Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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TROISIEME PARTIE.

BÉRÉ OU LA PAROISSE.




Avant la dure période dont nous venons d'esquisser le tableau, existait-il à Béré une église sous l'invocation de saint Jean ? Aucun monument ne nous en a fourni la preuve, et nous persistons à croire le contraire, malgré les affirmations gratuites et intéressées du doyen Blays, qui ne connaissait rien de nos origines historiques. Ce qu'il y a de bien certain, c'est que la donation, faite par Brient aux moines qu'il fait venir, est appelée ecclesiam prope castrum suum terramque circumjacentem, dans le cartulaire de Redon, et dans les titres de Marmoutiers, terram cujusdam proximae capellae sancti Petri. Cette église ou chapelle de Saint-Pierre, qui existait avant la construction du monastère, quelque petite, quelque humble qu'elle fût, devait être, selon nous, la paroisse primitive et, pour ainsi dire, de fondation apostolique. Elle avait son territoire et ses paroissiens ; elle avait eu ses recteurs; et les nombreux squelettes qui furent trouvés en creusant le lieu qu'elle occupait, prouvent assez qu'on y enterrait comme dans toute église paroissiale. Aussi, le premier soin de Brient fut-il d'imposer aux moines, dont il était le bienfaiteur, l'obligation de desservir la paroisse de Saint-Pierre, en attendant qu'on bâtit une autre église plus vaste pour la population qui se groupait chaque année plus nombreuse au pied du nouveau château, et qu'on y plaçât un pasteur avoué tout entier aux besoins spirituels des âmes. Les choses se passèrent ainsi. Et vers la fin de ce même siècle, qui avait vu s'élever le monastère et l'église de Saint-Sauveur, Geoffroy Ier, dit Goscho ou le Vieux, se mit à édifier dans les vastes proportions et dans la forme que nous lui voyons encore aujourd'hui, un temple qui, à cette époque, devait être sans rival dans tout le pays de la Mée. L'œuvre du seigneur de Châteaubriant fut achevée avant 1114 puisqu'il y fut enterré (1). Il dut y mettre tous ses soins, car la porte principale, les fenêtres du choeur, les colonnes et leurs chapiteaux, la voûte du clocher, témoignent hautement qu'il chercha à déployer dans le majestueux édifice toutes les ressources d'une architecture encore à l'état d'enfance. Après huit siècles d'existence, il est encore debout aussi ferme, aussi intact qu'aux jours de sa naissance, mais entouré de cette auréole de respect qui s'attache à tout ce qui a bravé les rigueurs du temps.

L'Eglise achevée, on lui donna pour patron saint Jean-Baptiste. Les Bénédictins y transportèrent le siège des exercices spirituels qui se faisaient en celle de Saint-Pierre, et continuèrent à administrer la paroisse jusqu'à ce que l'évêque fût en mesure d'y envoyer un curé, le ministère paroissial étant peu en harmonie avec la vie retirée du cloître, et les papes ayant ordonné aux religieux de se renfermer dans les murs de leurs monastères pour vaquer uniquement aux exercices de la prière. Nous ne pouvons préciser à quelle époque les curés prirent possession de Saint-Jean, ni quel en fut le premier recteur. Celui qui apparaît le premier dans l'histoire est le doyen Isaur, mentionné en 1142 dans un acte dont nous allons parler tout-à-l'heure. Les religieux de Saint-Sauveur ne se virent qu'avec peine privés de Saint-Jean ; mais ils retinrent les droits, honneurs et priviléges attachés au titre de curés primitifs qu'ils avaient possédé et exercé indubitablement, et conservèrent, dans l'antique église de Saint-Pierre, une paroisse microscopique, composée de treize ménages ; encore l'administrèrent-ils avec si peu de zèle, qu'en 1222 l'évêque de Nantes la réunissait à Saint-Jean (2).

C'était peu à leur gré. Enfants gâtés des seigneurs de Châteaubriant qui ne se laissaient pas de les combler de biens et de priviléges, ils réussirent à se faire donner, vers l'an 1142, du consentement de l'archidiacre Normand et du doyen Isaur, la chapellenie de l'église de Notre-Dame de Châteaubriant (capellaniam ecclesie S. Marie de Castello Brient), à condition que les moines paieraient à l'église de Nantes, le jour de saint Pierre, un cens annuel de 6 deniers angevins. Geoffroi, seigneur de Châteaubriant, avait remis préalablement aux mains de l'évêque tout le droit qu'il pouvait avoir en ladite église (3). Nos Bénédictins exercèrent-ils jamais la charge pastorale dans Notre-Dame ? – Nous l'ignorons. Du moins, ne l'exercèrent-ils pas longtemps. Ils s'en retirèrent avec les mêmes droits et les mêmes profits qu'en Saint-Jean, laissant le soin des âmes au recteur, qui put ajouter à son titre celui de doyen de Châteaubriant.

Et telle fut la source de tant de brouilleries et procès qui divisèrent les recteurs de Saint-Jean et les religieux de Saint-Sauveur, tant que ceux-ci demeurèrent à Béré.

Le doyenné de Châteaubriant forma primitivement, avec celui de la Roche-Bernard, l'archidiaconé de la Mée. A partir du XVe siècle, une nouvelle subdivision topographique du diocèse imposa le nom de Climat de la Chrétienté aux deux doyennés de Nantes et de Châteaubriant réunis. Enfin, pendant les deux derniers siècles, le nom de Doyenné ou de Climat de la Chrétienté ne désigna plus que celui de Châteaubriant. Nous allons la faire connaître, en traitant successivement de l'administration temporelle et spirituelle de la paroisse de Saint-Jean-de-Béré, depuis 1506 (4) jusqu'au moment où, scindée en deux parties, Béré devint succursale de Saint-Nicolas : ce qui comprend un espace de 350 ans. Une troisième section comprendra tout ce que nous aurons à dire sur l'instruction publique.







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