Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse



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Chapitre II (suite)




Geoffroy V ayant vingt-six ans lorsque son père vint à mourir ; il posséda la seigneurie de Châteaubriant pendant vingt-et-un ans ; mais nous savons peu de choses de lui, et il faut nous borner à dire quelques mots de ses alliances et de ses enfants, et de ses rapports avec les couvents de Melleray et de Béré.

Ce seigneur contracta deux unions ; il épousa en premières noces Belle-Assez de Thouars, sœur d'Amaurye de Thouars, seconde femme de Geoffroy IV, et il en eut cinq enfants : Geoffroy VI, son successeur, - Jean, - Brient, - Aliénor, mariée à Bonabes, seigneur de Derval, - et Sibylle, qui épousa Maurice de Châteaumur, et qui lui apporta en dot 300 livres de rente, prises sur les prévotés de Nantes et de Saumur et sur le manoir de Bonneval (1).

Ce Brient de Châteaubriant, fils de Geoffroy V, épousa Jeanne de Beaufort, héritière de la maison de ce nom, et en eut un fils, nommé Bertrand de Châteaubriant, marié à Typhaine du Guesclin (2). Cette noble famille des Châteaubriant-Beaufort existe encore et a eu l'honneur de donner le jour à l'immortel auteur du Génie du Christianisme.

Geoffroy V se maria en secondes noces avec une dame qui avait déjà contracté deux alliances : c'était Marguerite de Lusignan, successivement femme de Raymond, comte de Toulouse, et du vicomte de Thouars. Le seigneur de Châteaubriant n'en eut point d'enfants.

En 1281, Geoffroy V fit un accord avec les moines de Béré, au sujet du moulin de Choisel et, l'année suivante, il prit Yves, abbé de Melleray, pour arbitre d'une contestation qui s'était élevée entre le seigneur d'Ancenis et lui, relativement à la forêt d'Ancenis (3).

Marguerite de Lusignan, qui prend le titre de dame de la Chèze et de Montbast, mourut la veille de la Toussaint 1283 ; elle fut enterrée dans l'église des Cordeliers de La Rochelle, comme elle l'avait ordonné par son testament.

Le baron de Châteaubriant ne survécut pas longtemps à sa femme ; il mourut lui-même un an plus tard, jour pour jour, le 31 octobre 1284. C'est ce que témoignait le Cartulaire de la Primaudière, qui mentionnait en même temps la confirmation, faite par Geoffroy V, des donations de ses ancêtres à ce monastère, et le changement des armoiries de Châteaubriant sous Saint Louis.

Geoffroy VI, seigneur de Châteaubriant, ne nous arrêtera pas plus longtemps que son père. Ce baron fit en 1285 un voyage en Aragon, et confia, pendant son absence, ses intérêts à son frère, le seigneur de Beaufort ; à, son retour, il fit une transaction avec les bénédictins de Saint-Melaine de Rennes, relativement au prieuré de Bain, que possédaient ces religieux (1286) (4). En 1292, il donna mille livres à ses parents de la maison de La Guerche, pour pouvoir jouir de tous les droits, sans exception, sur la forêt de Juigné. En 1294, il répondit à l'appel du duc de Bretagne qui convoquait son armée à Ploërmel, et il y reconnut qu'il devait fournir à son suzerain « sept chevaliers d'ost », savoir : quatre pour sa baronnie de Châteaubriant, deux pour sa terre du Désert, et un pour sa terre de Joué. En 1296, il échangea avec son cousin Maurice de Belleville une terre qu'il possédait en Poitou, contre la châtellerie de Candé, que possédait Maurice, probablement du chef de sa mère, Sibylle de Châteaubriant. Enfin, en 1297, il fut caution du comte de Valois, qui maria, à cette époque, sa fille avec Jean de Bretagne (5).

Geoffroy VI avait épousé Isabeau de Machecoul, dame des Huguetières, fille du seigneur de Machecoul ; il en eut cinq enfants : Geoffroy VII qui suit, Amaury, Jean, Thomase et Eustaice.

Amaury de Châteaubriant reçut en partage la terre du Désert, en Domalain, et épousa : 1° Eustaice de la Haye, et 2° Amice de la Motte ; mais il ne laissa point de postérité. Il mourut le 14 avril 1343, après avoir fondé une chapellenie de quinze livres de rente dans l'église de Béré, où il fut inhumé (6).

Son frère, Jean de Châteaubriant, seigneur de Chanseaux, du Lyon d'Angers et des Roches Baritault, épousa : 1° Isabelle de Thouars ; 2° Aude de Brillonet ; il fut l'auteur de la maison des Roches-Baritault, qui joua un grand rôle en Anjou et qui s'éteignit à la fin du XVIIe siècle (7).

Thomase de Châteaubriant s'unit à Rolland de Dinan, auquel elle apporta trois cents livres de rente et deux mille livres d'argent.

Enfin Eustaice, sa soeur, épousa Olivier de Tinténiac et eut par contrat de mariage deux cents livres de rente (8).

Geoffroy VI mourut âgé de 44 ans, le 27 mars 1301, « comme il est écrit dans les archives de Béré. » Sa veuve, Isabeau de Machecoul, lui survécut quinze ans, et mourut le 3 septembre 1316 : « Elle fut inhumée dans l'église des frères mineurs de Rennes, en l'habit des frères, auxquels elle avait fait beaucoup de bien durant toute sa vie (9). »

Les titres de Béré disent que Geoffroy VII n'avait que 8 ans quand il perdit son père ; il se maria donc très-jeune avec Alix de Thouars, qui fit son testament en 1311 et choisit sa sépulture dans l'église de Pouzauges, en Vendée. Devenu veuf de bonne heure, le baron de Châteaubriant épousa en secondes noces Jeanne de Belleville, fille de son parent Maurice de Belleville. De cette seconde union naquirent deux enfants, Geoffroy VIII et Louise, ses successeurs.

Geoffroy VII ne nous est guère connu que par une triste affaire que raconte dom Lobineau (10). Gilduin de Dol, dit-il, fut un jour attaqué, blessé et laissé pour mort par Jean de Rougé, chevalier, Guion de Châteaugiron, Jean et Alain Costard, Alain et Raoul Lizon, et Raoul Lavocat, écuyers, tous gens engagés par le seigneur de Châteaubriant à faire cette violence. Gilduin de Dol leur donna son gage de bataille, demandant que ses assassins fussent punis, s'ils avouaient leur crime, et offrant, s'ils le niaient, de se battre en duel contre eux tous, l'un après l'autre. Les accusés demandèrent que cette affaire fût jugée par le duc de Bretagne, ce qui leur fut accordé le 27 mars 1314. Nous ignorons malheureusement la sentence que porta Jean III.

Geoffroy VII mourut, au reste, à la fleur de l'âge, laissant ses seigneuries à son fils, Geoffroy VIII, âgé de 12 ans (1326). La dame de Châteaubriant, Jeanne de Belleville, fut nommée tutrice du jeune baron, son fils, et lui transporta la donation qu'elle avait faite du tiers de son bien à son mari défunt. Cette dame épousa plus tard, en secondes noces, Olivier, seigneur de Clisson, et redevenue veuve, elle s'illustra, comme chacun sait, pendant l'enfance de son fils, qui fut plus tard le célèbre connétable de Clisson. Aujourd'hui qu'un Breton, M. Péhant, vient de publier deux volumes de beaux vers en l'honneur de Jeanne de Belleville, nous avons droit de rappeler à nos contemporains qu'avant d'être dame de Clisson, l'héroïque guerrière que chante ce poëte avait été dame de Châteaubriant.







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