enterrements, services, trentains, etc., et avoit un certum quod pour cet effect. C'est pourquoy il fut chargé d'une clef et claveure que le fabriqueur fist faire à la porte du clocher de Saint-Nicolas, en 1579, dont il debvoit repondre sur le deub de son honneur ; ce qui a continué toujours depuis jusqu'à nos jours de la même manière, sans interruption, fors que n'y ayant de messes matutinalles qu'à Saint-Nicolas, pour la commodité de la campagne, dont la plus grande partie est du costé de l'église paroissialle, il fut arresté en 1638, à la visite de M. l'archidiacre de la Mée et theologal, Jan-Baptiste Couppert, sur le réquisitoire de Mire Jan-le-Noir, doyen, et sur la plainte des paroissiens, qu'il s'y en diroit une tous les dimanches, outre les deux de Saint-Nicolas, ce qui a obligé les paroissiens de mettre trois prestres au lieu d'un, pour les messes du matin, lesquels partageroient la glène tiers à tiers.

Et estant beaucoup onéreux pour ces messieurs de sonner ou faire sonner les cloches, bailler les églises, allumer les cierges, atteindre et serrer les ornements, etc., on a étably deux secrétains seculiers, l'un à la paroissialle, et l'autre à Saint-Nicolas, qui s'acquittent de toutes ces fonctions, et lesquels, aussi bien que les clercs de paroisse, sont eslus par les paroissiens assemblés en corps politique.

Et pour ce qui est de parer les autels, blanchir les nappes et linges, depuis trente à quarante ans que nos églises ont esté mieux en ordre, que nos autels ont esté bastis et fournis de parements par la dévotion des fidelles, il s'est trouvé de bonnes dévotes qui ont toute gloire de se donner à un employ si saint et si honorable, et que le zèle de la gloire de Dieu porte à s'employer entièrement au service et embellissement des autels, à l'exemple de ces anciennes diaconesses, si hautement loüées par les saints Pères de l'Église latine, et surtout de l'Eglise grecque.

5° On remarque enfin que le doyen et la fabrice avoient un tronc de Notre-Dame dont ils partageoient entre eux les deniers, moitié par moitié, de même que le droit de sépulture de ceux qui désiroient y estres enterrés, dans l'ancienne chappelle de Saint-Nicolas, et cecy en exécution du concordat de 1367, par lequel le doyen debvoit avoir la moitié de toutes les rentes de la d. fabrice, et partager avec elle ce qui se trouveroit dans le tronc de Notre-Dame, à Saint-Nicolas ; par chaque sépulture qui se faisoit tant à Béré qu'à Saint-Nicolas, il estoit deub 20 sols ; quelques-uns de qualité en donnoient 24, ce qui estoit une somme pour lors très-considérable, puisque pour ces mêmes comptes, le boisseau de bled, dans ces mêmes comptes, se donnoit pour la somme de 4 sols 2 deniers, et celui d'avoine grosse pour 15 deniers, et de laquelle somme de 20 sols la moitié appartenoit au doyen et l'autre à la fabrice ; cela se voit en 1466, et en plusieurs articles des d. comptes ; je n'en rapporterai que quelques-uns.

En 1465 (fol. 2 du 1er livre), les fabriqueurs comptent avoir receu pour la moitié des enterrements de madame Du Boisbriant, de la femme de Jean de Coüesmes, et trois autres, enterrés à Béré, pour chacun 10 sols. Et en 1537 (fol. 232 du 2e livre), comptent pour le terrage de Gilles de Kerbriac, sieur de la Hirlays, et trois autres, enterrés à Saint-Nicolas, 48 sols.

Et pour ce qui était du tronc de Notre-Dame à Saint-Nicolas, dont la moitié appartenoit au doyen et estoit levée par luy ou son vicaire, en son absence, lequel estoit présent à l'ouverture, et dont chacun avoit une clef, cela est marqué si fréquemment dans ces papiers, qu'il n'y a pas un compte où il ne soit employé plusieurs fois, parce que ce tronc estoit ouvert plusieurs fois dans l'année, tant du temps de l'ancienne que de la nouvelle, depuis 1465 jusqu'en 1581, en sorte qu'il paroist assez inutile de s'arrester à tous ces articles ; ainsy, je me contenterai d'en rapporter seulement un, du temps de l'ancienne, et un autre de la nouvelle, par lesquels on jugera du reste.

En l'an 1473, le samedi 12e jour d'avril, fut trouvé en la boüeste de Saint-Nicolas, en présence de dom Jan Marchant, vicaire, en absence de M. le doyen, 13 sols, dont en reçoit le comptable pour une moitié 6 sols 6 deniers. Et la chappelle estant rebastie et achevée, il est marqué qu'en 1541, le vendredi 18 du d. mois (fol. 304 du 2e livre), on trouva quatre sols 5 deniers, dont y a moitié au curé ou vicaire, qui se monte à 2 sols 2 deniers oboles, et ainsi en tous les comptes jusques en 1581.

La quatriesme pièce est le livre des mises, faittes pour l'edifice de Saint-Nicolas, en la ville de Châteaubriant, par Guillaume Morin, miseur, commencé le lundi 22me février 1517, par lequel il conste : 1° qu'il y avoit une chappelle ancienne de Saint-Nicolas, composée du chœur, de la nef et d'un appentis ou chappiteau ; 2° qu'elle fut démolie, et la nouvelle bastie en sa place, et que les matériaux de l'ancienne furent employés au bastiment de la nouvelle ; 3° que la place de l'ancienne fut augmentée de l'espace d'une maison achetée de Hamon et consorts ; 4° qu'on recevoit les présents que faisoient les particuliers pour le d. édiffice, soit en journées, argent ou charroys.

Car en la semaine qui commence le lundi 12 avril 1518, feuillet 1, et celle qui commence le 26 avril au d. an, fol. 4, le dit miseur employe en l'une 12 journées, et en l'autre 54, non comprise la journée de Robin Ergant qui la donne pour la réparation de la d. église, à abbattre et démolir la maison acquise de Hamon et consorts, pour le d. édifice, et à bécher les fondements de la d. chappelle, à raison de 20 deniers par jour.

En la semaine commencée le lundi 14me jour de juin, l'an 1518, fol. 21, à Guillaume Berthelot, pour avoir démoli et abattu l'appentis de la d. chappelle et serré la pierre et ardoise d'iceluy ; pour avoir découvert partie de la couverture ancienne de la d. chappelle, 65 sols 6 deniers ; plus au d. Berthelot et Robert-le-Large, pour avoir, par commandement de Monseigneur, recouvert le chœur de la d. chappelle et fourni de cloud et latte, la somme de 50 sols.

Et en la semaine qui commence le lundi 21me 1518, fol. 23, employé aux servants à servir les massons de la d. semaine, et à bécher les fondements à l'endroit de l'appentis, 48 journées à raison de 20 deniers par jour, 4 livres, d'où il se collige que le bastiment commença par la nef au bout de laquelle estoit l'appentis basti il n'y avoit pas plus de 11 à 12 ans. On se servoit pendant ce temps là du chœur qui avait esté reparé.

Mais si les paroissiens de Saint-Jean-de-Béré et habitants de la ville de Châteaubriant ont eu une ancienne chappelle dont ils se servoient pour y célébrer une partie des offices de la paroisse, recevoir les sacrements, entendre la parole de Dieu, enterrer les morts, et où le doyen et la fabrice avoient les mêmes droits qu'en l'église paroissialle, et si la nouvelle qui se voit à présent a esté bastie dans le place et sur le fonds de l'ancienne dont les matériaux ont esté employés à son édifice, ainsi que nous venons de la prouver solidement par les actes cottés ci-dessus, ne doit-on pas inférer de là, à moins que d'aller contre toutes les règles du droit et dispositions de la coûtume, que la chappelle de Saint-Nicolas appartient aux habitants de Châteaubriant et paroissiens de Saint-Jean, de même que l'ancienne, sauf les droits et prééminences ordinairement deubs aux seigneurs, et qu'ils ont droit de s'en servir, de même que de la paroisse, ainsi que font ailleurs de toutes les églises basties par les roys, princes et grands seigneurs, les habitants des lieux où elles ont été édiffiées ? Aussi les d. habitants et paroissiens s'en sont-ils toujours servis comme de l'ancienne et de la paroisse, depuis la perfection de l'ouvrage, avec toute liberté, sans trouble ny opposition aucune. Aussi Jean de Laval ne la fist-il bastir dans la place de l'ancienne que pour obliger le public, estant ridicule de croire que celuy qui avoit desjà deux chappelles dans son chasteau pour son particulier, l'une grande avec clocher, 2 autels et orgues, et où se debvoient servir deux chappelenies, l'une des saints Cosme et Damien, de 4 messes par semaine, qui ne se sert plus dès le siècle passé, et l'autre de saint Jean, de 3 messes, fondées par les seigneurs de Châteaubriant ; celle-là sur leurs revenus de Piré, et celle-cy sur les dismes et paroisses des environs de Châteaubriant, et une autre petite chappelle domestique dans la gallerie des petits jardins du Châteaubriant pour s'en servir en cas de maladie ou infirmité, - on eust encore basti une troisiesme, avec autant de magnificence, au millieu de la ville, pour ne pas la laisser en la disposition des habitants, et leur en fermer les portes quand il lui plairoit, de même que des deux autres qui ne s'ouvrent qu'à l'heure que la messe s'y celèbre.







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