Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Mémoires du doyen P. Blays.

I. - De l'église paroissiale et baptismale de Saint-Jean-de-Béré.




(Les six premières pages sont déchirées et la septième commence par une phrase dont la première partie manque).

...............Le doyen Jean-le-Noir et P. Blays, son neveu et son vicaire, appuyés sur la providence et la bonne volonté des paroissiens, Robin et Simonneau étant architectes, il (l'autel de la Sainte-Vierge) fut continué et achevé en 1658, avec ceux du Saint-Esprit et de Saint-Joseph, tant des deniers du tronc et présents donnés à la Vierge, que des charités recueillies par les sieurs doyen et Blays.

En 1659, vers le mois de may, missire Pierre Blays, devenu doyen par résignation de Jean-le-Noir, son oncle et son prédécesseur, donna commencement au maître autel de Béré, par une quête qu'il fist par la ville et fauxbourgs, assisté des sieurs P. Legrand et J. Gobbé, prestres, des deniers de laquelle il achepta les tuffeaux nécessaires, les fist charroyer et placer au bas de l'église, afin que la veüe de ces matériaux servît comme d'une exhortation muette à les mettre en œuvre, comme il arriva. Car les paroissiens, ennuyés de les voir inutiles, et pressés par les exhortations publiques et particulières dudit sieur doyen, résolurent enfin de bastir cet autel. Ils firent venir Gaspard Robelot, architecte, avec lequel, assemblés en corps politique, ils firent marché, et l'œuvre fut enfin achevée en 1665. Tout fut payé par la paroisse, mais non sans brouilleries et procès follement intentés par quelques particuliers, qui causèrent de grands frais et despenses au sieur Doyen et au sieur de la Courjonnais Leray, procureur d'office dudit Châteaubriant, qui avait entrepris cet ouvrage en sa qualité de marguillier.

Malgré ces procès qui durèrent trois ans et qu'ils gagnèrent toujours, les sieurs Blays et Leray en vinrent à leur honneur, et ce dernier trouva encore moyen de faire six chappes en l'année de son office.

En 1666, au mois de novembre, le crucifix qui estoit sur un pilier incommode, sous l'arcade de la voûte, devant la chaire du prédicateur, au milieu de l'église, et qui empeschoit la veüe du maître autel nouvellement basti, fut repeint avec les images de la Sainte-Vierge et de saint Jean, et placé sur un travers où il est à présent, par les charités des paroissiens.

En 1667, la vieille custode estant vendue la somme de 60 livres, ce grand soleil d'argent, l'un des plus beau de la province, fut acheté du sieur X., marchand orfèvre à Rennes, et payé des charités de quelques habitants, de même que le grand encensoir d'argent avec sa navette et cuillier.

En 1670, l'autel de Nostre-Dame de-la-Merci fut basti, partie des deniers d'entrée des confrères, et partie des charités de quelques particuliers, entre lesquels M. François Baguet donna la figure de Nostre-Dame-de-Bon-Secours. La même année les sieurs doyen et prestres donnèrent le chœur, où l'on chante à Béré ; et en 71, le sieur doyen fist faire l'autel de Saint-Charles, dans l'aile gauche de Béré, des legs testamentaires de quelques particuliers. En 78, ledit sieur doyen fist clore les fonds avec des ballustres de bois, et fermer de clef. En 81, le fabriqueur fist faire deux chappes rertes. En 78, la sacristie fust bastie comme elle est, des charités de particuliers, par les soins de maître feu Bellanger, sacristain de Saint-Nicolas, qui s'estant tout donné à son employ, se portait avec zèle à la décoration de nos églises et à l'augmentation du culte de Dieu. Il mourut même d'une pleurésie, provenue du travail qu'il s'était donné à esteindre de la chaux pour l'église ; il ne se fist guères de choses de son temps, tant à Béré qu'à Saint-Nicolas, où il n'eût beaucoup de part.

En 92, il ne restait plus que l'autel de Saint-Blaise, qui ne fust rebasti : la confrairie de Saint-Blaise, que le d. doyen avait érigée depuis quelques années, le fist rebastir des deniers qu'il avoit réservés.

En 1682, le d. sieur Blays, doyen, donna à l'église paroissialle et fist bastir une chappelle, ouverte dans la nef du côté de l'Evangile, et y fist faire un autel qu'il avait dédié à l'Homme de Douleur. Lequel il fist placer le 10 mars 1684 et fut...... doré au d. an ; et dans la d. chappelle il fist creuser son tombeau au pied de l'Ecce Homo.

En 1682, les héritiers de deffunct Me René Legrand, sieur de la Coustays, ayant donné à la paroisse une croix d'argent, léguée et ordonnée par son testament de dernière volonté, de l'advis des paroissiens assemblés en corps politique, l'argent de la vielle, fort délabrée et hors d'état de servir, fust employé à faire un baston d'argent pour porter la d. croix.

En 1688, le sieur doyen donna à son église le confessionnal. La bannière de damas rouge, saint Jean-Baptiste d'un costé et le crucifix de l'autre, fut acheptée par les fabriqueurs, de même que celle de velours rouge à grandes fleurs de lys qui avoit esté autrefois donnée en…. par Mathurin X***, lequel issu d'artizan, s'en estoit allé sur mer où il avait fait grande fortune ; ses descendants sont encore à Nantes, qui portent d'azur à étoile d'or et l'Enfant-Dieu.

En 1689, il fist faire à la paroisse des ampoulles d'argent pour les saintes Huiles du Baptême avec leur boîte, qui servirent le jour de la Pentecoste au d. an.

De tout cecy il se voit qu'il n'y a plus rien à souhaitter pour la décoration de cette église, si ce n'est le pavé et une chappelle, du costé de l'entrée, semblable à celle du costé de l'Evangile.

Si le lecteur veut se faire une idée exacte de ce qu'était Saint-Jean avant le milieu du XVIIe siècle, qu'il se représente le sanctuaire éclairé par sept oeils-de-bœuf, tels qu'ils apparaissent encore au dehors, fermés de vitraux de couleur représentant divers saints, entr'autres saint Martin. Au milieu de cette abside était un autel d'une extrême simplicité, ayant deux lourds chandeliers d'étain pour tout ornement ; au-dessus apparaissait un ciel-de-lit avec des rideaux à franges rouges ou de simple toile blanche, sous lequel était suspendu le sacraire, tabernacle mobile qui se descendait ou se levait au moyen d'une corde, selon le besoin. Un peu plus tard, il devint fixe, et l'on y montait par un petit escalier placé derrière l'autel.

Point de sacristie ; de grands coffres, contenant les habits sacerdotaux, linges et vases sacrés, en tenaient lieu.

Dans le transept méridional se trouvait la chapelle Saint-Gildas, qui fut plus tard consacrée à Saint-Charles. Là aussi on trouvait le Letrin ou tribune pour les chantres, à laquelle on montait par un escalier que nous croyons être celui du clocher. Le doyen Blays supprima cette tribune, qu'il remplaça par un chœur placé sous la voûte du clocher, et dont il fit tous les frais avec les prêtres de la paroisse.

En entrant dans la nef du côté du midi, on arrivait à l'autel de Notre-Dame-des-Villages, devant lequel paradait l'énorme cierge que les laboureurs portaient en procession. P. Blays en fit l'autel de Notre-Dame-de-la-Mercy ; il était éclairé par une vitre où se voyaient les armes des seigneurs du Boisbriant, qui ont toujours passé pour être les seigneurs de la paroisse. Ils y avaient leur banc avec leurs armoiries, et leur enfeu était dans l'église. Un peu plus bas, on trouvait un grand vitrail avec meneaux, donné par maître Bontemps, sieur de la Fayère, en 1538. Le baptême de Notre-Seigneur par saint Jean y était représenté en belles peintures, disent les procureurs dans leurs comptes, avec plusieurs autres figures ; le panneau supérieur contenait les armoiries des seigneurs de Châteaubriant. Ce vitrail fut presque entièrement détruit par la tempête de 1705.

Il est évident que rien n'a été changé dans le reste de la nef, soit dans les côtés, soit dans la façade : les portes voûtées et basses, les fenêtres longues et étroites retiennent bien le cachet de l'époque où l'église fut construite. Nous ne pouvons affirmer quel était l'autel consacré plus tard à saint Blaise et construit en 1678 par cette confrérie ; c'était peut-être l'autel de Saint-Pierre. Du reste, il y en avait un grand nombre dans l'église. - En face de la chaire, au milieu de l'église, s'élevait le crucifix. Dans ces temps de foi, les fidèles avaient une très-grande dévotion pour le crucifix : aussi avait-il, après le tabernacle, la place d'honneur et la plus apparente dans l'église.

« En 1609, les procureurs payèrent 80 livres à Anthoine Blasile, peintre et sculpteur, pour faire, accomplir et rendre à Béré une image de crucifix avec les images de Notre-Dame et de saint Jean ; puis 12 livres pour l'arbre du crucifix ; 30 livres 3 sols 5 deniers pour planter ledit crucifix ; 36 livres 8 sols pour la dépense et logement du sculpteur et de son serviteur, qui travaillèrent l'espace de 26 jours, faisant les angelots, peignant l'arbre et autres ornements dudit crucifix, à raison de 26 sols par jour. » Ce crucifix, planté dans un piédestal en maçonne et accompagné des deux autres statues, devait prendre beaucoup de place dans l'église, où il n'y avait heureusement ni bancs ni chaises, car la circulation eût été impossible. Au-dessus de cette grande croix, on étendait un ciel en toile avec franges, et devant l'image vénérable étaient placés ordinairement quatre gros cierges, dont le nombre allait jusqu'à douze à certains jours de fête.

Dans le transept septentrional était la chapelle Saint-Grégoire ; l'autel de Notre-Dame y était placé, et comme cette abside était profonde, l'espace qui était derrière l'autel formait une espèce de sacristie, où les fabriqueurs coupaient le pain bénit qui se distribuait chaque dimanche, et où devait se déposer le beurre, dont on remplissait un grand nombre de petits pots vendus après la messe. La voûte de la nef ne fut jamais que lambrissée, et le sol était dallé par les pierres tombales fréquemment renouvelées (1).

L'extérieur de ce monument religieux n'a subi aucune modification, sauf la sacristie, bâtie au temps du doyen Blays, et le clocher, qui fut renversé par cette terrible vimaire du 29 décembre 1705, dont parlent tous les mémoires contemporains. La flèche toute entière s'abattit sur l'église : c'était, d'après le procès-verbal de la municipalité, la plus belle aiguille de la province ! Elle mesurait 70 pieds depuis sa base jusqu'au sommet de la croix. Elle avait été élevée en 1637.

Nous faisons des vœux pour qu'un nouveau clocher remplace bientôt l'ignoble poivrière qui déshonore un si respectable édifice.

En dehors de l'église, près de la porte du midi et attenant au mur de la nef, existe une maçonnerie oblongue, recouverte d'une grande pierre, et ayant un peu la forme et les proportions d'un autel grossièrement exécuté. Ce bloc est surmonté d'un petit toit ou chapiteau à deux pentes, soutenu par deux petits piliers de bois dont la base s'appuie sur l'autel. La tradition bien connue est que ce petit monument servait à dire la messe au temps de la peste noire, le peuple se tenant sur le coteau qui lui fait face, pour éviter la contagion. Le nom et l'antiquité de cet édicule semblent appuyer cette tradition populaire. En effet, nous avons trouvé dans les registres paroissiaux qu'en l'année 1560, un enfant fut exposé sous le chapiteau du Dieu de pitié, et qu'en l'année 1668 fut pareillement trouvé un enfant sur l'autel du Dieu de pitié, dans le cimetière, près les portes. Aujourd'hui, l'autel porte encore le même nom, et tous les premiers vendredis de chaque mois, on peut voir les mères apporter leurs petits enfants et les rouler sur la pierre pour les faire marcher.

On prétend que les nombreux tombeaux en pierres coquillières trouvés dans le haut du Champ-de-Foire, à une grande profondeur, seraient une nouvelle preuve du passage du terrible fléau dans nos contrées.







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