Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Section deuxième (suite)


14e . - François Bourguillaud, 1598-1635.

Il était né à Châteaubriant et avait été vicaire pendant plusieurs années, avant d'arriver au doyenné qu'il tint trente-sept ans.

Le 15 juin 1600 intervint de nouveau une transaction entre les prieur, religieux et sacristain de Saint-Sauveur d'une part, et le doyen-recteur de Saint-Jean de Béré et son vicaire, d'autre part, sur le procès meu entre eux par rapport aux processions, oblations et droits honorifiques exprimés au précédent concordat, par laquelle les parties, en l'expliquant et interprétant, seraient convenues que ledit sacristain, ou l'un des autres religieux, serait tenu de conduire la procession de ladite paroisse (1), et célébrer la grande messe en ladite église, les jours et fête de Noël, Purification, Pasques, la saint Jean-Baptiste et la Toussaints, auxquels jours lesdits recteur ou son vicaire serviraient de diacre, et le clerc de paroisse de sous-diacre ; qu'auxdits jours, ledit sacristain prendrait les deux tiers des oblations et offrandes, même les deniers de la communion du jour de Pasques, Vendredy saint à l'adoration de la croix, et les autres jours suivants de l'octave de Pasques seulement, à la charge, par ledit sacristain, de donner le jour de Pasques à dîner audit recteur ou vicaire et audit clerc dans le prieuré, comme aussi de donner, le Vendredy saint, à l'un des deux premiers, deux miches dudit prieuré et deux pots d'eau, à l'issue du service ; et qu'à l'égard des processions, elles se feraient suivant l'ancienne coutume.

Le cartulaire du prieuré de Béré nous fournit une attestation donnée par les prestres et habitants de Châteaubriant, comme les matines et grandes messes étaient célébrées tous les dimanches de l'année, excepté certaines fêtes de Vierge, dans l'église de Saint-Jean de Béré, et qu'auparavant que Jean Lenoir fût doyen de Châteaubriant, lesdits habitants et paroissiens étaient processionnellement conduits par lesdits doyen et prestres, chaque premier dimanche du mois, dans l'église du prieuré de Béré, ensuite ramenés en ladite église de Saint-Jean pour y entendre la grande messe. Cette pièce doit se rapporter au temps où François Galpin tenait le bénéfice.


15e.- Jean Lenoir, 1635-1659.

Il était de Châteaubriant. Nous renvoyons aux mémoires de Pierre Blays, son neveu, ce que nous avons à en dire.

Ce fut sous son administration (1643) que partirent les derniers religieux bénédictins de Béré pour faire place aux religieuses Ursulines de l'ordre de Saint-Augustin, déjà établies à Châteaubriant.


16e. - Pierre Blays, 1659-1706.

Pierre Blays naquit à Châteaubriant dans l'année 1624.

Son oncle le prit au presbytère dès l'âge de six ans, pour lui apprendre les éléments de la grammaire française et lui faire faire les premières études du latin ; ensuit, il l'envoya à Rennes au collège des Jésuites, pour y faire ses humanités. Il étudia la philosophie à Nantes, dans la maison de Saint-Clément, et alla étudier pendant deux ans la théologie à la Flèche, sous la direction de ses premiers maîtres. Jean Le Noir n'épargna rien pour donner à son neveu une instruction aussi solide que brillante ; il l'envoya à Paris, dans la communauté de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, afin qu'il se perfectionnât en Sorbonne. Ce fut dans cette maison, chère à Saint-Vincent-de-Paul, que le jeune diacre, en complétant ses études théologiques, se forma, par les bons exemples, à la vie intérieure et sacerdotale.

Aussitôt qu'il fut prêtre, les supérieurs de la communauté, sous la direction desquels se trouvait la paroisse, l'y nommèrent sous-vicaire et le chargèrent spécialement des instructions qui se faisaient à la première messe du dimanche. Pendant qu'il remplissait ces modestes fonctions, il put apprécier, comme elle le méritait, la première confrérie de charité que Saint-Vincent-de-Paul, de concert avec Mlle Legras, avait établie dans cette paroisse, et ce fut alors qu'il résolut, si Dieu le lui permettait jamais, de doter sa ville natale d'une association si précieuse.

Cependant, son oncle, déjà âgé et fatigué de porter seul depuis seize ans la charge pastorale, voulut se reposer sur lui de toute la partie laborieuse de son ministère. Il le fit venir de Paris à la fin d'octobre et se l'adjoignit comme vicaire.

A peine arrivé, il s'oppose victorieusement aux folies du carnaval par l'institution des quarante heures, et pour assurer dans l'avenir les fonds nécessaires à la prédication des missionnaires et aux frais des cérémonies de ce triduum, il place, en constitut, 300 livres tirées de sa propre bourse. Cette première et vigoureuse impulsion commença à faire sortir la paroisse de la torpeur spirituelle où l'avaient plongée la longue absence de ses pasteurs, l'hérésie protestante et l'abandon des sacrements. Témoin du zèle et de la capacité du jeune vicaire, le vieux doyen comprit qu'il ne pouvait confier son église à des mains plus sûres. Il résigna au mois de mai 1659, en faveur de son neveu, âgé seulement de trente-cinq ans. Nous ne suivrons pas le nouveau doyen dans tous les détails de sa longue et laborieuse carrière : nous nous contenterons d'indiquer sommairement les œuvres principales auxquelles il se livra avec une activité vraiment prodigieuse, renvoyant le lecteur, soit à la notice historique que nous en a donnée M. Bain (2), soit plutôt aux mémoires si curieux et si complets que P. Blays nous a laissés.

Le premier objet de son zèle fut l'autel de la Sainte-Vierge, dont il confia le travail à deux architectes successifs, Robin et Simoneau. Il fut achevé en 1658 : chacun peut encore l'admirer aujourd'hui.

On ne saurait dire tout ce que lui coûta de peines, de traverses et de dépenses la construction du maître-autel, qui dura six ans. Gaspard Robelot, d'Angers, en fut l'architecte ; il fut achevé en 1665. - Le caractère romano-byzantin du sanctuaire disparut complètement dans les transformations que lui fit subir l'architecture ornée et fleurie de la renaissance.

En 1658, il jette les fondements d'un hôpital, en formant une association de charité qu'il établit d'abord dans une partie de l'hôtel du Palierne (3). Il ne s'agissait que des malades. Mais les ordonnances de 1662 et 1678, qui créèrent des hôpitaux dans les villes de province pour y abolir la mendicité, transformèrent le nouvel établissement, et ce ne fut pas sans regrets que ceux qui avaient le plus contribué à la construction de l'hôpital y virent loger des pauvres valides à la place des malades (1680). Notre doyen travailla pendant quarante-six ans, c'est-à-dire jusqu'à la fin de sa vie, à cette œuvre capitale, qui doit lui assurer la reconnaissance de ses concitoyens.

En 1682, il commençait la chapelle de l'Ecce-Homo, où il voulut avoir son tombeau ; elle fut achevée en 1686. Les fonts baptismaux y sont aujourd'hui renfermés.

L'église Saint-Nicolas n'était point oubliée, et avait une large part dans la restauration des autels et la fondation des confréries et autres grandes solennités propres à soutenir la piété des fidèles. Nous ne pouvons que nommer les confréries de Notre-Dame, de Sainte-Catherine, du Sacré-Cœur, de Notre-Dame-de-la-Merci, pour la rédemption des captifs, de Saint-Blaise, avec son charmant autel, et enfin la grande confrérie du Très-Saint-Sacrement.

Que ne fit-il pas pour implanter parmi son peuple la dévotion aux saintes Reliques ? Il faut lire dans ses mémoires la manière ingénieuse dont il s'y prit pour s'en procurer ; il faut lire la relation des imposantes cérémonies dont tout le pays fut témoin à cette occasion.

Au milieu de ces labeurs incessants, Pierre Blays trouvait encore moyen de reconstruire et d'embellir son presbytère qui tombait en ruines, et de soutenir un gros procès contre le prince de Condé, baron de Châteaubriant, qui voulait lui arracher son église de Saint-Nicolas, en y établissant une collégiale, tandis que, à Nantes, il revendiquait la préséance sur tous les autres recteurs du diocèse, que l'indifférence de ses prédécesseurs avait fait tomber en oubli. Enfin, cet homme, d'une activité dévorante, doué d'une énergie extraordinaire, ce prêtre au cœur vraiment apostolique, cet autre Vincent de Paul qui fit tant de bien à son peuple et, quoique pauvre, enrichit sa paroisse d'œuvres si magnifiques et si durables, trouvait encore du temps pour écrire les annales de son église depuis son origine presque jusqu'au jour où la mort arrêta sa main glacée par l'âge.

Il mourut le 4 février 1706, âgé de 82 ans. A la suite de l'acte de sépulture, on lit ces mots : « Il conduisit la paroisse pendant 49 ans, comme doyen, et 7 ans comme vicaire ; tout le clergé fut présent à sa sépulture, accompagné du plus grand nombre des paroissiens qui ont fait paraître par leurs pleurs combien ils étaient sensiblement touchés de la perte d'un si bon pasteur. »

Il fut enterré dans le tombeau qu'il s'était préparé au pied de l'autel de l'Ecce-Homo. Il comptait sans doute sur les prières reconnaissantes de ce peuple qu'il avait fait renaître à la ferveur de sa foi première, et qu'il avait comblé de bienfaits ; et voilà qu'aujourd'hui, Pierre Blays n'a pas une pierre qui le rappelle au souvenir de ses ouailles fidèles ; on cherche en vain le lieu où il repose (4)…. - Pour nous, admirateur de ce saint prêtre, dont toutes les œuvres furent marquées du sceau de la grandeur, nous nous applaudirions si nous pouvions lui restituer la place d'honneur et de reconnaissance que ses vertus, ses actions et son mérite devaient à jamais lui assurer dans les cœurs des habitants de Châteaubriant.

Maintenant nous invitons le lecteur à parcourir les mémoires de notre célèbre doyen. C'est lui qui désormais va tenir la plume et décrire, avec les détails les plus minutieux, l'histoire de la paroisse dont il avait une si parfaite connaissance. Nous croyons rendre un véritable service aux amis de leur pays, en sauvant de la destruction, dont elles étaient menacées, ces pages vraiment curieuses et intéressantes. Nous les reproduisons intégralement, sauf les six premières pages depuis longtemps perdues et les modifications nécessitées par une orthographe et un style qui finissaient par devenir incompréhensibles. On trouvera dans les notes les rectifications et explications nécessaires à l'intelligence du texte, ou de nature à compléter les données du doyen Blays sur chacun des sujets qu'il traite.







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