Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Mémoires du doyen P. Blays.

II. - De l'église Saint-Nicolas (1).




Outre cette église paroissiale, située au-delà des faubourgs, et éloignée de la ville d'une bonne portée de mousquet, il y a, de plus, la chapelle de Saint-Nicolas, au milieu de la d. ville, laquelle, pour la beauté et la grandeur de son bastiment, mérite bien le tistre d'église, ou du moins de succursalle, puisque les sacrements s'y administrent journellement, fors celui du baptesme, qui ne se donne qu'à la paroissialle. Les messes du matin s'y disent les dimanches et festes ; les grandes messes s'y célèbrent plusieurs jours de festes moins solennelles. Les vespres s'y chantent aux d. festes et les jours de dimanche. Les prédications de l'advent s'y font, à la réserve des jours de Noël, Saint-Etienne et Saint-Jean-l'Evangéliste ; celles du Caresme, à l'exception du mercredi des Cendres, dimanche des Rameaux, Venredi-Saint, le jour de Pasques, et toute l'octave du Saint-Sacrement, qui y est expozé, les services des trépassés le lundi, de Saint-Sébastien le vendredy s'y acquittent, avec ceux des confréries du Saint-Rozaire, de la grande confrérie de Nostre-Dame et du très-saint Sacrement de l'autel ; et lorsqu'il se fait des services pour les deffuncts, s'ils sont enterrés en ce lieu, toutes les d. messes s'y célèbrent ; et lorsqu'ils sont enterrés à la paroisse ou dans les cimetières, les deux premières messes s'y disent aussi, la dernière et solennelle estant réservée pour la paroissialle ; et même, c'est en cette chappelle que les comptes de la paroisse se sont toujours examinés depuis plus de 400 ans.

Cette chapelle fut bastie, ou, pour mieux dire, rebastie, plus magnifique et plus estendüe qu'elle n'estoit auparavant, par Jan de Laval, lieutenant pour le roi en Bretagne, baron de Châteaubriant et seigneur de quantité d'autres belles terres et seigneuries. Ce seigneur, après avoir basty ce beau chasteau neuf (2) qui se voit encore dans sa beauté, proche le vieil chasteau si ancien qu'on ne scait rien de certain du temps qu'il fut basty, et voulant donner des marques de sa piété vers Dieu et de l'amour qu'il avait pour les habitants de la ville, en 1518, fist démolir l'ancienne chappelle de Saint-Nicolas, dont ils se servaient, laquelle menaçoit ruine, à la réserve du chœur qui subsista encore quelque temps, et bastit en la place et sur le même fonds que celle qui se voit à présent, achetant même une maison de quelques particuliers pour la rendre plus spacieuse (quelques lignes indéchiffrables dans le manuscrit). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . car il faut remarquer ici qu'il y avait auparavant à Chasteaubriant une chappelle de Saint-Nicolas aussi ancienne que la ville, bastie par les habitants pour leur commodité, à cause de l'esloignement de la paroisse et apparemment bastie longtemps devant la ville, de même qu'à Pouancé, La Guerche, le Croisic, La Roche-Bernard, Bourgneuf et ailleurs. Et cette chappelle n'estoit point si petite qu'on l'imagine, puisqu'outre le maître autel, elle avait encore ceux de Nostre-Dame-de-Pitié, de Sainte-Catherine, de Saint-Sébastien et de Saint-Jacques ; on y faisoit l'office divin ; les vespres s'y disaient au samedi et dimanche ; les grandes messes, s'y chantaient à certains jours ; les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie s'y administraient aux fidelles ; les morts y estoient ensépulturés ; il y avait plusieurs confréries, comme de Saint-Nicolas, de Sainte-Catherine et de Sainte-Barbe. Il y avoit un tronc de Nostre-Dame dont les deniers estoient partagés par moitié entre le doyen et la fabrice ; les comptes de la paroisse y estoient examinés ; on y célébrait la messe du matin les dimanches et lundis, sans qu'on en dist à la paroissialle ; et enfin, les doyens-recteurs et la fabrice y avoient les mêmes droits tout également, comme dans l'église de Saint-Jan-de-Béré.

Et pour prouver ce que j'advance icy, je ne me serviray que de trois ou quatre pièces si authentiques, qu'elles ne peuvent point souffrir de contradiction.

La première est un concordat entre le doyen de Châteaubriant et recteur de l'église paroissialle et baptismalle de Saint-Jan-de-Béré, annexée au d. doyenné, et les paroissiens de la d. paroisse, fait en la chapelle de Saint-Nicolas, en présence de l'archidiacre de la Mée, aux cours de ses visites, rapporté par P. d'Orenge, l'an 1367........

La deuxième est un papier des comptes de la confrérie de Sainte-Catherine, érigée en la chappelle de Saint-Nicolas, en la ville de Châteaubriant, le 26me jour de novembre, l'an 1436.

La troisième consiste dans trois anciens livres des comptes de la paroisse de Saint-Jan-de-Béré, depuis 1465 jusqu'à 1582, etc. (3).

La quatrième pièce est un livre fait pour l'œuvre et édifice Saint-Nicolas, en la ville de Châteaubriant, par Guillaume Morin, miseur du d. édifice ; Jehan Martin, de Gomer et Rouillé, controlleurs ; le d. livre commencé le lundi 22me jour de feuvrier, l'an 1517.

Le concordat fait voir qu'il y avoit dans Châteaubriant une ancienne chappelle de Saint-Nicolas qui avoit plusieurs autels, outre le maître de Saint-Nicolas, en laquelle, dès ce temps là, on avoit accoutumé de célébrer les vespres les samedis et dimanches, les grandes messes certains jours de festes et autres divins offices ; où le Saint-Sacrement estoit conservé ; où il y avoit plusieurs confréries érigées ; un tronc de Nostre-Dame, des deniers duquel le doyen avoit la moitié et la fabrice l'autre ; et que les rentes de la fabrice se partageoient aussi entr'eux, par moitié.

Le livre des comptes de la confrérie de Sainte-Catherine monstre que cette chappelle de Saint-Nicolas estoit d'une grandeur considérable, puisqu'une confrérie aussi celebre que celle de Sainte-Catherine, qui y avoit esté fondée en 1465, avoit tant de confrères de la première qualité. On compte, en effet, dans la liste des décédés de la d. confrérie, depuis son establissement jusques en 1555, près de quatre-vingts ecclésiastiques, tant séculiers que réguliers, point de doyens, ce qui fait voir qu'ils ne résidoient pendant tout ce temps ; et, en outre, quantité de la première noblesse et autres. On voit, en cette liste, entr'autres : premièrement, Bertrand de Dinan, seigneur de Châteaubriant, Janne d'Harcourt, dame de Châteaubriant ; deuxièmement, Françoise de Dinan, comtesse de Laval, fille de Jacques de Dinan, nièce et héritière de Bertrand et seigneuries de Châteaubriant, Candé, Vioreau, les Huguetières, Montafilant, Beaumanoir, Le Guildo, La Hunaudaye, etc., mariée en premières nopces à Gilles, puisné de François, duc de Bretagne, et en secondes à Guy 14e, comte de Laval, baron de Vitré, vicomte de Rennes, et veuf de la princesse Isabeau de Bretagne, sœur du duc et de Gilles de Bretagne ; troisièmement, François de Laval et Françoise de Rieux, seigneur et dame de Châteaubriant et de Montafilant, puisné du d. Guy 14e , et de la d. Françoise de Dinan, qui succéda à Châteaubriant, Candé, Vioreau, etc. ; quatrièmement, monseigneur de Laval, qui estoit pour lors Jean de Laval, fils du d. François de Laval et Françoise de Rieux. Et outre ces seigneurs de Châteaubriant, on lisait encore, parmi les confrères décédés, Mme d'Ancenix, Eustache de Champagne, Jan d'Acigné, Philipot de Marzelles, prestre de Beaumont, Geoffroy de Fercé, Thomas Du Maz, Jan de la Motte, Guion de Mauny, Guillaume de la Motte, François de Beaurepère, Mathurin de Chamballan, Pierre de Chamballan, Guillaume de la Motte, Jacques du Celier (?), Eustache de Fercé, Guyon de Chamballan, etc.

La troisième pièce sont trois anciens livres des comptes de la d. paroisse dans touts lesquels il se voit : 1° que les d. comptes se sont ordinairement examinés dans l'ancienne chappelle de Saint-Nicolas, lieu accoutumé depuis 1467 jusques à 1518, de même que depuis 1530 qu'elle fut rebastie, jusqu'à environ les dix ans derniers, que Monseigneur de Nantes ou ses grands vicaires ont commencé de les examiner en l'église paroissialle, dans le cours de leurs visites, en vertu d'un arrest du Conseil ; 2° que les d. paroissiens entretenoient cette chappelle de même que la paroissiale (fol. 5 du premier livre), et qu'ils firent même bastir l'appentis de Saint-Nicolas, à la grande porte, en 1606, les fabriqueurs rendant compte des présents de quelques particuliers pour cet effect (fol. 2) ; 3° qu'il y avoit un autel de Notre-Dame-de-Pitié devant lequel un particulier, Ferdinand de Kalemborgne, avait fondé une lampe (fol. 4 du 2 livre), et où se servait la chappellenie de Laubinays, fondée en 1505 par Mre Jan Aubin-le-Jeune, chappelain de la chappelle au Duc et qui fist bastir l'arche de Béré (4), lequel donne 5 sols aux fabriqueurs pour avoir soin que la chappellenie fust bien servie, en 1506 (fol.4e du 2 livre) ; un autel de Saint-Sébastien dont la feste arrivant le dimanche, il est dit, fol 31 du 1 livre, que la procession de la paroisse fut conduite de Béré à Saint-Nicolas où il avoit un autel, en 1473 ; un autel de Saint-Jacques, la chappellenie de la belle Image estant servie à cet autel devant 1500 ; 4° que la fabrice fournissait tous les ornements à Saint-Nicolas également comme à la paroissialle, où les paroissiens instituèrent un prestre qu'il appellèrent clerc de paroisse ou secretain, qui en estoit chargé par inventaire, en 1473 et 1475 (fol. 55 du 1 livre), et les rendoit par compte, scavoir : chappelles, aubes, surpelis, nappes, coussinets, missels, courtines, corporaliers, processionnaux, croix, échelettes, orseaux, bréviaires, etc. Ce qui continua toujours depuis jusqu'à ce que la d. chappelle fust rebastie, et depuis jusqu'à présent.







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