Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



Accueil
Chapitre II (suite)




Jusqu'alors, Geoffroy III avait été le fidèle allié de Pierre Mauclerc, mais sur la fin de sa vie, il fut forcé de rompre avec son souverain ; voici à quelle occasion.

En 1229, le duc Pierre Mauclerc, malgré tous ses barons, et hommage au roi d'Angleterre, qui lui promit son aide « envers et contre tous les Bretons ; » il reçut ensuite Henri III dans ses Etats et mit des garnisons anglaises dans plusieurs de nos places fortes (1).

Mais le peuple breton se regarda comme justement insulté par une telle conduite, et le patriotisme de Geoffroy de Châteaubriant et des autres barons se révolta à la vue des Anglais. Tous ces seigneurs se crurent alors déliés de leur serment envers un prince manifestement traître à sa patrie, et notre Geoffroy, imitant ses frères d'armes, fit hommage au roi de France pour sa baronnie de Châteaubriant, réservant toutefois formellement les droits de Jean et d'Yolande de Bretagne, héritiers présomptifs du duché (2).

Ce fut pendant la guerre qui éclata, par suite de ces affaires, entre Saint-Louis et Pierre Mauclerc, que mourut le baron de Châteaubriant. Il ne laissait point d'enfant de son mariage avec Béatrix de Montrebeau.

Décédé le 15 mars 1233, Geoffroy III fut inhumé dans l'église conventuelle de Saint-Michel-les-Monts, à Châteaubriant. Il avait de son vivant confirmé la fondation de ce monastère, faite par son père, et y avait ajouté les dîmes de la paroisse de Mazé, en Anjou, que sa femme tenait de ses ancêtres.

La dame de Châteaubriant, sa veuve, se trouvant, le jeudi après la Saint-Barnabé 1233, au couvent de Saint-Malo-de-Teillay, confirma également la donation faite par son mari aux moines de Saint-Michel, et voulut être ensevelie près de lui, dans l'église de leur prieuré.

Le plus célèbre des barons de Châteaubriant au XIIIe siècle fut sans contredit Geoffroy IV. Il était neveu du seigneur précédent, fils de son frère, nommé également Geoffroy. Né en 1216, suivant le Cartulaire de Béré, il se trouva à, l'âge de dix-sept ans à la tête d'une des plus importantes seigneuries de Bretagne, et il ne tarda pas à se montrer à la hauteur de sa position.

Plusieurs fois caution pour le nouveau duc de Bretagne, Jean Ier dit le Roux, notamment à Pontoise, en 1238, et deux ans plus tard, lorsque ce prince prêta le serment ordinaire au roi de France, Geoffroy IV vit de bonne heure augmenter sa fortune déjà considérable, par un héritage de la maison de La Guerche, issue des sires de Châteaubriant. En effet, Isabeau de Châteaubriant, dite de la Guerche, fille du fondateur de la Primaudière, avait épousé Guillaume de Thouars, seigneur de Candé ; mais n'ayant point d'enfants, ces deux époux laissèrent à leur cousin, le seigneur de Châteaubriant, leurs terres de Candé, le Lyon d'Angers, Chalain et Chanseaux (3).

Cependant les croisades enflammaient de nouveau les coeurs. Pierre Mauclerc, redevenu simple chevalier, de duc qu'il avait été, était à peine de retour d'une première expédition en Palestine (1239-1240) que le roi Saint-Louis entreprit lui-même un voyage en Terre-Sainte. Autour de ce grand roi se pressèrent naturellement bon nombre de gentilshommes ; et tout ce que la France contenait de plus distingué dans la noblesse comme dans le clergé voulut prendre la croix, à l'exemple de Louis IX.

Parmi les grands vassaux de la couronne, on remarquait Jean Ier, duc de Bretagne, et Pierre Mauclerc, son père ; et au nombre des hauts barons bretons, on distinguait le seigneur de Châteaubriant. Geoffroy IV s'embarqua donc avec le roi et Pierre Mauclerc en 1248, mais le duc Jean ne put partir avec eux. On sait quel fut le sort de cette funeste expédition d'Egypte, mais on admire encore aujourd'hui, après six siècles écoulés, l'intrépidité que déploya l'armée française à la Massoure. Parmi les guerriers qui s'y distinguèrent au milieu de tant de héros, notons avec un légitime orgueil notre ancien duc Pierre Mauclerc, expiant dans les guerres saintes les déplorables fautes de sa politique passée, et notre baron Geoffroy IV, dont le nom demeure glorieusement attaché aux plus beaux souvenirs des croisades.

Cependant la nouvelle de la ruine de l'armée française à la Massoure était parvenue jusqu'en Bretagne ; on ne tarda pas à y connaître la mort de Pierre Mauclerc et celle du baron de Vitré. Le bruit se répandit également que Geoffroy de Châteaubriand avait succombé, ainsi que beaucoup d'autres chevaliers croisés. Sibylle, que notre jeune seigneur avait épousée avant de prendre la croix, revêtit alors ses vêtements de deuil et pleura son mari. Trompée ainsi par des bruits mensongers, elle était encore dans les larmes lorsque Geoffroy IV remit le pied en Bretagne. Tout joyeux, le brave baron accourut vers Châteaubriant, et, dans son empressement d'embrasser une épouse chérie « estant tout prêt de son chasteau, il le fit savoir à sa femme. » Quelle ne fut pas alors l'agréable surprise de Sibylle ? « Remplie d'allégresse à la nouvelle d'un événement si inattendu, » la dame de Châteaubriant accourt au devant de Geoffroy, mais, hélas ! « à la rencontre et accollade, ajoute naïvement du Paz, ceste bonne dame trépassa de joie entre ses bras ; témoignage de la parfaite amitié qu'elle portait à son seigneur, mari et époux (4). » Ainsi se changea subitement en deuil le joyeux retour du baron de Châteaubriant (1250). Cette mort extraordinaire de Sibylle est confirmée par plusieurs historiens.

Geoffroy IV avait vu par lui-même en Orient les bienfaits qu'y répandait l'Ordre des Pères de la Sainte-Trinité, fondé pour le rachat des captifs chrétiens, et il savait par sa propre expérience quelle était la misère des prisonniers chez les Musulmans. Aussi, de retour dans son château, s'empressa-t-l de fonder un monastère pour les religieux de cet ordre. Ce fut sur le chemin qui conduit de la ville de Châteaubriant au prieuré de Béré que le pieux croisé construisit ce nouveau couvent. Geoffroy assigna aux Pères de la Sainte-Trinité la somme de deux cents livres de rente sur ses forges des forêts de Juigné et de Teillay (août 1252) (5).

La tradition rapporte que le seigneur de Châteaubriant fit inhumer le corps de sa femme Sibylle dans l'église conventuelle du prieuré ou hôpital de la Trinité ; il fit ensuite représenter sur les vitraux de cette église toutes les circonstances de la mort singulière de sa fidèle épouse ; le P. du Paz étant à Châteaubriant en 1602 y vit encore ces verrières historiques, comme il l'affirme dans son histoire.







Compteur