Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Notes

et pièces justificatives (suite)




Décharge d’impôts accordée par la duchesse Anne, en faveur
des paroissiens de Saint-Jean-de-Béré, 15 nov. 1490.

Anne, par la grâce de Dieu, duchesse de Bretaigne, comtesse de Montfort, de Richemond, d’Estampes et de Vertus, à nos amés et féaulx Jehan de l’Espinay, notre conseiller, trésorier et receveur général, et Jehan Pageau, Jamet Boullay, Jehan Jahin et autres qui par avant ces heures ont été nommés et depputés à la récepte des fouaiges, souldais, emprunts et avances ordonnés tant par feu mon très-redouté seigneur et père le duc, que Dieu absolve, durant sa vie que dempuis par nous être levés en l’evesché de Nantes, salut.

De la part de nos poures subjets les paroessiens contribuants à fouaige de la paroesse de Saint-Jehan de Béré-lès-Chasteaubriand nous a été en suppliant exposé que par avant ces heures, et dès le vingt-cinquième jour de juillet derrain passé, sur la remonstrance qu’ils nous firent des grans pouretés, deppopulacions, brullements de maisons et indigences de biens, en quoy ils étaient constitués à l’occasion des guerres et divisions qui avaient en cours en notre pays et duché, il nous plût leur fournir et mettre en depport tout le reste qu’ils nous demouraient devoir par chacun des d. fouaiges, souldais, emprunts et avances précédans l’avance de quatre livres dix souls par feu lors dernièrement ordonnés être levés ès sepmaines de Pasques et de la Penthecoste, et ce, sans défrays ne préjudices au depport par avant celles heures par nous leur fait sur la d. advance de quatre livres dix souls par feu. Oultre, nous ont les d. exposans remonstré les grans pouretés, maux, dommaiges, pilleries et dépopulacions qu’ils ont incessamment eues, soustenues et portées en plusieurs et diverses manières à l’occasion des d. guerre et divisions, et comme par les François et les gens de guerre tenans notre parti, ont été brullés et démolies en ladite paroesse onze-vingts-saeze maisons ; au moyen de quoy la d. paroesse est diminuée de quarante-six à sept feux ou environ. Nous suppliant très-humblement sur le tout des d. fouaiges, souldais, emprunts et avances, etc., précédans la d. avance de quatre livres dix soulz, leur faire rabat et descharges à notre bon plaisir, et en parsus leur faire tel rabat des feux de la d. paroesse que verront à raison appartenans.

Savoir faisons que nous, les d. choses considérées, ayant pitié et compassion des d. exposans, ne voulant eux, ne autres nos subjets, estre du tout destruit, mais leur subvenir et aider à leurs urgentes nécessités, et pour autres causes à ce nous mouvans, avons aux d. exposans, après toutes enquestes faites de notre autorité touchant ce que dessus, rabattu et deschargé, rabatons et deschargeons par ces présentes tout reste en quoy ils nous peuvent estre debteurs à cause des d. fouaigues, souldais, emprunts et avances précédans la d. avance de quatre livres dix souls par feu, et en attendant, faire besongner à la réformacion des feux de la d. paroesse, ce que entendons faire faire dedans brief temps ; leur avons pareillement rabattu et deschargés, rabatons et deschargeons par ces d. présentes la tierce partie de ce présent fouaige de huit livres huit souls par feu, dernièrement par nous et nos Etats ordonnés à Rennes. En vous mandant et mandons à chascun de voir comme à lui appartient ces présentes lettres, souffrir et laisser entièrement et paisiblement jouir les d. exposans, cessans tous empeschemens au contraire. Et rappelant ces présentes avec quittances pertinant les d. restes des d. fouaiges, souldais, emprunts et avances précédans la d. avance de quatre livres dix souls par feu avec la d. tierce partie de ce présent fouaige de huit livres huit souls par feu, selon qu’ils pourront monter valloir vous vaudront et seront à chacun de vous, quant mestier en aurez alloué et passé clère mise et descharge à vos comptes par nos bien amés et féaulx conseillers les gens de la chambre de nos comptes, ausquels membres commandons expressément ainsi le faire sans aucun reffus ni difficulté, nonobstant quelsconques mandemens……états de finances ou autres choses faites ou à faire à ce contraires. - Et voullons que au vidimus de ces présentes retenu soubs la marche des notes de notre conseil, foy pleinière soit adjoustée comme à ce présent original. Car il nous plaist.

Donné en notre ville de Rennes le quinzième jour de novembre l’an mil quatre cens vingt et dix.

ANNE.

Par la Duchesse, de son commandement.

(Tiré des archives de la mairie de Châteaubriant.)




Légende de la dame de Vioreau.

En donnant la légende de la dame de Vioreau, nous pensons que si elle n’est pas un fait de date et d’auteurs antérieurs à l’histoire qui nous occupe, elle n’est alors qu’une entrefaçon du récit de nos romanciers touchant la mort tragique de la dame de Châteaubriant. La voici telle qu’elle nous a été racontée par M. Vrignaud, ancien curé d’Abbaretz, qui l’avait recueillie dans la paroisse de Joué, pendant qu’il y était vicaire.

En ce temps-là, dit la chronique, le sieur de Vioreau avait une épouse dont la conduite n’était pas précisément un modèle de fidélité conjugale. Franchaulet, page favori de la châtelaine, abusant de la confiance de son maître, avait fini par la séduire. Longtemps les deux coupables avaient réussi à tromper la vigilance du sieur de Vioreau, lorsque Franchaulet, qui n’était qu’un mauvais sujet, ne se croyant pas tenu à plus de constance pour l’objet de sa passion que la femme infidèle pour son mari, se lassa du joug et vola à de nouvelles conquêtes : Inde irœ. La dame de Vioreau ne put l’apprendre sans dépit, et la jalousie soufflant en son cœur ses noirs poisons, lui inspira le désir d’une vengeance qu’elle crut non moins sûre que prompte. Elle fait venir le misérable Franchaulet et lui remet un message avec ordre de la porter au plus vite au gouverneur de Nantes. Franchaulet part sans retard comme sans défiance, emportant sa propre condamnation : car, dans la lettre, la dame de Vioreau demandait au gouverneur d’arrêter le porteur et de la faire pendre incontinent sans autre forme de procès.

Cependant, tout était en rumeur à Vioreau ; le départ subit du favori, la colère de la dame avaient donné l’éveil au mari qui, à force de recherches, avait surpris le secret de l’épouse coupable. Aussitôt il mande au gouverneur de Nantes en faisant hucher de montagne en montagne : ne pendez Franchaulet que le sire de Vioreau n’y soit. Lui-même, il monte sur son plus agile destrier et arrive à Nantes, où il trouve Franchaulet prisonnier et dans les terreurs de la mort qui le menace.  « Franchaulet, lui dit son maître, je te promets la vie d’abord et ma faveur ensuite, si tu me dis toute la vérité. » Le vilain ne se fit pas prier : non content de trahir sa maîtresse, il ne craignit pas de dévoiler ses propres infamies pour assurer sa grâce et gagner l’amitié du baron irrité. Celui-ci désormais, instruit de la conduite criminelle de sa femme, s’en retourna dans on château, méditant sa vengeance.

A quelque temps de là, il se donna une grande fête au château de Blain : toute la noblesse du pays y accourut, le sire de Vioreau y vint aussi avec sa compagne. Les danses commencèrent de bonne heure et se prolongèrent toute la nuit. Notre sire, qui avait réservé toutes ses forces pour ce moment, fit danser la comtesse avec un empressement tel qu’il ne permit à aucun autre seigneur de la remplacer près d’elle, et qu’il ne lui laissait de repos que pour recommencer la danse avec une nouvelle fureur. Et quel repos ?

Il la faisait asseoir à dessein sur un fauteuil de marbre, espérant bien que la fraîcheur traîtresse de la pierre servirait mieux ses projets de vengeance que tout autre moyen plus violent.

Il ne se trompa point. Peu après, en effet, la dame de Vioreau allait de vie à trépas et l’infâme Franchaulet, comblé des faveurs de son maître, reçut encore de lui, comme don de dernière volonté, un fief, situé non loin du château de Vioreau, qui porta le nom du traître et s’appelle encore aujourd’hui Franchaud.

Telle est la légende toujours vivante en ces lieux, témoins des faits vrais ou faux qu’elle raconte : Est-ce un fait réel ? est-ce une allusion à la conduite et à la fin tragique de notre célèbre Françoise ? n’est-ce qu’un conte ? Ce sera ce que voudra le lecteur.







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