Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Chapitre I (suite)




Le procureur de la commune se crut obligé de mieux réchauffer l'enthousiasme patriotique :

« Braves militaires, s'écria-t-il, le serment que vous allez faire a été prêté dans toutes les parties du royaume. C'est un moyen infaillible d'attacher de plus en plus les Français à la constitution du royaume, dont le roi est déclaré chef. Il resserrerait encore, s'il était possible, les liens étroits qui unissent les citoyens de cette ville.

Si l'on pouvait croire qu'il restât encore des aristocrates, ils seraient pour toujours déconcertés par l'appareil majestueux et imposant de votre serment. Qui oserait tenter de pénétrer dans ce bataillon carré ?

Nous applaudissons très-sincèrement à votre démarche, dictée par le patriotisme dont vous nous avez si souvent donné des preuves. Et pour célébrer la séance royale à jamais mémorable du 4 de ce mois, pour reconnaître les soins que vous apportez incessamment au maintien de la tranquillité publique, pour assurer indissolublement notre amitié fraternelle, je requiers qu'il soit chanté un Te Deum et dressé un feu de joie. »

Le serment fut prêté individuellement par les officiers et les militaires ; après quoi, on se rendit à la chapelle Saint-Nicolas, où fut chanté l'hymne d'actions de grâces ; enfin, le feu de joie fut allumé aux cris mille fois répétés de Vive le Roi ! ce cri d'une âme naturellement française, et qui fut toujours la consécration de la joie la plus pure comme des plus héroïques dévouements.

En même temps que les vieilles institutions monarchiques, les institutions religieuses allaient s'abimer dans le gouffre qui chaque jour se creusait plus profond sous les coups de leurs ennemis. Les pages du cahier municipal se couvrent, à cette époque, des déclarations que viennent faire les titulaires des revenus et des charges de leurs bénéfices, et aussi des décrets de l'Assemblée nationale, qui se multiplient avec une telle rapidité que le secrétaire ne suffit plus à les enregistrer.

6 mai 1790. - Le maire, le procureur et M. Bruneau étaient allés à Nantes, où s'étaient assemblés les députés des communes pour choisir les administrateurs des districts. Le maire, MM. Bruneau et Lejeune de la Grée (1) furent nommés membres de l'administration du district, et M. Méaulle fut nommé au département. A son retour de Nantes, M. Fresnais de Lévin rendit compte de sa députation et ajouta :

« Qu'il me soit permis, Messieurs, de regretter un ami, un collègue, dont les lumières et les rares talents vous étaient si utiles et m'étaient si nécessaires. Du moins, je n'oublierai pas qu'il fut notre collègue chéri, et que nous avons été les premiers à lui rendre cette justice qu'il vient d'obtenir si généralement, si éminemment sur un plus grand théâtre. »

M.Méaulle répliqua qu'il n'entreprendrait pas de répondre au rapport que l'on venait de faire en ce qui lui était personnel, et qu'il n'était point digne des éloges que M. le Maire voulait bien lui donner.  « Je ne dissimule point que j'ai été très-sensible à ma nomination au département de la Loire-Inférieure, mais revenu au milieu de vous, Messieurs, il ne me reste que des regrets. Un seul espoir me console, c'est celui d'entretenir avec vous un rapport, une correspondance intime. Recevez mes remerciements de l'office de procureur de la commune, qui m'avait été confié par nos concitoyens. Mais n'oubliez jamais que je saisirai toujours l'occasion de servir la patrie que j'ai adoptée depuis dix ans. »

25 mai. - Il fallait procéder au remplacement de MM. Fresnais, Méaulle et de trois officiers municipaux. Tout se passa comme au 18 janvier. M. Margat fut élu maire ; M. Augeard, avocat, fut élu procureur de la commune, et MM. Lambert, Guiet et Charrier, officiers municipaux.

On avait voulu troubler les directrices de l'Ecole charitable dans l'exercice de leurs fonctions ; le peuple, dont elles instruisaient les enfants et soignaient les malades, se souleva, et quand les délégués du Directoire se présentèrent pour faire la visite de l'école, ils trouvèrent une troupe considérable de femmes armées de pierres et de bâtons qui leur firent rebrousser chemin. Il fallut une brigade de la maréchaussée pour protéger les officiers municipaux qui se présentèrent à leur tour.

Le 14 août, le Conseil général de la commune autorise les officiers municipaux à acquérir les biens nationaux, ci-devant ecclésiastiques, et à faire, en conséquence, leur soumission pour et au nom de la commune. L'état de ces biens était porté, en principal, à la somme de 166,960 livres, et en intérêts, à 8,348 livres.

Installation solennelle du nouvel ordre judiciaire, avec messe du Saint-Esprit et chant du Te Deum. Les juges étaient :
MM. Méaulle, Ernoul, Fresnais, Potiron, Lejeune.

M. Le Minihy présente des lettres patentes qui le nomment commissaire du roi près le tribunal du district.

M. Paul-Joseph-Marie Ernoul est installé juge de paix le 18 décembre, après avoir prêté le serment.







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