Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Chapitre I

Papegault.




Au mois de juin 1551, Anne de Montmorency, successeur de Jean de Laval dans la baronnie, vint à Châteaubriant pour y recevoir le roi Henri II, qui y séjourna plus d'un mois, ce qui montre le plaisir qu'il y prenait. Il s'y délassait du bruit de la capitale, du tracas des affaires et du cérémonial de sa cour. Le château, par sa magnificence, lui offrait une demeure aussi salutaire qu'agréable, et dans son immense parc, peuplé, par les soins de ses barons, de toutes sortes de gibier, il pouvait se livrer au plaisir de la chasse. D'un autre côté, la solitude qui entoure ces lieux était propre à la réflexion nécessaire aux décisions importantes ; aussi le prince, pendant ce temps, rendit plusieurs édits, entre autres celui qui fut appelé de Châteaubriant. La circonstance qui s'y rattache n'est pas sans utilité pour l'histoire ; nous y verrons une fois de plus avec quelle fière indépendance se conduisaient nos rois à l'égard des autres souverains. Voici comme s'exprime l'abbé Travers :

« La ville de Nantes, à laquelle ses affaires rendaient nécessaire la protection du connétable, lui envoya en don, à Châteaubriant, où le roi devait se rendre en peu, six pièces de tapisserie de cuir doré, six chaises de point de Grenade et six autres chaises de point d'Espagne, pour servir à l'ameublement de la chambre du roi. Henri était déjà depuis quelques jours à Châteaubriant, quand il apprit que les ambassadeurs d'Edouard, roi d'Angleterre, étaient en chemin pour le venir trouver. Il dépêcha aussitôt le sieur Mandosse pour les recevoir et faire connaître ses intentions aux habitants de Nantes. « Chers et bien-aimés, leur écrivit-il, nous avons donné charge à notre amé et féal gentilhomme ordinaire de notre chambre, le sieur de Mandosse, de conduire le marquis de Northampton et aultres seigneurs que le roi d'Angleterre, notre bon frère, envoye par-devant nous pour aulcunes affaires, et d'aultant que nous désirons qu'ils soient recueilliz le plus honorablement que faire se pourra; à ceste cause, nous vous prions et néantmoins mandons que venant à passer par votre ville, vous ayez à les recevoir avec le plus gracieux traictement qu'il vous sera possible, leur faisant présentz de vins et aultres courtoisies dont vous vous pourrez advyser, et vous conduysant en cella ainsi que vous fera entendre de notre part le dict sieur de Mandosse; à quoi vous ne ferez faulte. – Donné à Chasteaubriant, le 11e jour de juing 1551. – Signé : Henry.

« En effet, l'ambassade arriva à Nantes le 15 juin ; elle était composée du marquis de Northampton, de l'évêque d'Ely, des comtes de Vorcester, de Rutland et d'Ormond, accompagnés d'un grand nombre qui croyaient trouver le roi Henri II à Nantes. Cette ville les fit conduire à Châteaubriant, selon l'ordre qu'elle en avait reçu. Northampton présenta au roi le collier de l'ordre de la Jarretière, que le roi Edouard VI lui envoyait, et l'évêque d'Ely demanda en mariage, pour Edouard, la princesse Elizabeth, fille du roi. Sa Majesté nomma des commissaires pour convenir des conditions. Le roi, pendant qu'on traitait cette affaire, donna, le 25 juin, sous les yeux des ambassadeurs auxquels une disposition semblable ne devait pas plaire, l'édit qu'on appela de Châteaubriant, très-sévère pour la recherche et la punition des religionnaires de son royaume. »

L'autre édit, donné en notre ville par le même prince, le 27 juin du même mois, c'est-à-dire à deux jours de distance seulement du précédent, offre une contradiction trop manifeste avec ce dernier pour qu'elle ne saisisse pas le lecteur. Par cet édit, il était défendu à toutes personnes ecclésiastiques ou civiles d'envoyer ou de porter ni or ni argent, soit à Rome, soit dans les divers lieux de l'obéissance du pape Jules III, non plus que d'y avoir recours pour les bénéfices. C'est que le pape, dans les querelles multiples qui agitaient l'Allemagne et l'Italie, venait de se déclarer pour l'empereur contre le roi de France.

Henri II quitta Châteaubriant le 12 juillet et se rendit à Nantes avec la reine Catherine et les ambassadeurs anglais.

Nous aimons à croire que le séjour de ce prince en nos murs ne fut pas étranger à la faveur qu'il accorda aux habitants de cette ville, quatre ans plus tard; nous voulons parler de l'établissement du papegault.

Ce jeu, ou plutôt cet exercice depuis longtemps connu en France (vers 1369), ne parut guère en Bretagne que vers 1407 ; il y en a même qui en retardent les commencements jusqu'au duc François II, en l'année 1460.

On appelait indifféremment papegault ou papegai un oiseau en bois, peint en vers comme un perroquet, ou en blanc comme un pigeon ; les Italiens le nommaient papa-gallo, et les Espagnols papagayo. Ce joyau était destiné à servir de blanc aux tireurs de l'arc et de l'arbalète, puis à ceux de l'arquebuse et du fusil, lorsqu'on eût adopté définitivement ces dernières armes.

L'un lui enlevait une aile, l'autre une cuisse, un troisième la tête; c'était des coups perdus. Il fallait, pour remporter le prix, abattre jusqu'au dernier morceau, de sorte que l'exercice qui commençait le premier dimanche de mai, après les vêpres, pouvait durer plusieurs semaines. Les archers s'appelaient chevaliers du papegault : ils tiraient à tour de rôle, et le vainqueur recevait, avec la récompense promise et divers priviléges, le titre de roi du papegault. Le roi de l'année précédente entrait le premier en lice et fermait chaque série de 10, de 15 et de 20, ce qui offrait beaucoup de chances pour un nouveau succès. Ce jeu martial fut adopté avec une extrême ardeur dans toute la province, où 33 villes et bourgs furent déclarés aptes à y participer. On vit les personnes les plus qualifiées, magistrats, nobles et même les ecclésiastiques, disputer le prix de l'adresse parmi les chevaliers de l'arc et de l'arquebuse, jusqu'à ce que François Ier et ses successeurs réprimâssent l'ardeur belliqueuse des gens d'église en leur défendant de s'immiscer à ce jeu.

D'abord on tira en l'air l'oiseau goupillé au bout d'une longue gaule de fer; mais dans la suite, on le tira horizontalement; et dès lors, il ne fut plus aussi facile de l'atteindre, parce qu'il ne se trouva plus accessible que par un trou de six pouces de diamètre environ, pratiqué dans un fort poteau de bois recouvert d'une plaque de fer qui lui servait de rempart.

Ces détails, empruntés à l'ouvrage de M. l'abbé Manet sur le Petite-Bretagne, donneront à nos lecteurs l'intelligence parfaite des pièces que nous allons exposer pour l'histoire du papegault en notre ville. Ces pièces sont au nombre de trois : 1° Lettres patentes de Henri II pour l'établissement du papegault à Châteaubriant, données à Villiers-Costerez au mois de novembre 1555 ; 2° un procès-verbal de plantation ; 3° un process-verbal de l'abat.







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