Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



Accueil
Chapitre II (suite)




Après avoir banni les prêtres fidèles, on s'attaqua aux religieuses. Le maire, accompagné de six officiers municipaux, se transporta à l'hospice pour y recevoir le serment civique des dames Marie-Magdeleine Boullefroy, religieuse de Saint-Thomas : toutes le refusèrent. Considérant que d'autre part, le refus de ces dames d'assister aux offices célébrés par le curé constitutionnel était d'un mauvais exemple pour les pauvres et les enfants de cette maison, le maire proposa d'accepter la démission qu'elles avaient plusieurs fois offerte, et de les remplacer par Mlles Maupas et Gallonier, qui se proposaient de venir de Rennes pour administrer cet hospice, moyennant un traitement annuel, ce qui fut adopté.

Vint le tour de l'école charitable qui, depuis sa fondation, n'avait pu réussir à dissiper les préventions, et à éteindre l'animadversion de l'administration municipale. La courageuse Magdeleine Préau, qui en était sous-directrice, était restée sur la brèche jusqu'au dernier moment, cachant les prêtres, procurant aux fidèles le secours de leur ministère, s'exposant à toutes les fatigues et à tous les dangers. Le directoire du district, beaucoup plus modéré, l'avait même protégée ; mais la municipalité, ne voyant dans cette pauvre fille qu'une fanatique, qu'un serpent séducteur, capable, par ses opinions religieuses, de faire beaucoup de mal et de soulever le peuple contre les prêtres constitutionnels, vint à bout de la chasser. « Non, s'écrie-t-on dans le procès-verbal d'accusation rédigé à cet effet, ce monument d'aristocratie (l'école charitable) ne subsistera pas plus longtemps. Ce ne seront plus des aumônes qui feront face aux dépenses de l'éducation publique. On ne verra plus quelques êtres privilégiés s'énorgueillir de quelque somme d'argent, et de persuader aux malheureux dont ils flattaient la fainéantise qu'ils faisaient le bonheur de l'humanité. On ne souffrira pas que des femmes, sans étude comme sans expérience, administrent des remèdes dont elles ne connaissent ni l'application ni la propriété. C'en est fait de ces personnes du sexe, prétendues pieuses, qui ont donné l'exemple de la résistance aux lois ; elles n'administreront plus les établissements publics, de quelque nature qu'ils soient. » A la bonne heure ! mais, citoyens administrateurs, que mettrez-vous à la place de ce que vous détruisez et de ce que vous chassez ? Vous qui n'avez jamais su fonder aucun établissement, pas même payer un maître d'école pour vous apprendre à signer !! nous allons vous voir à l'œuvre ; vous allez bientôt nous montrer quel pain vous savez donner au peuple, et quelles mains vous avez trouvées pour soigner ses malades !

Nous avons dû anticiper quelque peu sur les événements de cette année, afin de na point interrompre le récit en ce qui concerne le mouvement religieux. Reprenons les faits où nous les avons laissés.

30 juin 1791. – Les emprisonnements, visites domiciliaires et autres vexations auxquelles on s'était livré à l'occasion de la fuite du roi, avaient jeté un profond mécontentement dans une grande partie de la population. L'on était particulièrement irrité contre deux citoyens, *** et ***, qui, paraît-il, s'étaient montrés plus ardents à poursuivre les suspects. L'exaspération en vint au point que la vengeance populaire allait se livrer à des actes de violence contre les personnes, leurs maisons et leurs biens, si ces deux individus n'avaient pris la fuite. Ils se réfugièrent chez les bons patriotes de Martigné. Cependant les administrateurs du directoire du district, qui vivaient en assez mauvaise intelligence avec les municipaux, n'étaient pas sans craintes sur les suites que pouvait avoir cette retraite force. Ils disputèrent le maire et quelques officiers municipaux à Martigné et à La Guerche, pour empêcher les gardes nationales de ces deux localités de se jeter sur Châteaubriant. Le maire, rendant compte de sa mission, répondait de La Guerche aux administrateurs effrayés :

« Il était temps d'agir, car, à une demi-lieue de Martigné, nous avons rencontré 300 hommes armés, bien disposés à maintenir l'ordre et résolus d'éloigner de nous les ennemis de la chose publique, qui malheureusement soufflent encore parmi nous le feu de la discorde et de la guerre civile. Les raisons que nous avons données à nos frères de Martigné n'ont fait que suspendre leur marche ; mais s'ils savaient que les jours de M. X***, ceux de sa famille et de tout autre partisan de la Révolution fussent en danger, la complaisance qu'ils ont mise à s'en retourner se convertirait bientôt dans le vengeance la plus sanglante.

» Nous avons continué notre route jusqu'à La Guerche, où nous avons pu admirer le courage d'une multitude de jeunes gens prêts à voler à notre secours. Nous ne pouvons vous dissimuler qu'il ne nous sera possible d'arrêter la garde nationale de La Guerche, que lorsque vous nous aurez assuré que tout est rentré dans l'ordre, et que M. X***, sa maison et tous les amis de la Constitution n'ont aucun danger à courir de la part de ceux que les ennemis secrets de la chose publique pourraient mettre en activité. »

Le directoire écrivit, en effet : « le calme est rétabli et les citoyens rentrés dans l'ordre ; ramenez ces Messieurs avec vous et qu'il ne soit plus question de rien. »

Les esprits n'en étaient pas moins agités ; la division était partout. La mairie, qui avait reçu quelques mortifications de la part du district, voulut donner sa démission. En vain le procureur de la commune s'opposa à cette résolution ; elle défendit aux officiers de la milice d'obéir aux ordres du district et persista à se retire. La Société populaire des amis de la constitution intervint à son tour, et représenta que ce n'était pas le moment d'abandonner ses fonctions, puisqu'à chaque instant on craignait de voir éclater une insurrection. Ces motifs triomphèrent, et la municipalité consentit à rester à son poste.

La ville retrouva donc quelques moments de calme ; les magistrats résolurent d'en profiter, autant pour faire diversion aux émotions par lesquelles on venait de passer, que pour tâcher de réconcilier les esprits récalcitrants avec l'heureuse révolution, qui avait tant de peine à s'implanter sur le sol si royaliste de la France. L'année précédente, Paris avait fait sa fédération au milieu d'un enthousiasme qui tenait du délire. Les députés que Châteaubriant avait envoyés à cette fête avaient dû faire passer dans tous les cœurs l'enthousiasme qu'ils en avaient rapporté. Châteaubriant voulut dons avoir sa fédération. Ici, notre rôle est simple ; nous ne ferons que copier servilement la relation qui existe sur le registre municipal, laissant au rédacteur toute la responsabilité de sa prose, dans la crainte d'en affaiblir l'effet.







Compteur