Janvier 2023 : Cet ouvrage vient d'être réédité, en tirage à la demande. Il s'agit d'une nouvelle édition entièrement recomposée, identique à l'édition originale, et non d'un fac-similé de mauvaise qualité. L'ouvrage de 370 pages est disponible en grand format (18x25cm) en version brochée (couverture souple), en version reliée (couverture rigide), ou bien en 4 petits fascicules à prix étudié, reprenant chacun une des quatre grandes parties de l'ouvrage). Une version Kindle est également disponible.

L'objectif de cette réédition était uniquement de proposer une lecture plus facile et agréable, et pour cela, l'ouvrage a entièrement été remis en page. Pour aider le lecteur à actualiser ses connaissances, une bibliographie mise à jour a été ajouté.

Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Chapitre V (suite)




Dès l'année 1630, les maîtres sergers s'étaient réunis pour former une confrérie sous l'invocation de la Sainte-Vierge, qu'ils regardaient comme leur patronne ; mais les compagnons, les apprentis et les peigneurs de laine n'en faisaient pas partie. Ils devaient d'autant plus désirer jouir des avantages de cette institution que seuls entre tous les autres corps de métiers ils en étaient privés.

« Enfin, grand nombre de marchands peigneurs ou faisant travailler au mestier de peigneur de laine en la ville et fauxbourgs de Châteaubriant se réunirent par acte passé devant notaire, le 25 janvier 1678, sur l'avis de V. et D. missire Pierre Blays, doyen de Châteaubriant et recteur de Saint-Jean-de-Béré. L'association fut érigée avec indulgences par bulle d'Innocent XI, en date du 17 septembre 1680, en l'église parrochiale dudit Béré.

» Les confrères, dit le doyen, choisirent saint Blaise, évêque et martyr, pour leur patron, comme ayant été égratigné et déchiré avec des peignes de fer dans son martyre (1). »

Les extraits suivants des délibérations des confrères vont nous initier au gouvernement et au régime le plus intime de la confrérie :

« En l'assemblée des confrères de la confrairie de Saint-Blaise, congrégés en forme de corps politique sous le chapiteau de l'église de Béré, à l'issue de la grande messe de la dite confrairie, y célébrée, ce jour de saint Blaise, vendredi 3 febvrier 1679….. a été délibéré par les confrères de continuer le dit Felon en la qualité de procureur, pour gérer les affaires de ladite confrairie pendant l'année présente.

….. Il a été aussi délibéré qu'à l'avenir, à commencer de ce jour, les particuliers qui se voudront faire enrôler en ladite frairie paieront 20 sols pour leur réception, et de plus 5 sols par an pour l'entretien de la frairie, lesquels 5 sols se paieront huit jours avant la fête de saint Blaise ; et lors du décès d'un confrère, les héritiers apporteront les 5 sols entre les mains du procureur pour l'année du décès, en lui donnant avis de faire assigner le service pour le défunt, suivant la fondation.

….. Délibéré aussi que les enfants des confrères, qui apprendront le métier de peigneur, ne paieront point les 30 sols portés par ladite fondation pour tout apprentif travaillant chez un confrère.

….. Délibéré pareillement qu'il ne sera point fourni de cierges par ledit procureur, pour porter avec la torche de la frairie aux jours du sacre, attendu que cela ne cause que du désordre et du coûst inutile. Et pourra ledit procureur changer et augmenter quelque chose pour l'ornement et embellissement de la torche, s'il le juge à propos, au moindre coûst qu'il lui sera possible faire.

Suivent les signatures de tous les confrères qui assistaient à la délibération.

A partir de cette dernière assemblée, les procureurs furent élus pour deux ans.

La torche dont nous venons de parler occupait une place trop importante dans la confrérie pour n'en pas faire une mention particulière. Il sera plus facile ensuite de comprendre les comptes de ses procureurs, qui ne sont pas sans originalité.

Cette torche était comme le drapeau de la confrérie ; c'était son symbole, c'était sa gloire ; aussi l'entourait-on de toutes sortes d'honneurs.

Qu'on se figure une base rectangulaire, au milieu de laquelle s'élevait, sicut cedrus Libani, le cierge colossal. Des rubans, des franges d'or, des étoffes de satin à fleurs, du brocard garnissaient la partie inférieure, tandis que les quatre faces étaient sculptées ou présentaient aux spectateurs des peintures dévotes. Toutes ces richesses étaient abritées sous un dôme recouvert d'une toile imprimée et reposant sur quatre colonnes surmontées de pommettes. Aux deux côtés de la torche paraissaient invariablement deux peigneurs de laine, costumés comme on pourra le voir dans les comptes ci-après, et tenant en main les insignes du métier. Peu à peu, le génie inventif des confrères se donnant carrière, on en vint à représenter, au moyen de personnages en cire, habillés selon leurs rôles, des scènes bibliques ou évangéliques, comme l'enfant prodige, le martyre de saint Blaise, l'enfer avec ses flammes et les anges noirs du ténébreux séjour. Le saint patron y tenait toujours la place d'honneur, et l'on peut être certain que, ce jour-là, rien ne manquait à sa toilette épiscopale. Les artistes étaient sur une pente glissante. C'est pourquoi, afin de prévenir les abus, le procureur de chaque confrairie était tenu, à peine de 10 livres d'amende, de faire visiter la torche le matin de la Fête-Dieu, par le procureur fiscal de la baronnie, avant qu'elle marchât en procession, pour s'assurer si le sujet ou mystère qui était représenté était convenable à la religion, aux bonnes mœurs et à l'édification du public.

C'était, comme on le voit, un véritable monument que la torche de la frairie de Saint-Blaise ; et, sauf l'art et la matière, il nous rappelle les beaux calvaires que les tailleurs d'images bas-bretons ciselaient en pierre, presque au même temps, à Plougastel, Pleyben, etc.

Aussi, comme ils étaient fiers les dévots compagnons peigneurs, en voyant leur torche s'avancer majestueusement au milieu de leurs rangs pressés ! Comme elle réjouissait leurs oreilles la clochette du sonneur qui précédait la marche ! Que joyeux étaient les airs du haut-bois ou de la vèze qui assurait le triomphe de la confrérie sur toutes les confréries rivales !

Maintenant, il faut revenir aux comptes de nos procureurs qui, sans ce commentaire, auraient pu renfermer plus d'un mystère pour les lecteurs.

Pour façon et fournissement du bois et ferrures de la torche, ledit Felon a payé 25 livres 5 sols.

A honorable homme Mathurin Langlois, marchand, ledit comptable a payé pour de la cire blanche, pour faire les figures de la torche, 27 livres 10 sols.

A h.h. Mathurin Bellanger pour du satin à fleurs, du brocard, de la cire blanche et façon de huit testes et mains pour orner et garnir la torche 50 livres 7 sols 6 deniers.

… Pour six raspenades (tours de cheveux) et une petite perruque à servir aux figures de la torche 30 sols.

... Pour la toile imprimée servant à couvrir le dôsme et les quatre pommettes de la torche 40 sols.

… Pour le bougran employé à doubler la chappe, étole et mître de l'image de saint Blaise, pour la façon, fil, soie, étoffe 3 livres.

Pour le port de la torche aux processions du sacre et de l'octave, a coûté seulement 40 sols, les porteurs n'ayant voulu aucun salaire. - Mais, dans la suite, les porteurs exigèrent 4 livres 10 sols, deux pots de vin et autant de citre.

Dans les comptes des années subséquentes, on trouve :

Le comptable a payé pour le sonneur 10 sols.

Pour la fumée de l'Ange-Noir et six raspenades ou tours de cheveux, pour servir aux figures de la torche 40 sols.

Pour un peigne…..pour un sceptre 25 sols.

Pour une petite couronne… pour les flammes… les cartes et peintures… un broc de fer 10 sols.

Pour une aulne de serge rouge pour habiller l'exécuteur, y compris la façon de l'habit 25 sols.

Pour le joueur de haut-bois ou de vèze 15 sols.

Pour deux peaux de mouton à faire deux culottes aux deux peigneurs qui sont à la torche et deux bonnets 3 livres 8 sols 6 deniers.

Pour blanchissage de linge aux sibilles (c'est le nom que l'on donnait à ces figures)….

Pour un bois garni de filasse pour les sibilles……

Toutes ces choses étaient conservées dans le trésor de la confrérie et chaque procureur en fournissait l'inventaire exact à celui qui lui succédait.

Pendant plus de vingt ans, ce fut Pierre Féré qui fut en possession d'orner la torche, c'est à dire de choisir le sujet ou mystère à représenter, et d'habiller les personnages. Cette dépense allait jusqu'à 16 ou 20 livres. Après lui, on ne fit rien de plus ni rien de mieux. A partir de 1718, tout alla en déclinant, de sorte qu'en l'année 1734, les confrères, considérant que les frais de la torche ruinaient la frairie, qui n'y était point autorisée par lettres patentes, délibérèrent qu'on ne la ferait point porter à l'avenir, et qu'au lieu de cette dépense inutile, outre le service qu'on fait faire pour chaque défunt le jour ou lendemain de son décès, on dirait une autre messe basse le lendemain et une autre messe basse le premier vendredi de chaque mois pour tous les confrères, avec prière nominale.

On voit encore figurer dans les comptes les dépenses pour les services solennels des confrères défunts et jusqu'à 2 sols 6 deniers pour publication à prosne de messe de divers avis donnés aux confrères.

En 1706, la confrérie fit faire six torches octogones en bois, avec des plaques de fer-blanc peintes, représentant l'image de saint Blaise et autres peintures au pied, tout autour. Elles devaient être portées par les confrères, tant aux processions qu'aux enterrements des confrères.

Cette confrérie comptait à peine 15 ans d'existence et déjà elle était en état de construire à ses frais un fort bel autel en tuffeaux et marbre noir, qui lui coûta la somme de 522 livres 17 sols. Pierre Carré en fut l'architecte, 1694. Cet autel a heureusement échappé au vandalisme des iconoclastes de 93. Il est de même style que le maître-autel, avec lequel il s'harmonise parfaitement (2).

La vénérable confrérie de Saint-Blaise prospéra pendant un siècle : elle allait croissant en nombre, quand arriva la néfaste année de 1792. Le 11 février, le curé constitutionnel Turoche la présida pour la dernière fois.

Julien Morisseau en fut le dernier procureur.

Outre la Révolution, qui, a elle seule, était capable de tuer cette industrie comme elle avait tué toutes les autres, plusieurs autres causes vinrent successivement lui porter des coups mortels, comme la vente et le partage des terrains communs ou vagues, le défrichement des landes et l'introduction du coton dans la confection des tissus. De sorte qu'aujourd'hui nous ne voyons plus les petits moutons de bruyère, ni les landes, ni les sergers et peigneurs de laine, et probablement nous ne les reverrons jamais.


Communauté des maître barbiers et perruquiers, baigneurs et étuvistes.

Il faut bien le reconnaître, tout se vendait sous le grand Roi, depuis les plus grandes charges de l'Etat jusqu'aux plus modestes emplois. Mais ne nous plaignons pas ; la France a toujours eu le moyen de payer sa gloire, et chaque gouvernement cherche à tirer son épingle du jeu le plus adroitement qu'il lui est possible : il n'y a de différence que dans les moyens. Donc, sous le Roi-Soleil, n'exerçait pas qui voulait le noble métier de barbier…… Le roi créait, c'est à dire mettait à l'encan, dans chaque ville, un certain nombre de places, et ceux-là seulement qui les achetaient avaient le droit d'exercer avec tous les privilèges attachés audit métier. On en jugera par les pièces suivantes :







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