Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Chapitre IV (suite)




MAISON DE VILLE.




Le lieu où s'assemblèrent d'abord les habitants de la ville, réunis en corps politique pour délibérer sur leurs affaires communes, fut le logis du sénéchal, qui les présida jusqu'au moment où parurent les maires. Mais quand le seigneur de Châteaubriant eût aliéné son auditoire et ses prisons, situés sous et joignant les halles, pour les transporter au-dessus de la porte Neuve, dans la tour contiguë, les réunions de la communauté se tinrent dans la principale salle de l'auditoire qui porta, pour cela, le nom d'Hôtel-de-Ville. Plus tard, par arrêt du Conseil, les assemblées eurent lieu chez le maire ou chez le syndic, puis de nouveau dans l'auditoire du seigneur. On conçoit combien les affaires et les archives devaient souffrir de ce manque de maison commune. On en sentait bien les inconvénients, et à l'occasion, on les signalait, on fit même des démarches auprès de l'intendant pour bâtir une mairie sur l'emplacement de ce que l'on appelait l'ancien Collège, situé près de la Poterne. Mais ce projet, quoique sanctionné par l'autorité supérieure, n'avait pu être mis à. exécution, la ville n'ayant que des dettes. Le défaut d'un local assez spacieux, le défaut de liberté, si nécessaire aux assemblées délibérantes, n'étaient pas les seuls inconvénients à cet état de choses. Les divisions sans cesse renaissantes entre les deux ordres civil et judiciaire qui gouvernaient la petite ville, durent faire sentir à la municipalité quelle faute elle avait commise en ne sauvegardant pas tout d'abord son indépendance. C'était le 17 novembre 1781. La naissance d'un dauphin donnait lieu à de grandes réjouissances. Mais le corps municipal n'avait plus de canons ; les officiers du prince les regardant comme une propriété seigneuriale, les lui avaient enlevés. Il avait fallu s'en procurer d'autres, mais ils n'étaient pas arrivés. - D'un autre côté, M. le Doyen avait refusé de retarder d'un jour le chant du Te Deum. Et pourtant l'on ne voulait pas fraterniser avec la coterie seigneuriale. On s'adressa donc aux Trinitaires, qui prêtèrent leur chapelle : ils la décorèrent magnifiquement et chantèrent eux-mêmes le Te Deum en musique. Puis ils offrirent une collation au corps municipal et aux notables et distribuèrent même du vin aux soldats de la milice bourgeoise. Mais les juges ne parurent pas à la solennité.

Le soir - c'était un lundi - toutes les boutiques furent fermées, les fenêtres illuminées ; un nouveau banquet donné à l'Hôtel-de-Ville ; un feu d'artifice fut tiré et du vin distribué à tout le peuple. « Voilà, dit le procès-verbal de la commune avec un amphase mal déguisé, voilà les seules preuves que les fidèles sujets de Sa Majesté, les habitants de la ville de Châteaubriant, ont pu donner de leur amour immortel pour le sang sacré de leur roi ! »

Huit jours plus tard, quand le corps municipal, le maire en tête, se présentait pour délibérer dans le lieu ordinaire de ses séances, il le trouvait occupé par l'alloué, le substitut et le grenier de la baronnie, qui dressaient le rôle routier de la ville et déclarèrent que si Messieurs de la communauté voulaient tenir leur séance, ils étaient libres de le faire ; que pour eux, ils entendaient continuer leur opération. Comme les délibérations devaient être secrètes, le maire et son conseil durent se retirer, en protestant qu'ils allaient se pourvoir vers l'intendant.

Deux jours après cette avanie, les échevins se présentaient de nouveau à la porte de leur Hôtel-de-Ville, qu'ils trouvèrent fermée. Sommé de donner les clefs, le grenier de la baronnie répondit que défense lui avait été faite de s'en dessaisir. Sur ce, on vit la communauté s'installer à la porte de l'auditoire et y lire les paquets reçus, afin de ne pas retarder l'expédition des affaires. - Les juges satisfaits de leur triomphe laissaient, quelques jours après, la communauté rentrer dans le lieu habituel de ses séances. Mais quelle humiliation ! quelles sourdes colères de pareils procédés ne devaient-ils pas amasser dans les cœurs ! Si je me suis arrêté à décrire cette querelle de ménage, c'est qu'avec toutes celles qui l'ont précédée, elle a dû, en ulcérant les cœurs, en rendant de plus en plus profonde la division entre les vassaux et les seigneurs, préparer les terribles vengeances auxquelles nous allons bientôt assister.

Dans ce siècle où le moindre incident donnait lieu à un procès, on se tromperait si l'on croyait que la querelle était terminée. Les juges se plaignant d'avoir été troublés dans l'exercice de leurs fonctions, avaient dressé un procès-verbal et, deux ans après l'événement, envoyaient une signification par huissier à la communauté. La ville se fit autoriser à soutenir un procès dans lequel elle revendiquait la propriété de la porte, de la tour et des murs sur lesquels, disait-elle, elle avait eu la faiblesse de laisser le prince bâtir l'auditoire. Grande fut la colère du seigneur baron, duquel la ville dépendait en tant de manières, et d'ailleurs les prétentions de la ville étaient trop peu fondées pour être soutenues. Le résultat fut que la communauté, déboutée de ses prétentions et décidément mise à la porte, se trouva réduite à chercher ailleurs un asile.

Elle afferma, au prix de 150 livres, une partie de la maison de M. François Guérin, maître en chirurgie. Cette maison, dont la façade donnait sur la place Saint-Nicolas, avait par derrière un jardin aspectant la place de la Motte ; il fut stipulé que, les jours d'assemblée, les membres du Conseil auraient le droit, de s'y promener. Nous insistons sur ce détail, afin que le lecteur se fasse une juste idée de ce lieu, où se passera bientôt un drame sanglant qui ne contribua pas peu à exaspérer les partis. - Cette maison servit de mairie jusqu'au 20 prairial an II (1794), où on la transféra dans la maison de M. de la Bothelière, par droit de réquisition.

Longtemps encore la ville cherchera en vain à se donner un Hôtel-de-Ville. En mars 1791, on crut y être arrivé. Pendant qu'on réparait l'horrible casse-cou qui servait de chemin depuis le faubourg Saint-Michel à la porte du même nom, on découvrit sous des terres rapportées une immense quantité de belles pierres provenant de plusieurs ouvrages de maçonnerie (1). On résolut de les employer à bâtir un Hôtel-de-Ville. On fixa la tour Saint-Jean comme le lieu le plus convenable et le plus économique, vu qu'il s'y trouvait des murs très-solides, sur lesquels il serait facile d'élever des appartements. Ce fut M. l'abbé Dauffy, desservant de Moisdon, qui fut chargé de faire le plan avec le devis des travaux. Le plan fut dressé, en effet (2), et il existe encore dans les cartons de l'Hôtel-de-Ville ; mais il ne put être exécuté, parce que les ouvriers, à cette nouvelle, se rendirent en masse à la. tour Saint-Jean et la démolirent toute entière, sans en avoir reçu l'ordre. Ce ne fut qu'en 1850 que la ville, ayant acheté un terrain convenable en dehors des murs, réussit enfin à édifier une mairie avec une halle pour les grains. M. Chénantais qui en fut l'architecte : le devis s'éleva à 42,062 fr.


Liste des procureurs-syndics et maires de la ville de Châteaubriant, depuis l'institution de la communauté jusqu'à nos jours.

  • 1587. - Jan de Coussy, sieur de la Mathaudaye.
  • 1590. - Pierre Bouschet.
  • 1591. - Françoys Aubin, sieur de la Confordière.
  • 1592. - Julien Raguydeau, sieur du Chesne-Vert.
  • 1593. - Jan Daguyn, sieur du Clos au Potier.
  • 1594. - Id. id.
  • 1595. - Id. id.
  • 1596. - Louys Hudhomme, sieur de Loirye.
  • 1597. - Pierre Moyson.
  • 1598. - René Hamel, sieur de la Grand-Haye.
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  • 1657. - Pierre Legrand, sieur du Moulin-Neuf.
  • 1661. - Delaunay-Aubin.
  • 166.. - De la Tousche-Aubin.
  • 1666- - Jan Aubin, sieur de Launay.
  • Jan-Philippe Leray, sieur de la Courjonnays.
  • 1667. - De la Tousche-Aubin, réélu.
  • 1675. - De la Bossardière.
  • 1685. - Rondel.
  • 1689. - Yves Haicault, sieur du Breil.
  • 1694. - Le même, avec titre de maire.
  • 1703. - Toussaint Haicault, sieur de la Jambuère.
  • 1718. - Leray, sieur des Guillardais.
  • 1721. - René Yrou, sieur de la Cantrais, démissionnaire.
  • 1723. - Jolly de la Roussière.
  • 1723. - Joseph Yrou de la Buffrays.
  • 1724. - Jolly de la Roussière, réélu.
  • 1730. - Du Breil du Châtelier.
  • 1734. - André Boucher de la Goyère.
  • 1740. - Bernard Dutreil.
  • 1748. - Yrou (Joseph) de la Buffrays, réélu.
  • 1751. - Du Breil du Châtelier, réélu.
  • 1759. - De Fermon des Chapellières.
  • 1769. - Ernoul de la Chenellière.
  • 1773. - Luette de la Pilorgerie.
  • 1776. - Maujouan Dugasset, démissionnaire.
  • 177.. - Fresnays de Lévin.
  • 1782. - Vissault des Penthières.
  • 1785. - Brossays de Louvrinays.
  • 1787. - Louard.
  • 18 janvier 1790. - Fresnays de Lévin.
  • 25 mai 1790. - Margat.
  • 16 mars 1795. - Lejeune (Benjamin).
  • 11 mai 1795. - Bain (Guy).
  • 31 mars 1797. - Régnier, avec titre de président du corps municip.
  • 1799. - Lefebvre, id.
  • 19 juin 1800. - Dauiïy du Jarrier, maire.
  • 4 janvier 1813. - Connesson (Martin), démissionnaire.
  • 1er juillet 1822. - Vacance de la mairie.
  • 27 juillet 1824. - Lafond, démissionnaire.
  • 3 juin 1828. - Ballais, démissionnaire.
  • 27 septembre 1830. - Gérard.
  • 23 mai 1831. - Vacance de la mairie jusqu'au
  • 17 août 1832. - Delourmel (Lucien).
  • 7 juillet 1833. - Lebreton.
  • 1836. - Vacance de la mairie.
  • 28 août 1837. - Brossays.
  • 6 août 1843. - Vacance de la mairie.
  • 15 octobre 1848. - De la Pilorgerie (Jules).
  • 13 mai 1854. - Delourmel de la Picardière, démissionnaire.
  • 31 août 1856. - Bécliu du Moulin-Roul.
Liste des gouverneurs du château et de la ville et de leurs lieutenants (incomplète).
  • 1501. - Yves Pières, seigneur de la Belle-Fontaine, gouverneur.
  • 1587. - Charles Pières,id. id.
  • 1590. - Jacques de Kerboudel, sieur de la Courtpéan, capitaine et gouverneur.
  • 1597. - Jan Dufresne, sieur de Saint-Gilles, capitaine et gouverneur.
  • 1598. - Guillaume Brûlé, sieur de Ch......? capitaine et gouverneur.
  • 1604. - Georges de Neufville, sieur du Gliou, gouverneur.
  • 1644. - Anne Pières, chevalier, seigneur de Belle-Font., gouverneur.
  • 1655. - Mauchien, sieur de la Mare, lieutenant de la ville et château.
  • 1662. - M. l'abbé Barrin, capitaine et gouverneur.
  • 1666. - Dubois-Geffroy, lieutenant.
  • 1675. - Le sieur du Clos-Neuf, lieutenant.
  • 1722. - Ecuyer Etienne Legrand, sieur de la Griolays, gouverneur.
  • 1729. - De Lêzonnet, gouverneur.







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