Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Chapitre I (suite)




Brient II eut deux fils, nommés Téhel et Brient ; l'aîné lui succéda. Du vivant de son grand-père Geoffroy I, ce Téhel avait figuré parmi les otages donnés par le duc de Bretagne Alain au seigneur de Vitré. Il épousa une femme nommée Bartote, et confirma avec elle et son frère Brient la donation de l'église de Janzé, faite à Marmoutiers par Raoul de Janzé (1).

J'avoue qu'il me paraît impossible de donner d'autres renseignements certains touchant Téhel et ses deux successeurs, Juhaël et Brient III. Du Paz est le seul historien qui nous parle de ces seigneurs, encore ne le fait-il que d'après la Chronique de Vitré, par Le Baud. Or, D. Lobineau met trop justement en doute les sources où a puisé ce dernier auteur pour que nous nous arrêtions à l'histoire d'ailleurs insignifiante de ces barons. Ce qui est plus certain, c'est la présence d'un Geoffroy de Châteaubriant à la réconciliation solennelle de l'église abbatiale de Redon, polluée par Olivier de Poutchâteau (2) (1127). Ce qu'il faut aussi noter, d'après Le Baud, c'est la formation d'une branche cadette de Châteaubriant, qui prit le nom de La Guerche et de Pouancé. Voici comment Juhaël, seigneur de Châteaubriant, contracta deux mariages : d'abord avec une dame dont le nom nous est inconnu, puis avec Emme de La Guerche, fille de Gauthier Hay, seigneur de La Guerche et de Pouancé. Du premier fit naquit Brient III, qui devint plus tard seigneur de Châteaubriant ; et du second sortit Guillaume qui, héritant des terres de sa mère, prit le nom de La Guerche, fut seigneur de La Guerche et de Pouancé, et devant l'auteur d'une noble et riche famille (3).

Brient III eut pour fils et successeur Geoffroy II. Ce baron présente une des belles figures de l'époque : puissant seigneur à la cour des ducs de Bretagne, il se montra brave guerrier dans les combats, fidèle jusqu'au dévouement à ses princes légitimes, et rempli de foi dans ses pieuses fondations.

Pour bien comprendre le rôle que Geoffroy II joua dans les affaires du temps, il faut se rappeler qu'à la fin du XIIe siècle, la Bretagne tomba sous la domination des Plantagenet. L'héritière du duché, Constance, épousa Geoffroy Plantagenet, fils d'Henri II, roi d'Angleterre, et ce fut une triste vie que celle de cette princesse. Elle eut de son union un fils posthume, nommé Arthur de Bretagne, pauvre enfant dont la courte existence ne fut qu'un long martyre. Poursuivie dans son veuvage par son ambitieux beau-père, remariée forcément à un favori de ce dernier, Ranulphe, comte de Chester, dont le rôle fut d'abaisser la Bretagne devant l'immense orgueil d'Henri II, Constance se vit bientôt arracher son fils d'entre les bras, et personne n'ignore l'horrible attentat de Jean-sans-Terre sur son propre neveu, ce jeune Arthur, l'espoir des Bretons.

Le seigneur de Châteaubriant se trouva glorieusement mêlé à tous ces tragiques événements. Du vivant de Geoffroy II, duc de Bretagne, il parut aux fameuses assises que ce prince tint à Rennes, en 1185, et il y reçut une copie particulière des lois qui réglaient à l'avenir les droits d'hérédité chez les grands barons du pays.

Cette haute distinction, accordée en cette circonstance au seigneur de Châteaubriant, prouve seule quel rang occupait alors sa famille en Bretagne (4). Vers la même époque, Geoffroy de Châteaubriant occupait la charge de sénéchal de la Mée ; en nous rappelant ce que nous avons dit de l'étendue de cette région, qui comprenait la meilleure moitié du Comté nantais, nous pouvons comprendre l'importance de cette charge judiciaire confiée à notre baron (5).

Au talent d'administrateur de la justice, Geoffroy II joignait, comme tous les seigneurs de son temps, la noble science des armes, et il dévoua son existence entière au soutien de la belle, mais malheureuse cause d'Arthur de Bretagne.

Conseiller intime de la duchesse Constance, près de laquelle il paraît dans de nombreuses occasions, il lui offrit un refuge dans ses terres, lorsque l'infortunée princesse se vit forcée de fuir la tyrannie du comte de Chester. La tradition a conservé souvenir de cette généreuse hospitalité, et elle rapporte que Constance demeura quelque temps cachée dans le château de Teillay, redoutable forteresse élevée par les seigneurs de Châteaubriant au centre d'une de leurs forêts. Elle en sortit malheureusement trop tôt, car elle ne tarda pas à être saisie à Saint-James-de-Beuvron, et ce fut de cette prison que la pauvre mère recommanda son cher enfant à ses fidèles barons du duché de Bretagne (6).

Vers le même temps, toutefois, l'horizon sembla s'éclaircir un instant ; la couronne ducale de Bretagne, que la mère d'Arthur lui conservait au péril de ses jours, fut solennellement assurée à ce jeune prince à Saint-Malo-de-Beignon.

Le Jour de l'Assomption (1196), en effet, plusieurs évêques et bon nombre de barons restés fidèles à leur légitime souverain se réunissent an manoir de l'évêque de Saint-Malo, près de Beignon. Le seigneur de Châteaubriant arrive des premiers au rendez-vous et y rencontre ses plus vaillants frères d'armes ; un grand spectacle s'offre bientôt à, ses yeux : caché dans cette mystérieuse forêt de Brocéliande, protégé par les évêques bretons, entouré d'une noblesse d'élite, le jeune Arthur se présente à la noble assemblée et est aussitôt salué avec des transports de joie et de vives acclamations duc de Bretagne par ses fidèles vassaux ; tous s'empressent de prêter serment entre les mains du nouveau prince ; tous jurent haine éternelle aux Anglais oppresseurs des Bretons. Ces évêques et ces barons ne se doutaient point, hélas ! qu'ils venaient de couronner l'innocente victime de Jean-sans-Terre.

Quant à Arthur, il voulut témoigner sa reconnaissance à ses fidèles serviteurs ; le dévouement du baron de Châteaubriant à la cause du droit et du malheur méritait récompense. Geoffroy II reçut de son prince la terre de Beaujé, en Anjou (7).

Peu d'années s'écoulèrent, et tout-à-coup arriva en Bretagne la nouvelle de l'horrible assassinat d'Arthur, commis à Rouen par le prince Jean, son oncle. Ce fut un cri d'indignation dans tout le duché ; les Etats se rassemblèrent en hâte à Vannes pour tirer vengeance de cet épouvantable forfait ; parmi les barons siégeant à cette assemblée, apparut aussitôt Geoffroy II ; il convenait au fidèle seigneur de Châteaubriant de venir se concerter avec les autres guerriers bretons pour venger le malheureux prince dont il avait été le soutien (8).

Dans la guerre qui s'ensuivit contre l'assassin d'Arthur et entre ses Anglais, le baron de Châteaubriant suivit Guy de Thouars, nommé régent de Bretagne par les Etats, et prit une part active au siège du Mont-Saint-Michel, où les Bretons remportèrent la victoire (9).

Au dévouement et au talent militaire, Geoffroy II joignit cette grande foi religieuse qui caractérise les plus vaillants guerriers de son époque. En 1204, « il fonda le prieuré de Saint-Michel, qui est au joignant du parc de Châteaubriant, à la vue du château. » Il dota ce nouveau monastère de bons revenus, ajoute le P. du Paz, et le donna à l'abbaye de Saint-Jacques de Montfort, récemment fondée par les seigneurs de Montfort pour des chanoines réguliers de Saint-Augustin (10).

N' aurait-il point quelque rapprochement à faire entre cette fondation du prieuré de Saint-Michel en 1204 et la prise du Mont-Saint-Michel, à laquelle prit une glorieuse part, cette même année-là, le baron de Châteaubriant ? Je suis porté à le croire ; quoi qu'il en soit, Geoffroy II mourut durant cette guerre contre l'Angleterre, en 1206. Il fut inhumé, ainsi que sa femme, nommée Guessebrune (11), dans l' église conventuelle de Saint-Michel qu'il venait de fonder, « et s'y voyaient encore leurs effigies sur une pierre tombale au milieu du chœur, » au temps d'Augustin du Paz (XVIIe siècle). Geoffroy II eut quatre garçons : Geoffroy III, son successeur ; - Brient, qui épousa Jeanne, fille d'Alphonse, roi d'Aragon ; - un autre Geoffroy, qui fut père de Geoffroy IV, - et enfin Clément, qui embrassa l'état ecclésiastique, devint ensuite chantre de l'église cathédrale de Nantes et fut élu évêque de ce diocèse en 1227. Ce prélat ne fit que passer sur le trône épiscopal et mourut l'année même de son élection, au mois de septembre (12).







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