Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Chapitre I (suite)




Les Etats devaient se tenir à Nantes. Le maire fut désigné pour y assister. Plus tard, le roi les transféra à Rennes.

11 octobre 1788. - Cependant, une partie des demandes exposées au roi dans la protestation qu'on vient de lire avait été octroyée. Cette victoire en promettait d'autres. Le syndic prit la parole au milieu du conseil et dit « que l'événement heureux qui dissipe les craintes et les alarmes et promet un avenir flatteur est bien capable d'exciter des transports de joie et d'allégresse. Les droits de la province conservés, les magistrats rendus à tous les vœux, la tenue prochaine des Etats-Généraux, où les citoyens de chaque ordre s'empresseront de subvenir aux besoins de l'Etat, de créer l'imposition la moins onéreuse et de la répartir avec la plus parfaite égalité, tout cela doit engager la ville à faire des réjouissances publiques. »

En conséquence, on alluma un feu de joie, on tira le canon, le vin coula sur les places publiques et tout le monde fit des illuminations.

27 octobre. - En exécution d'un arrêté du conseil, en date du 5 juillet, la communauté avait formulé son vœu particulier sur les réformes à introduire dans le gouvernement ; mais Nantes et Rennes venaient de donner un exemple dangereux que nos échevins se hâtèrent de suivre. Ils convoquèrent, pour le 14 novembre, tous les ecclésiastiques, les anciens officiers municipaux, marguilliers, notables et propriétaires, afin de délibérer sur les affaires qui intéressaient tous les citoyens. Il est à remarquer que les nobles n'y furent point appelés et n'y parurent point.

Le syndic, dans son discours, apprit à l'assemblée les vœux que le Conseil avait émis dans sa séance du 27 octobre ; puis il lui mit sous les yeux les arrêtés des municipalités de Nantes et de Rennes, afin qu'elle adoptât celui qui lui conviendrait le mieux.

« Hâtez-vous, s'écria-t-il en terminant, de profiter de la bienfaisance du monarque qui nous gouverne, de sortir de la servitude odieuse sous laquelle nos pères ont gémi, d'avoir aux Etats de dignes représentants et de faire répartir avec plus d'égalité et de justice les impôts nécessaires pour assurer les propriétés de tous les sujets, pour soutenir la gloire et la prospérité du royaume.

» A l'approche de l'heureuse révolution qui se prépare, il nous reste encore un désir à former : Puisse le souverain détruire un jour les féodalités, permettre aux vassaux de franchir les rentes et casuels de fiefs, et effacer jusqu'aux traces de cette anarchie qui dévore le patrimoine de tant de possesseurs et de pères de famille. »

On le voit, les têtes s'exaltaient ; mais les âmes étaient honnêtes, les cœurs droits, les intentions pures. Ces plaintes et ces ardents désirs de voir cesser tant de criants abus n'étaient que l'expression des sentiments partagés par la nation entière.

Le 25 novembre, la communauté, délibérant, rédigea en douze articles les demandes et doléances qu'elle chargea son député de porter aux Etats, avec ordre de se concerter, pour l'imprévu, avec les autres députés du tiers.

Le 14 décembre, le général de la paroisse de Béré tint aussi son assemblée, à l'instar des autres généralités de la province. Son procès-verbal est un long réquisitoire de quelque jurisconsulte du temps, sur la nécessité d'une régénération politique et sociale, sur les services rendus de tout temps par le tiers, sur la servitude où il gémissait, et enfin contre la noblesse et ses privilèges. Nous en ferons grâce au lecteur, ainsi que des conclusions qui terminent sa délibération. Ce que demandent le général et la communauté n'offre rien de particulier, et ne serait qu'une fastidieuse répétition de ce que demandaient toutes les autres municipalités. La paroisse nomma M. Fresnais de Lévin pour son député, et la chargea de se réunir aux députés nommés par la communauté, afin de se concerter en tout avec eux.

Des conférences préparatoires à la tenue des Etats avaient eu lieu à Rennes, au mois de décembre, et le maire y avait pris part, accompagné de MM. Guibourg et Ernoul de la Provôté, ayant la qualité d'agrégés. Ces Messieurs, à leur retour, avaient rendu compte de leur mission et avaient rapporté une lettre du Conseil et de l'Intendant, qui engageait la communauté à nommer deux autres députés, outre celui qu'elle avait déjà nommé, pour assister aux Etats avec voix délibératives. Ce fut sur MM. Calvet et Bruneau de Saint-Méen que s'arrêta le choix de la communauté.

A leur retour de Rennes, ces députés demandèrent que les habitants fussent admis à entendre leur rapport ; la communauté s'y opposa. On prit alors une marche plus sûre. Un certain nombre d'habitants firent une requête qu'ils adressèrent au Conseil. Le syndic, prévoyant des orages, remontra courageusement qu'une pareille démarche était contraire aux lois et aux intentions du roi ; quelle ne ferait qu'entretenir le trouble et pouvait avoir des suites les plus fâcheuses.

Malgré de si sages représentations, une partie du Conseil, le maire en tête, se laissa tenter par les douceurs trompeuses de la popularité, et, au lieu de le tenir à distance, ils apprirent au peuple le chemin de ces réunions politiques où son bon sens ordinaire fait place aux passions les plus mauvaises.

13 mars 1789. - Quelques jours après, la commune toute entière est convoquée à grand fracas ; le tambour ne cesse de battre et la cloche d'appeler les habitants pendant près d'une heure. Les trois députés rendent compte à l'assemblée de leur conduite pendant leur députation, et reçoivent les acclamations de la foule en reconnaissance de leur zèle pour la chose publique.

Alors, l'avocat Méaulle, profitant de l'enthousiasme des esprits, proteste contre la conduite du syndic, à qui il reproche entre autres choses d'avoir accepté la députation avec M. Ernoul, contre le vœu de la commune, et d'avoir négligé d'assembler celle-ci toutes les fois qu'on aurait dû le faire ; il incrimine aussi cinq autres membres du Conseil qui s'étaient opposés à la convocation générale des habitants.

Cette assemblée pouvait, à bon droit, être qualifiée de séditieuse et de contraire aux lois ; elle était mal composée, comme il était facile de le prévoir ; aussi les ecclésiastiques et les bourgeois les plus honorables s'y étaient opposés de tout leur pouvoir. Mais le maire, avide de ces idées nouvelles qui faisaient tourner toutes les têtes, avait pris les devants : il était allé à Rennes dénoncer la conduite du syndic et faire approuver les assemblées générales qu'il avait convoquées.

Le zèle de MM. Louard et Méaulle ne tarda pas à recevoir sa récompense. Le premier fut continué dans sa charge de maire, et le second, élu procureur-syndic à la place de M. Guibourg.

L'unité de vues et de volontés n'existait plus : la division était entrée dans les esprits et dans les cœurs. Deux partis se formaient déjà : les modérés et les exaltés ; cependant l'illusion et la bonne foi étaient encore générales. Tout le monde était dans l'attente des grandes choses qui allaient sortir de ces assises solennelles appelées États-Généraux. Les élections devaient se faire le 30 mars. Mais comme la salle de la mairie était trop étroite pour recevoir tous les habitants, les religieux Trinitaires offrirent leur chapelle pour y tenir l'assemblée générale, dans laquelle devait être dressé le cahier des charges et se faire l'élection des députés.

Une crainte pourtant troublait les esprits et refroidissait l'enthousiasme populaire. L'année précédente avait été des plus mauvaises pour les récoltes en tout genre ; l'hiver avait été si rigoureux qu'il avait fait périr les poissons dans les étangs et tous les légumes qui servaient surtout à l'alimentation des pauvres. Les bruits les plus sinistres couraient parmi le peuple ; on parlait de complots liberticides ; les nobles voulaient affamer le peuple. Dans de pareils moments, tout est croyable et accepté par la multitude.

22 juillet 1789. - Cinq cents hommes, disait-on, font le dégât aux environs de la ville. Le tocsin sonne ; le peuple court aux armes et se rassemble. On cherche où sont les coupables ; - on rapporte qu'ils se sont dirigés sur Saint-Julien, Erbray, Moisdon. Cependant, le peuple rassemblé se mutine, éclate en menace et jette des cris de désespoir : le pain manque et le spectre de la famine apparaît à tous les regards effrayés.

Dans cette extrémité, les officiers municipaux s'emparent de la caisse du receveur, visitent les greniers des particuliers et achètent le grain qu'ils distribuent à la multitude : ce qui apaisa la sédition.

On se rappelle que les Etats-Généraux s'étaient réunis le 4 mai, et que le 20 juin, le tiers s'était donné, au jeu de paume, le nom d'Assemblée nationale. - Alors furent établies des milices nationales dans toutes les villes et cantons du royaume.

Deux drapeaux destinés à la nouvelle milice venaient d'être apportés de Nantes. Il fut arrêté que la bénédiction s'en ferait le lendemain, à neuf heures du matin, dans l'église paroissiale, en présence du régiment.







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