Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Chapitre IV

Françoise de Dinan

1444-1451.




Pour sauver au duc l'odieux de l'arrestation de son frère, le roi se chargea de la faire effectuer aussitôt que François serait rentré en Bretagne. Il envoya à cet effet quatre cents lances, sous la conduite de l'amiral Prigent de Coëtivy ; « Lesquels, le dimanche 26e jour de juin 1446, arrivèrent au Guildo, et, trouvant ce jeune prince (Gilles de Bretagne), jouant à la paulme en la cour du château, demandèrent à entrer, et dirent de la part de qui ils étaient envoyés.

Quant il sut qu'ils venaient de la part du roi (de France), il fit ouvrir les portes, leur disant qu'il fussent les bienvenus, et demanda des nouvelles de la disposition du roi, son oncle. Il fut bien étonné quand il sut la commission dont ils étaient chargés, et qu'ils étaient venus pour le faire prisonnier. Leurs exploits furent qu'ils se saisirent des clefs, pillèrent indignement sa vaisselle d'argent, ses bagues et joyaux qu'ils trouvèrent, sans rien épargner ni respecter, ni sa femme, ni sa belle-mère, Catherine de Rohan. Puis, l'ayant saisi, le menèrent à Dinan devers le duc son frère, qui ne le voulait point voir, et commanda soudainement qu'il fût mené à Rennes, et de là à Châteaubriant, lui faisant changer de gardes et de places de jour en autre. »

Après avoir emprisonné son frère, le duc de Bretagne confisqua tous ses biens et tous ceux de Françoise de Dinan. Il jouit donc pendant plusieurs années de la baronnie de Châteaubriant, car, pour ne pas être obligé de la restituer à Françoise, il s'assura de la personne de cette jeune fille, qui fut pendant plus de quatre ans « détenue » par ses ordres. Bien plus, il fit saisir tous ses joyaux et plaça cette pauvre enfant, déjà si malheureuse à dix ans, près de la duchesse de Bretagne, mais sous une surveillance continue.

Cependant le connétable de Richemont était accouru à Dinan pour empêcher l'arrestation de son neveu, mais ce fut en vain ; arrivé trop tard, il ne put rien sur l'esprit de François I. Ce denier fit venir près de lui Olivier du Breil, procureur général de Bretagne, et lui ordonna d'instruire le procès de son malheureux frère. A la prière du connétable, le duc consentit à une entrevue avec Gilles ; toutefois cet entretien n'eut point de suites, et le prince captif fut conduit à Redon, où les États furent aussitôt convoqués. Cette assemblée solennelle s'ouvrit le 31 Juillet ; le connétable voulut y assister pour défendre son neveu, que le duc accusait de trahison, de lèse-majesté et de plusieurs autres crimes. Beaucoup de seigneurs et quelques membres du clergé se joignirent à Richemont, et protestèrent contre le procès intenté à Gilles de Bretagne, soutenant que François I ne pouvait condamner son frère sans l'entendre. Les Etats refusèrent en conséquence de juger l'accusé, et se réservèrent même, par leur délibération, de demander ultérieurement la grâce de Gilles, s'il était reconnu coupable. Les ennemis du prince durent donc renoncer pour le moment à leurs accusations, mais ils firent en sorte que Gilles demeurât toujours en prison, remettant à une autre fois l'exécution de leurs noirs desseins. Quant au connétable, se promettant de rompre à l'avenir toutes leurs autres entreprises aussi aisément que celle-ci, il quitta Redon et regagna sa terre de Parthenay.

L'année suivante, François I se rendit près du roi de France, à Razilly, non loin de Chinon, et continua d'indisposer Charles VII contre son frère, le représentant comme l'ami des Anglais. De retour en Bretagne, le duc vint à Châteaubriant et y fit venir Gilles, contre lequel il voulut que du Breil fît de nouvelles informations ; mais ce magistrat, aussi courageux qu'intègre, déclara à François qu'il ne pouvait condamner son frère. Ce fut alors que le duc se rebuta des procédures, et chercha d'autres moyens de se défaire de Gilles.

Il communiqua donc ses horribles desseins à ses affidés, Olivier de Méel et Jean Hingant ; toutefois, ce dernier recula devant un tel crime, et quitta la cour. Quant à Olivier de Méel, il se chargea volontiers, avec Robert Roussel, de la garde du prince prisonnier, espérant trouver ainsi plus facilement l'occasion de le faire mourir. Il essaya d'abord le poison, et envoya à cet effet Jean Rageart jusqu'en Lombardie pour en rapporter des drogues détestables. On les fit prendre au malheureux Gilles, mais la force extraordinaire des son tempérament le sauva, et ses bourreaux ne purent le tuer ainsi.

Cependant on travaillait, en Angleterre comme en France, à la délivrance du prince ; les Anglais menacèrent d'envahir la Bretagne si on ne le relâchait pas. François I, effrayé, envoya en toute diligence le chancelier de Bretagne à Châteaubriant, pour qu'on s'y tînt prêt contre l'ennemi ; mais cette intervention des Anglais n'eut point d'autre résultat que d'irriter de plus en plus le duc de Bretagne contre son frère. L'appui du roi de France semblait devoir être plus utile au prince infortuné.

De Moncontour, où il était alors détenu, Gilles adressa à Charles VII, en effet, une requête où il lui faisait connaître qu'Olivier de Méel, après l'avoir fait maltraiter par ses satellites, le tenait depuis dix jours, dans une basse-fosse. Cette requête que Guillaume de Rosnyvinen, seigneur du Plessis-Gueriff et chambellan du roi, appuya généreusement de vive voix et par écrit, émut tout le conseil de Charles VII, et le roi ordonna à l'amiral de Coëtivy de se rendre en Bretagne pour y réclamer du duc la délivrance du prince Gilles .

Prigent de Coëtivy n'arriva à Vannes qu'au mois de Mai 1440, il y trouva François I qui fut forcé de lui donner tous les ordres nécessaires pour mettre son frère en liberté. Mais à peine l'amiral fut-il parti pour Moncontour, où se trouvait encore Gilles, que le duc reçut une fausse lettre du roi d'Angleterre, fabriquée par un scélérat nommé Pierre La Rose. Conçue avec un art infernal, cette lettre était une sommation au duc de Bretagne, de la part du roi d'Angleterre de lui rendre monsieur Gilles, chevalier de l'ordre de la Jarretière et connétable d'Angleterre. Le duc n'eut pas plutôt reçu cette lettre qu'il envoya en poste défendre aux gardes de Moncontour de délivrer son frère, quelque ordre qu'on pût leur montrer de sa part. L'amiral fut étrangement surpris à cette nouvelle, mais il n'eut pas le courage de se rendre près du duc de Bretagne pour s'expliquer avec lui ; il se hâta de quitter Moncontour sans chercher à approfondir cette odieuse affaire, et laissa la victime en proie à ses bourreaux.

Ceux-ci, enhardis dans leurs criminels projets, firent transférer le prince Gilles de Moncontour à Touffou d'abord, puis au château de la Hardouinaye.

On ne peut s'empêcher de réfléchir tristement en voyant la translation successive du pauvre prisonnier dans les châteaux dont il s'était emparé en enlevant Françoise de Dinan qui les possédait alors ; il semblait vraiment que Dieu voulût punir le malheureux jeune homme de ses ambitieuses violences, en le laissant souffrir dans les cachots de Châteaubriant, du Guildo et de la Hardouinaye, héritages de celle dont il voulait faire sa femme en dépit d'elle-même.







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