Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Chapitre II (suite)




Ces grands noms du XIVe siècle, Olivier de Clisson et Bertrand du Guesclin, Jeanne de Belleville et Jeanne de Montfort, nous amènent tout naturellement à parler de la guerre de la succession de Bretagne. Notre malheureux pays était alors en feu : d'un côté, Jean de Montfort avec les Anglais ; de l'autre, Charles de Blois avec les Français. Les seigneurs et le peuple bretons étaient partagés entre les deux rivaux : les uns soutenaient Monfort, les autres défendaient Charles ; un troisième parti ne désirait que la paix, au détriment même des deux concurrents. Il faut avouer qu'à cette époque le bon droit paraissait exister des deux côtés, quoique le parti de Charles de Blois nous semble maintenant fondé sur de meilleures raisons.

Dans d'aussi tristes circonstances, Geoffroy VIII, seigneur de Châteaubriant, dut nécessairement prendre les armes. La haine héréditaire de sa famille contre les Anglais et son attachement aux rois de France parurent de puissants motifs au jaune baron pour soutenir la cause de Charles de Blois. Il suivit donc l'armée de ce prince en Basse-Bretagne, et lorsque se livra le combat de La Roche-Derrien, Geoffroy VIII se trouva au premier rang parmi les grands seigneurs bretons. Charles de Blois, aussi brave que pieux, déploya la plus grande valeur dans cette malheureuse journée ; il fut toutefois vaincu et même fait prisonnier. L'élite de ses chevaliers tomba à ses côtés, et parmi ces braves guerriers, victimes de leur courage et de leur fidélité, succomba le baron de Châteaubriant, à peine âgé d'environ 32 ans.

Un vieux chroniqueur, Guillaume de Saint-André, rapportant en vers pittoresques le récit de ce sanglant combat, s'exprime comme il suit :

A La Roche-Derrien, en Tréguier,
Où mourut maint bon chevalier,
Maint vassal, maint baron,
Et maint écuyer de renom ;
Furent morts, pris et déconfits
Les uns armés, les autres au lit.
Ce fut la nuit à la chandelle
La bataille y fut moult belle.
Là moururent en la bataille
Chevaliers de moult belle taille,
Gens d'état et de noble affaire,
Qui ne se plurent de la retraite.
Mais pour ce que je ne pourrais
Tous les nommer ni ne saurais,
Je nommerai les principaux
Qui là souffrirent tant de maux ;
Que morts ils creusent en la place
De coup de hache ou de mace.
Premier le sire de Laval,
Rohant, Monfort, Rougé, Derval,
Le sire de Châteaubriant
Moururent là en un moment.
Moult fut grande l'occasion
Et maint un mené en prison (1).

Les dépouilles mortelles de notre valeureux seigneur, enlevé si jeune à la gloire, furent apportées de Basse-Bretagne dans sa baronnie de Châteaubriant et solennellement déposées dans l'église abbatiale de Notre-Dame de Melleray (1347).

Geoffroy VIII avait épousé Isabeau d'Avaugour, fille d'Henri, seigneur d'Avaugour et de Goëllo ; mais il ne laissait point d'enfants de cette union, et l'importante baronnie de Châteaubriant passa en conséquence, après sa mort, entre les mains de son unique soeur, Louise de Châteaubriant.

L'année suivante, cette dame épousa l'un des plus grands seigneurs de France, Guy XII, baron de Laval (1348) ; mais les enfants nés de cette union moururent tous en bas âge. En 1376, Louise fit une fondation dans la chapelle de son château de Châteaubriant, puis elle écrivit son testament le 26 octobre 1383. Par cet acte, elle légua la baronnie de Châteaubriant à son neveu, Charles de Dinan ; elle laissa à son mari la terre du Désert, seulement durant sa vie (2).

Elle avait précédemment donné, en 1348, la seigneurie des Huguetières à sa belle-sœur, la baronne douairière de Châteaubriant, Isabeau d'Avaugour, veuve de Geoffroy VIII. Elle fit aussi beaucoup de pieuses donations aux églises de Bretagne et du Maine, et laissa en particulier quinze sols de rente à la fabrique de Saint-Jean-de-Béré (3).

Louise de Châteaubriant mourut peu de jours après, le 27 novembre 1383 ; son corps fut inhumé, suivant ses dernières volontés, dans l'église abbatiale de Notre-Dame-de-Clermont, près Laval.

Avec cette dame s'éteignit, à la fin du XIVe siècle, cette illustre maison de Châteaubriant qui avait fourni tant de généreux guerriers aux grandes entreprises du moyen-âge, qui avait répandu tant de bienfaits autour d'elle, qui avait tenu un si haut rang près des ducs de Bretagne et qui avait, enfin, donné naissance aux nobles familles Le Bœuf, de La Guerche, de Beaufort [4] et des Roches Baritault.







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